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L'apéritif en nylon


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Le miroir, conte de Noël

Noël, c’est la fête. C’est aussi le période où les contes circulent de bouche à oreille. Les enfants en raffolent, parfois les adultes s’y laissent prendre avec encore plus de rêves que ceux auxquels il sont destinés. Connaissez-vous beaucoup de contes de Noël destinés à de plus grands enfants? Pas des tas à ce qu’il me semble. Il en fallait au moins un afin que que l’on puisse dire qu’on en connait un. Je l’ai cherché, je ne l’ai pas trouvé, alors je l’ai écrit. C’est bien un conte de Noël, le père spirituel de ce fameux jour y paraît, mais sans barbe blanche pour qu’on ne le reconnaisse pas. Il a dans sa hotte autre chose que des jouets…

La neige tombait en flocons épars sur un jour de décembre qui aurait pu sembler pareil à un autre.  Mais la grande fête de Noël n’attendait que la nuit pour allumer ses feux, illuminant le ravissement des enfants et les sourire des adultes. Dans la foule empressée, riche pour un jour, l’indifférence au bonheur des autres semblait la règle. Seul son propre bonheur comptait. Il était fait de ces petits riens qui donnaient l’apparence de la recette parfaite, celle dont chacun se persuadait d’en être le seul et unique détenteur.
A la devanture d’un magasin de lingerie, une jeune fille rêvait. Pauvrement vêtue, elle contemplait les richesses étalées dans la vitrine. Entre les culottes friponnes, les porte-jarretelles aguicheurs, les guêpières voluptueuses et les bas soyeux, ses yeux n’avaient pas besoin du reflet des néons pour étinceler.
Près de là, un vieux monsieur la regardait l’air intéressé. Sobrement appuyé sur une canne, il avait l’air de s’en servir plus comme une coquetterie que comme un ustensile indispensable. Ses habits paraissent de belle coupe, son chapeau d’un élégance certaine. Son visage affichait les restes d’une beauté fanée, une beauté qui avait sûrement constitué une jolie carte de visite auprès des dames. Il s’approcha de la jeune fille.
– Excusez-moi, je vous observe depuis un moment, vous semblez ne pas vouloir détacher les yeux de cette vitrine, cela vous plait-il?
– Oh monsieur, si vous saviez comme j’aimerais me parer de toutes ces merveilles, je me sentirais plus heureuse qu’une reine.
– Qui vous fait croire que les reines sont heureuses?
– Je ne le sais pas, je l’imagine, mais je suis certaine que ces parures sont dans leur garde-robe.
– Et vous n’avez vous point de garde-robe aussi bien achalandée?
– Si elle l’était, je ne serais pas ici!
– Et si le Père Noël vous apportait toutes ces choses ce soir?
– Il se fout bien de moi, d’ailleurs j’ai passé l’âge d’y croire!
– N’avez-vous pas de famille, d’amis, un amoureux?
– Non j’habite seule, dans un appartement vétuste, mais j’ai un amoureux qui viendra ce soir!
– Ah, et que dirait-il s’il vous trouvait revêtue de quelques unes des belles choses que vous voyez dans la vitrine?
– Il serait fou de joie sans doute.
– Eh bien je vais faire quelque chose pour vous, vous allez entrer dans ce magasin et choisir ce qui vous plait, je vous l’offre sans regarder à la dépense.
– Et quel sera le prix que je devrai vous payer, car vous n’allez pas faire cela à bien plaire?
– Vous savez, j’ai passé l’âge de tenter de conquérir les jeunes filles avec des artifices. De l’argent, j’en ai presque à ne plus savoir qu’en faire, je deviens vieux, je n’ai pas d’héritiers, je ne vais sans doute pas l’emporter avec moi. Ce que je dépenserai pour vous, sera autant que les vautours qui tournent autour de moi n’auront pas. Je pourrais aller ce soir dépenser mon argent dans un endroit sordide, là-bas les femmes feraient semblant d’avoir les yeux qui brillent de plaisir en ma compagnie, mais c’est un plaisir fade. Avec vous, je suis sûr que vos yeux auront les lueurs de la vérité, ils s’allumaient déjà avant que je vienne vers vous. Ce sera ma récompense et peut-être il y en aura une autre, qui sait ce que la chance me réserve? Etes-vous d’accord avec ma proposition.
Eh bien soit j’accepte!
– Alors entrez et choisissez, vous n’aurez même pas à souffrir de ma présence. Ne regardez surtout pas à la dépense. Je vous attends au petit café à côté, quand vous aurez fini venez me chercher et je passerai payer. D’accord?
– D’accord
La fille entra dans le magasin, s’attendant au regard méfiant  de la vendeuse jaugeant son allure. Mais elle n’en laissa rien paraître et se fendit d’un sourire accueillant.
– Que puis-je pour vous mademoiselle?
– Je voudrais essayer des tenues pour ce soir.
– Quel genre de tenues, sages ou plutôt sexys?
– J’aimerais un ensemble avec un porte-jarretelles et aussi une guêpière.
– Quel couleurs?
– Noir, rouge pour la guêpière, vous avez cela dans ma taille?
– Bien sûr, j’ai un magnifique trois pièces, soutien-gorge, porte-jarretelles, petite culotte un rien transparente, dans un très beau noir, comme sur ce mannequin.
– Bien, je vais essayer.
La vendeuse jaugea d’un coup d’oeil la taille de la fille et choisit dans les tiroirs du comptoir les trois pièces désirées.
– Ceci devrait vous aller, voulez-vous passer dans la cabine?
– Il me faudrait aussi des bas pour essayer.
– Aussi en noir?
– Si vous en avez avec une couture, j’aimerais bien.


– Bien sûr, nous avons cela, je crois que 10 1/2 sera la bonne taille. En voici une paire que je garde pour les essais. Si c’est la bonne dimension, je vous en fournirai des neufs dans la même taille.
Elle se dirigea vers la cabine en tira le rideau et commença à se déshabiller en retirant ses pauvres frusques. La première chose qu’elle enfila fut le porte-jarretelles. Elle avait souvent rêvé de ceindre sa taille avec cette pièce de lingerie. Maintenant que c’était fait, elle en savoura la pleine réalité. Elle fit glisser un bas le long de sa jambe, lentement, et le fixa aux jarretelles. Elle se mira dans la glace et tourna sur elle-même, lentement, en savourant la vision qui lui renvoyait le miroir. Le noir contrastait merveilleusement avec la blancheur de sa peau. Satisfaite du résultat, elle enfila le deuxième et recommença son manège. Les miroirs ne savent pas mentir, pensa-t-elle. C’était d’autant plus vrai, qu’elle fut prise d’une bouffée de satisfaction en s’imaginant que ce soir, des yeux la contempleraient pour de vrai. La tête penchée en arrière, elle suivait des yeux la couture de ses bas qui semblaient monter vers la haut de son corps pour s’arrêter là ou son envie de désir était la plus forte. Elle esquissa un geste, qu’elle retint en luttant contre ses sens. Non pas question, elle garderait le feu qui brûlait en elle pour plus tard. Elle enfila le soutien-gorge et la culotte, une nouvelle fois le miroir refléta ses yeux qui balayaient sa surface en une ronde d’ivresse.
– Cela vous convient? questionna la vendeuse sans se douter qu’elle venait de briser une douce rêverie.
– Oui c’est parfait, répondit la fille avec un regret dans la voix.
– Voulez-vous essayer la guêpière maintenant, je vous la passe.


Revenue à la réalité, le fille se sentit soudain impatiente de changer de tenue. Elle détacha ses bas, les laissa pendre sur ses jambes sans les enlever. Elle ôta les autres pièces et se saisit de la guêpière qu’elle dans la quelle elle glissa son corps.
– Voulez.vous m’aider à attacher le dos, je n’arriverai pas seule.
– Je vois que vous n’avez pas l’habitude, mais les plus expertes se débrouillent seules avec un peu d’entraînement. Les hommes adorent aussi vous donner un coup de main pour le faire. Jamais il ne se plaindront que vous n’ayez point la main habile.


La vendeuse s’éclipsa et la laissa toute à sa nouvelle découverte. Le rouge du tissu lui donna un nouvelle image de son corps. Une fois les bas fixés, offrant un subtil mariage entre le noir et le rouge, elle en frémit d’un nouveau plaisir. Il lui sembla qu’elle avait une nouvelle enveloppe charnelle, différente de la précédente, mais tout aussi merveilleuse. Elle se serait encore volontiers perdue dans son nouveau monde de sensualité, mais elle pensa soudain au vieux monsieur qui devait l’attendre dans le café. Certes, il n’avait pas l’air pressé, mais sans lui rien de deviendrait réalité. Pourvu qu’il soit encore là. Après s’être déshabillée à regret et retrouvé ses pauvres habits, elle se glissa hors de la cabine. Elle choisit encore plusieurs paires de bas, de diverses teintes. Elle demanda à la vendeuse de lui préparer ses achats et lui signifiant qu’elle allait revenir dans quelques minutes régler sa note.
La vendeuse ne fit pas de commentaire et commença d’emballer les effets. La fille se dirigea vers le café. Le vieil homme était devant la porte. Il l’accueillit avec un sourire et l’accompagna à la boutique en lui demandant de rester au dehors. Il entra et en ressortit peu après. Il tendit un sac à la fille.
– Voilà, ceci est pour vous, tous ce que vous avez désiré, maintenant filez-vite sans me remercier.
Un peu étonnée, la fille prit le sac, le gratifia d’un sourire et s’en alla.
La vendeuse sortit sur le pas-de-porte et s’approcha du vieillard.
– Alors, monsieur Paul, toujours satisfaite de mes services?
– Mais oui ma chère, ce miroir sans tain est une pure merveille. Cette jeune fille avait un corps merveilleux. Et ma foi, elle sait très bien choisir sa lingerie. Il m’en coûte de l’argent, mais je suis le seul à jouir du spectacle. Elle aura sans doute un Noël qui sort de l’ordinaire dans son innocence. Mais comme elle ne saura jamais qu’elle fut aussi mon cadeau de Noël. Joyeux Noël à vous!
– Joyeux Noël à vous aussi, j’espère vous voir très bientôt!


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Ca cloche en nylon

Bizarre comme titre non? En effet, mais une petite explication vous éclairera sans doute. Le mot cloche revient dans des expressions toutes faites. Il y a à la cloche de bois, c’est à dire vagabonder, partir discrètement sans laisser d’adresse. Y’a quelque chose qui cloche, quand une chose va un peu de travers. Se taper la cloche, quand on mange bien et abondamment. Un autre son de cloche, une histoire, un fait, entendu de manière différente. Se faire sonner les cloches, là vous savez, ça vous est tous arrivé une fois. Etre une cloche, un mendiant ou un idiot. Et puis il y a le mot cloche employé pour désigner un objet qui rappelle plus ou moins la forme originale de cette chose qui tinte plus ou moins agréablement à nos oreilles, une jupe cloche, une cloche de plongeur etc…
En farfouillant dans quelques photos, bien sûr qui comprennent le nylon indispensable à mes petites manies, j’ai trouvé quelques petits travers qui font que. On pourrait dire qu’il y a quelque chose qui cloche, j’ai entendu un autre son de cloche, les avis étant divers. Rien de grave assurément, mais en prenant la manière de disons la plus correcte de porter des bas, qu’on veuille le faire discrètement ou alors visiblement, il y a une ou deux choses à faire ou ne pas faire. Cela peut être pris comme conseils avisés selon le but choisi. Et bien sûr, c’est avant tout un article pour sourire. D’autant plus, que je suis sûr que les dames qui passent par ici sont toutes très douées sur le sujet.

Vous avez envie de porter des bas en toute discrétion, juste pour vous et pas pour épater la galerie. Alors méfiez-vous de ces jambes qui ont tendance à lever la jupe en même temps. Remarquez, ce conseil n’est pas indispensable d’application en ma présence.

Bon je sais, c’est la première fois que vous enfilez un porte-jarretelles. Mais voyons, soit vous l’avez mis à l’envers, soit vous avez fait un demi tour à l’élastique, visuellement c’est pas terrible. Ah oui encore une petite  chose, préférez les jarretelles en métal, ça fait plus riche, mais surtout cela tient beaucoup mieux les bas. Oui je sais, c’est la première fois, vous êtes toute excusée.

Encore une fois, vous avez choisi la discrétion, vous voulez être quasiment la seule à savoir. Alors évitez les jupes un peu trop serrées. Dans le cas contraire, c’est parfait changez rien!

Dans les proverbes alcoolisés des vignerons, on dit blanc sur rouge rien ne bouge. Ici c’est différent, blanc sur blanc c’est très évident. Cachez ce porte-jarretelles que je ne saurais voir, si vous n’avez point l’intention de me le montrer. Remarquez, un scène comme ça, je l’ai vue en plein Champs-Elysées, oui, oui. Une étourdie sans doute.

Vous avez choisi de mettre une petite photo dans votre blog pour illustrer que vous aimez porter des bas. C’est très bien, mais alors changez de photographe, car la photo est floue, c’est pas très indiqué pour attirer les admirateurs. Encore une petite observation, soit la photo est à l’envers, car il me semble que votre alliance est à droite, ou alors vous êtes d’un pays qui la porte à droite comme l’Espagne et quelques autres. Rien de grave si vous changez de photographe.

Là c’est mieux, il y a un progrès, bien que la qualité laisse encore à désirer.  Je vois un défaut sur la photo, un peu gênant. Comme je suis bon prince, je vais le faire à sa place, voyons ce que l’on peut faire…


Voilà c’est quand même mieux non? Votre nombre de visiteurs va augmenter. Grâce à qui? Merci Boss!

Ah une bonne vieille photo que l’on veut tout comme si elle avait été prise il y a 50 ans. Pour faire plus vrai, on a été chercher le bon vieil électrophone à papa au grenier. Et quoi de mieux qu’un bon vieux Beatles, le premier, pour faire encore plus vrai. Hélas, trois fois hélas, en y regardant de plus près, on voit un code barre sur le dos de la pochette. Ca c’est pas un truc d’époque. La machine à remonter le temps était grippée. Encore du matériel chinois! Autre constatation de votre spécialiste en musique rétro. Il est absolument criminel d’écouter un disque vinyle, surtout une copie originale, sur ce genre d’appareil. Ca fout en l’air les disques! Petite histoire d’une copie originale ci-après.

Ca c’est l’étiquette du premier 33 tours des Beatles publié en Angleterre en 1963. Les collectionneurs l’appellent « Gold Label », référence au lettrage or. En édition stéréo, il a été tiré à 900 exemplaires d’après ce que l’on sait. Très recherchés par les collectionneurs, en septembre 2010 une copie s’est vendue aux enchères 10300£ avec 60 enchérisseurs. Les éditions mono même présentation,  sont plus courantes, mais atteignent quand même entre 1000 et 2000 euros. Les éditions postérieures de la même année ont une étiquette différente, mais atteignent aussi un bon prix en édition stéréo. Alors vous ne voulez quand même pas écouter ce disque sur n’importe quoi. D’ailleurs si on en possède une copie, on ne l’écoute même pas de peur de l’abîmer.

Je préfère le rock and roll au tango, du moins comme spectateur. Faire virevolter ces crinolines qui nous dévoilent un charmant spectacle, quel plaisir.  Malgré tout une faute de goût ici, porter des bas jarretières avec un porte-jarretelles. On peut jouer la sécurité, mais une belle paire de bas  coutures auraient fait une effet encore plus charmant et collé de plus près aux charmes d’une époque où la femme savait s’habiller avec goût.


Nous avons vu que le blanc pouvait jouer de charmants petits tours. Mais avec le noir, il faut se méfier aussi. Si la robe est un peu légère, la lueur du flash aime quelquefois jouer les indiscrets. En les regardant sur votre écran, si en plus vous l’avez réglé sur sombre et que vous n’avez pas vos bonnes lunettes, attention. En modifiant l’image, le spectacle devient évident. C’est justement la photo que vous  avez envoyée à toute la famille. Ah ben m…. alors!

A part pour des effets de mode, une erreur très fréquente chez les débutantes, le porte-jarretelles par-dessus la culotte. Tordons le cou une bonne fois pour toutes à cette pratique. Vous pouvez questionner les anciens, il vous diront  qu’il se met toujours dessous. C’est comme si vous portiez une culotte par-dessus un collant. Si vous désirez enlever juste votre collant, il faut d’abord enlever la culotte et la remettre. Pas très logique non? Et je ne parle pas des petits problèmes quotidiens, assez urgents à partir de la troisième bière, avec un porte-jarretelles dessus.

Ces petits conseils étaient gratuits, libre à vous de faire ce que bon vous semble. La manière discrète ou l’autre, la gaffe ou pas la gaffe, le Boss de toute façon, du moment qu’il y a du nylon, hein!


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Mon nylon blues en couleurs

.Les couleurs étant un phénomène universel, elles s’expriment de diverses manières à travers les cultures. Chez nous le ciel est forcément bleu quand on est bien ou on a le sang bleu. Les idées et les colères peuvent être noires , on est vert de rage, rouge de confusion ou on a carte blanche. Il en va parfois autrement quand on va sous d’autres cieux. La couleur a toujours joué un rôle dans la mode contemporaine, d’abord de manière plutôt restrictive, puis de manière progressive. Le bas nylon n’échappe pas à cette évolution.

Avant de pouvoir porter un jugement sur la teinte d’un bas, il a d’abord fallu qu’il soit visible, ce qui n’a que timidement commencé avec le 20ème siècle. Seuls des endroits comme le Moulin Rouge et son célèbre French Cancan, exposaient les jambes d’une manière très visible, mais encore fallait-il y aller, ce n’était pas le spectacle de la rue. Auparavant, seul l’intimité du foyer ou de certaines maisons pas très ouvertes, permettait de voir une jambe et par définition ce qui les habillait quand c’était le cas. C’est surtout les matières employées qui déterminaient la couleur, le plus souvent, sombre, gris, noir. Il faut se mettre en tête que la vision de la peau de la jambe était un raffinement ou un scandale selon les cas. L’histoire de l’évolution des textiles qui ont servi à la confection des bas ne rentre pas dans l’objet de cet article, mais disons que la soie et la laine ont traversé les siècles. A la belle époque, le bas de soie est le principal apanage des belles dames qui sont aisées. Il en sera ainsi jusqu’à l’invention du nylon en 1938.

Le Moulin Rouge, ouvert en 1889, l’endroit est un appel à la coquinerie, à l’époque bien sûr

Au cours du siècle passé la femme a lutté pour son indépendance de diverses manières. La plus visible fut sans doute au niveau de sa libération des carcans, tels que les corsets,  qui enfermaient son corps et surtout le cachait.  Au lendemain de la 1ère guerre mondiale, les garçonnes donnèrent un coup d’accélérateur à la reconnaissance de la femme en tant qu’égale de l’homme. Même s’il restait beaucoup de chemin à parcourir, les femmes portèrent le pantalon, au propre et un peu au figuré. Les jupes et les robes se raccourcissent et on put enfin voir au moins quelques mollets.  Ce qui était caché devient visible et bien vite les soucis d’élégance prennent le dessus. Pas question de mettre un bas troué, il faut que tout soit impeccable. Cela permet aussi quelques fantaisies décoratives pour égayer le tout. La couture du bas, qui n’est pas une décoration comme certaines demoiselles peuvent le penser aujourd’hui, mais le résultat du procédé de fabrication, se doit d’être parfaite.

Une fantaisie d'époque Des temps plus austères qu’aujourd’hui, mais la visibilité appelle la fantaisie

Au niveau des teintes, on est toujours plutôt dans le sombre, parfois le clair ou le blanc. Mais le grand changement, c’est la transparence, le fil est moins épais, moins opaque. On commence à deviner  la peau à travers. La révolution de l’invention du nylon va bouleverser tout cela. C’est la ruée générale, spécialement en Amérique, pays d’origine. Pour le reste du monde, cela tombe plutôt mal, car l’Europe entre en guerre l’année d’après et les plus malheureuses devront attendre la fin de celle-ci, pour enfin voir de près et surtout porter cette fameuse invention. Pour l’instant, la révolution n’est pas synonyme de couleurs, les premiers bas nylons se déclinent en teinte chair plus ou moins nuancée et plus ou moins transparente. Le noir est aussi là, mais réservé plus particulièrement au deuil, car il est de bon ton de le monter, c’est même recommandé. Les années 50 ne vont rien changer à la chose, sinon dans sa fabrication. Le bas sans couture est techniquement possible et il prend sa part de marché au détriment de son ancêtre.

Un spectacle courant dans les années 50, la couleur chair est le standard

C’est bel et bien les années 60 qui vont qui vont apporter de la couleur sur les jambes des dames. Il y a plusieurs raisons à cela. La moindre n’est pas la présence d’argent dans les poches des adolescents. Alors vous connaissez le principe, on offre de plus en plus de choses pour attirer le client. Pour les demoiselles, mettre ses premiers bas est un grand pas en avant vers la sensation d’être quelqu’un et comme les bas sont d’utilisation très courante, on aguiche la cliente. Pour ce faire, on range au placard les vieilles idées et les bas peuvent se conjuguer en divers motifs et un tas de couleurs. Le summun fut les bas à l’effigie des Beatles.

Les Beatles ne sont pas seulement dans les pensées des adolescentes, mais aussi sur leurs jambes

L’apparition du mouvement hippie, psychédélique, très coloré, donne un coup de fouet à la chose. Il n’y a pas de raisons de ne pas porter des bas bleus, violets, rouges, roses, verts, enfin l’arc-en-ciel quoi. Tout ceci se déroule en peu de temps, car c’est justement la transition entre bas et collants, mais la fantaisie sera reportée sur les collants.

Bas ou collants la deuxième moitié des sixties s’inspire des flashs de guitare de Jimi Hendrix et autres musiciens en vue

Une dizaine d’années plus tard quand les bas font une timide réapparition, c’est surtout le bas résille qui fait des adeptes chez les punks. Il est vrai qu’il est souvent regardé comme un accessoire porté par les femmes légères d’un temps révolu, mais on ne gêne pas trop pour monter une certaine décadence. Vers 1977 et 1978, c’est déjà un peu la remise en avant d’une certaine nostalgie. C’est là qu’on peut contempler le retour du bas et l’apparition du collant à couture. Une fausse couture, dessinée en trompe l’oeil. Mais on reste assez traditionnel au niveau des coloris, chair, noir, blanc sont courants. Le bas, conjugué aux portes-jarretelles ne sont plus tout à fait absents des présentoirs, preuve qu’il y a un intérêt, certes petit, mais un intérêt quand même à porter de la lingerie sexy. Le phénomène prendra quand même un part d’évolution dans les ventes lentement progressives. Les fabricants de bas, tous modernes il n’y a plus d’artisanat dans le domaine, vont se lancer dans une valse d’idée nouvelles, de fantaisies qu’ils vont appliquer de diverses manières tant au niveau couleurs que de la présentation. Le bas qui tient tout seul trouve les faveurs de Dim, suivi par d’autres. Chantal Thomas, réinvente la lingerie avec un mélange de sexy et de modernité. Depuis les choses n’ont cessé de tenter de séduire la clientèle. Bas ou collant vous voyez le résultat tous les jours dans la rue. Peut-être le fait le plus significatif est la mode qui va vers le vrai rétro, proche de ce qui se faisait il y a 50 ans. Les sous-vêtements, pour une partie, retrouvent leur côté charmeur et fonctionnel d’antan. Des femmes qui portent des bas tous les jours, ne sont sans doute pas légion, mais certainement beaucoup plus nombreuses qu’il y a 30 ans.
Tout le reste est affaire de goût. Si je devais parler de mes goûts en la matière, eh bien, je vais le faire puisque vous me le demandez. Ma couleur préférée est sans conteste le noir, couleur à mon avis la plus sexy. Le bas, il sans dire que c’est le bas à couture, façonné à l’ancienne avec les diminutions. C’est surtout une question d’esthétique, car c’est celui qui habille le mieux la jambe, et si celle-ci est belle, c’est un plus incontestable. Une question que je ne sous estime pas: le toucher. Evidemment, il faut un certain contexte pour le faire. Certaines matières servant à la confection des versions modernes, n’offrent pas de sensations qui me font frémir. On a un peu l’impression de caresser un mouchoir. Les vrais bas rétro, et certains modernes, sont d’une autre dimension. La main glisse sur le bas, un peu comme sur une coquine culotte en nylon. Ravissement garanti chez moi. Sans oublier le jeu de la couleur du bas et celui de l’accessoire qui sert à les tenir. et la manière de le fixer. Un mariage entre le rouge et le noir, le noir et la blanc, enfin tout ce qui peut provoquer une sensation agréable au regard de celui qui contemple. C’est un aspect qu’il ne faut pas négliger, mais là encore, c’est le goût de chacun. On peut sans hésitation laisser courir son imagination.

Pour terminer, quelques exemples sur les textures, les couleurs, le résumé condensé du spectacle auquel on peut s’attendre aujourd’hui et un film incontournable dans son contexte.


La fameux film d’Antonioni « Blow-up » est mythique sur plus d’un point. La scène du club permet de voir un des groupes les plus légendaires des sixties, les Yardbirds et Jeff Beck qui casse sa guitare. Je crois que c’est le film qui représente le mieux la transition entre l’ancien et le moderne. Sur une intrigue assez ténue, on suit la caméra qui explore son temps. On peut y voir une jeunesse à la recherche de son absolu et les derniers vestiges d’une Angleterre traditionnelle. Regardez les tenues vestimentaires, vers 1’30 vous apercevrez même une demoiselle assise qui porte encore des bas, c’est la transition entre la vieille école et la nouvelle, le début du flash multicolore. Les gens qui passent dans la rue à la fin de la séquence sont un mélange des deux bords, les convertis et les conservateurs. Si dans la guerre bas/collant c’est encore 50/50, la fantaisie s’installe peu à peu. Le retour timide du bas quelques années après a gardé tout l’inspiration, la décadence de cette époque. On ne portera plus jamais des bas de la même manière. Ainsi soit-il comme dirait l’autre, mon nylon blues en couleurs commence ici.