Nylon Bar

L'apéritif en nylon

Un désert sans nylons et sa traversée

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Les années 70 furent la pire décennie pour les amoureux du nylon. Il est bon de revenir un peu sur cette période, pour qu’elle soit vraiment comprise par ceux qui n’étaient pas encore nés. Le terme de traversée du désert, auquel je peux prétendre à une certaine paternité, a plus ou moins fait école. J’ai retrouvé cette expression assez fréquemment ici et là. Elle date en fait d’une dizaine d’années et certains se rappelleront l’avoir vue dans un site qui faisait allusion à une chanson bien ciblée de Claude Nougaro, auquel j’ai contribué avec justement cette formule. Tout se s’est pas fait en un jour, ni nous n’avons passé de l’abondance à la disette. Un résumé sera le meilleur moyen d’y voir plus clair.

Comme toutes les modes, il faut une cause ou un créateur. De cause à effet, nous avons l’apparition de la minijupe. Cette sacrée jupe était encore assez longue vers la fin des années 50 et plutôt du genre serrée dans la mode de l’époque. On y trouvait pas mal d’inconvénients, le principal étant un manque de liberté de mouvement. Elle a gentiment commencé à diminuer pour laisser apparaître le genou, ce qui était une petite révolution pour celles qui n’étaient plus des écolières. Pour lui donner le dernier coup de grâce, Mary Quant décide de la raccourcir vraiment et à partir de 1965, c’est l’effet de mode, canalisé principalement par les mouvements musicaux et les nouvelles collections de mode. En France, Courrèges, à qui on en attribue parfois à tort la paternité, sera vraiment le couturier qui en présenta le première collection en France, allant même un peu plus loin que Quant dans le court. Ce qui nous intéresse ici n’est pas vraiment qui à fait quoi, mais plutôt les retombées. Le collant n’est pas vraiment une invention des années 60, mais il est très confidentiel. Réservé plutôt à la danse et les quelques cas où une femme veut montrer ses jambes sans nudité, mais sans aller au-delà. Il n’est plus possible de porter des bas avec une minijupe sans dévoiler ce qui sert à les tenir. On peut dire que le collant est alors standardisé, par l’effet de mode et surtout une bonne propagande  qui tente à faire croire à la femme que c’est la liberté. Ce n’est pas tout faux. Mais on gomme bien les désavantages qu’il peut avoir, comme le fait de remplacer le tout quand il file, l’emploi de matière première plus conséquent, pas toujours pratique pour aller au petit coin. Le pire reste le manque de sensualité de l’objet, presque communément revendiqué par les hommes.

La transition a quand même mis environ cinq ans pour se faire. Toutes les femmes, disons celles qui avaient moins de 40 ans, ne se sont pas précipitées sur l’objet. Le mouvement hippie a accéléré a chose, on jetait les sous-vêtements aux orties. Les poitrines étaient nues et pas toujours seulement les poitrines. Je fais appel à mes souvenirs pour illustrer cette transition. Certaines adolescentes ont continué de porter des bas, car elles n’avaient pas toutes mis la minijupe en étendard. Il y avait derrière papa-maman qui avaient aussi leur mot à dire. On admettait une certaine norme, qui dépendait surtout de leur avis. Je n’ai des yeux à rayons x, mais au hasard des visions accidentelles, je peux affirmer que j’ai vu des bas jusque en 1968 – 1969, mais quand même de plus en plus rarement. La dernière vision certaine remonte à 1972, tout en parlant bien sûr de jeunes dames ou d’adolescentes. Les femmes plus âgées ont continué de porter des bas, mais par simple habitude, sans penser plus loin. Pendant quatre ans, je n’ai rien aperçu, sinon quelques photos dans les magazines. Si vous me lisez régulièrement, c’est à partir de cette année là que j’ai pu constater un retour très très modeste des bas. On remarquait aussi que les catalogues de vente par correspondance proposaient à nouveau des porte-jarretelles. C’est de là que date la version minimaliste de cette accessoire, aucunement appropriés à un port confortable des bas. Un des rares à en fabriquer encore de manière plus traditionnelle fut Christian Dior, selon un témoignage de l’actrice Michèle Mercier, lu quelque part.

Fassbinder fut dans les années 70, un grand propagateur de femmes plus ou moins fatales. Ici « Le Mariage De Maria Braun » en 1978

Les choses s’accélérèrent avec le mouvement punk qui lorgna pas mal vers la lingerie visible et aussi le rock and roll revival qui remit en avant la mode des années 50. On vit apparaître les premiers collants avec une imitation de couture, donnant ainsi l’impression de se retrouver vingt ans plus tôt. Le cinéma a aussi sa part de responsabilité. De nombreux films montrent des dames en lingerie sexy. Cela donna certainement quelques idées aux nouveaux et rappela de bons souvenirs aux anciens. Je ne doute pas un instant que des discussions commencèrent parmi les couples, sur l’utilité  de pimenter la vie de couple avec quelques accessoires un peu oubliés. Les magasins firent aussi un effort en présentant à nouveau de la lingerie coquine, des bas en choix plus étoffés. Si trente ans après on en trouve toujours, c’est que la clientèle en demande.

1977 – Page d’un article consacré aux dessous avec un porte-jarretelles Christian Dior, Helmut Newton, on voit très bien ce genre minimaliste très en vogue ces années là

Les années désert s’estompent, mais il faut bien constater que la lingerie et les bas faillirent disparaître. L’inversement de la tendance fut lent, mais gagna en puissance si on l’étale sur le temps. Aujourd’hui, il y a quand même pas mal de femmes qui avouent avoir au moins un porte-jarretelles, même si elles l’enfilent très occasionnellement, il est quand même présent. Ce qui est sans doute le plus rassurant, c’est qu’ils y en a quelques unes qui  portent des bas très régulièrement et y trouvent un charme qui n’a rien de masculin.

1978 – Un film sans prétention « American Collège » qui vaut surtout par la présence de John Belushi. Toutefois, c’est un de ces films au goût délicieusement rétro qui expose pas mal de jeunes filles en petite tenue.

 J’ai trouvé un article qui date de octobre 1974 dans le Daytona Beach, qui aborde le devenir du bas et de ses accessoires en plein creux de la vague et donne un éclairage intéressant.

La mouvement de libération de la femme ne va pas aimer ça du tout. La femme ne s’est pas aussitôt libérée des obligations de tenir ses bas que certaines retournent au porte-jarretelles. Les fabricants et les négociants sont surpris. Ils admettent un renouveau tempéré qui va au-delà des quelques accessoires qu’ils avaient l’habitude de stocker et de vendre aux dames d’un certain âge. Ils ne peuvent que constater que la génération collants et  pantalons retournent vers la jupe et veut aussi les dessous qui vont avec.

Il y a un paradoxe. Au moment où les fabricants de lingerie parlent de business en augmentation, les revendeurs ne voient pas de tendance significative dans les ventes. L’un confie qu’il ne sait pas ce qu’il advient de leurs porte-jarretelles, il n’a pas été assailli de d’aguichantes jeunes femmes demandant des bas.

Où cela a-t-il commencé?

Paris est sans doute un lieu de conjoncture favorable. Il a toujours été le foyer de la lingerie sexy. Les Américains en visite ont toujours ramené d’affriolants et onéreux porte-jarretelles pour les porter occasionnellement simplement parce qu’ils sont jolis.

En Angleterre, John qui a dessiné une ligne de sous-vêtements suggestive pour Lily Of France », constate que les jeunes filles se ruaient dessus au printemps, leur ajoutant des bas à coutures. Les temps sont favorables, il y a une demande pour les choses sexy. Les gens se rappellent de la lingerie française des années 30. La génération présente n’avait rien de semblable à disposition. A côté des porte-jarretelles, Kloss et consorts ont créé des accessoires ressemblant à de courtes combinaisons, des camisoles soyeuses à porter avec des blouses.

Winnifred Jess, acheteuse à Lord et Taylor est le plus enthousiaste. La magasin a fait de la réclame pour  des porte-jarretelles Scandale, une version  standard avec  rubans et soie au prix de 5$.  Il s’en est vendu 600 en 6 semaines. La publicité nous a valu de nombreux téléphone de la part d’hommes qui en voulaient pour leur copine.

La maison Bloomingdale constate aussi des achats fait directement par les hommes. Dans certains cas, ce sont sans doute les mêmes qui se fournissaient dans les boutiques pour travestis.

Aileen Rowland de Van Raalte déclare que les hommes ont toujours trouvé que les femmes en porte-jarretelles, spécialement noirs, remplissait leurs désirs de fantasmes.

Quelques manufactures comme Warner’s, Character Youtheraft, Accentuette, fabriquent aussi des porte-jarretelles.

Cet article assez fouillé et pas mal pris sur le vif, fait assez bien le point sur l’année 1974 et la situation générale. On comprend assez bien que la féminisme  pur et dur a assez vite fait modestement  place à une certaine redécouverte de la féminité. Il faudra encore du temps, mais la cause n’est pas perdue.

Un modèle typique dans le style des années 70. Ila toutefois l’avantage d’avoir des jarretelles en métal

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