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L'apéritif en nylon

Des dessous pour un siècle (1)

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Il m’a paru intéressant d’ouvrir une série d’articles sur l’histoire contemporaine des dessous. Entendons par contemporaine une époque qui va de la fin du XIX ème siècle à nos jours. Dans un blog dédié au bas nylon, il est bien évident que s’il peut en constituer l’épine dorsale, il n’est jamais seul. Il entraîne dans son cortège une série d’accessoires qui sont ses cousins, un festin sensuel qui ne peut se concevoir sans les entrées et les desserts. Le nom générique qui les désignent est dessous, tout en situant leur place dans la succession vestimentaire. Il m’a également paru intéressant de rechercher dans la presse quotidienne quelques articles ou publicités dans lesquels ils apparaissent, les replaçant dans le contexte d’une époque ou d’une autre (les reproductions de textes sont cliquables pour une meilleure lecture si nécessaire). Nous nous arrêterons surtout aux sous-vêtements que l’on porte pour sortir, ceux qui se dévoilent lors du déshabillage, ceux qui sont l’apanage de la femme.

Pendant des siècles, les dessous ont peu évolués. Ils remplissaient la fonction qui leur est attribuée, cacher pudiquement certaines parties du corps, tenir chaud, ou les deux à la fois. Chez le peuples qui ont acquis un certain degré de civilisation, un troisième phénomène se greffe, il assume une certaine coquetterie. Même s’il est invisible,  il assure un modelage du corps, le corset en est une évidente démonstration. Tout est dans l’air du temps, on veut se présenter sous tel ou tel critère, on en arrive à la mode. Sous la morale judéo-chrétienne, le pouvoir de suggestion devient très fort, on ne montre rien ou pas grand chose, mais on donne l’envie d’en savoir plus. Les dessous attisent cette envie de découverte, essentiellement pour le sexe dit fort. Ironiquement, on n’est pas loin de certains comportements que l’on retrouve chez certains animaux. La femelle se pare de mille atours pour séduire le mâle.

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A la fin du 19 ème siècle, les dessous n’ont pas encore conquis tout le monde, il sont adoptés par une certaine catégorie de personnes, le plus souvent à partir d’un milieu plus ou moins aisé. C’est presque normal, le révolution industrielle n’a pas encore procuré un certain train de vie à tout le monde. Alors les dessous qui en principe ne se voient pas, ne sont pas jugés comme indispensables, on pense d’abord à manger ou payer son loyer.

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Bien évidemment les dessous existent, mais se résument à ce que l’on connait encore de nos jours en version expurgée. Pour la femme, le choix est surtout mis en musique par le corset qui assume à peu près l’intégrale des besoins de la condition féminine, maintenir le ventre et la poitrine et éventuellement moduler le corps. Il commence après des siècles de domination d’être remis en cause, plus assimilé à la torture qu’une véritable nécessité.  Il existe même des cache-corsets, il fallait bien titiller encore un peu plus le regard des hommes.  Il y a bien sûr le bas qui couvre la jambe, c’est une obligation qui souffre peu d’exceptions, même aller prendre un bain à la mer jambes nues en soulevant le bas de sa robe frise l’indécence. Les robes sont tellement longues que le problème est résolu dans la plupart des cas. Depuis des siècles ce bas est tenu par une jarretière qui se résume parfois à une simple ruban que l’on serre autour du bas. La jarretelle existe, invention attribuée à Ferréol Dedieu en 1876, mais elle n’est de loin pas encore fixée systématiquement au corset. Ce n’est qu’à partir des années 30 que l’on peut considérer la jarretière comme anecdotique. La culotte et parfois une camisole figurent dans l’assortiment. On est très loin du string d’aujourd’hui quand on parle de culotte, pensez à l’expression culotte de grand mère, cela vous donne une juste idée de la chose. La liseuse est un sous-vêtement d’intérieur proche parent de la robe de chambre. Le jupon fait aussi partie des accessoires, c’est peut-être lui qui a le plus enflammé jadis l’esprit masculin. Le thème revient très souvent dans les vieilles chansons de folklore. Il a la saveur de la vision friponne permise accidentellement, mais pas tout à fait improbable. Montrer son jupon pouvait être considéré comme une invitation. Quand j’étais jeune, on disait encore couramment d’une dame dont on voyait un bout de jupon ou de combinaison dépasser de la jupe ou de la robe, qu’elle cherchait un mari ou un amant. Le soutien-gorge qui existe depuis l’antiquité, n’a pas encore sa forme définitive actuelle. Il s’agit souvent d’un bandage enroulé qui maintient les seins. On sait que des conceptions très proches de celles d’aujourd’hui existaient déjà au 14 ème siècle. Son apparition définitive en version moderne se situe juste après 1900.

Pour les hommes, c’est bien plus simple. Un caleçon à longues manches, une camisole ou un gilet de flanelle sont l’apanage de leurs dessous. Notons quand même les affriolants fixe-chaussettes qui connurent leur heure de gloire en concurrence avec la jarretelle féminine, mais c’est encore une création à venir.

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Vers 1900, la femme n’est pas tellement différente de celle d’aujourd’hui dans l’art de s’habiller, elle veut être belle, coquette, et surtout le montrer. La grande différence, ce sont les moyens dont elle dispose en relation avec ce que la décence permet. On parle beaucoup de femmes portant un foulard actuellement, mais en 1900 dans la rue, on ne voit que le visage de la femme dans les beaux quartiers. Il est évident qu’à cette époque, avoir un visage disgracieux ne permettait pas tellement de se mettre en valeur en usant d’artifices. Tout au plus elle pouvait afficher une belle silhouette et des vêtements de luxe si elle en avait les moyens. Ceci concerne en premier lieu une certaine classe de la bourgeoisie, le femme qui fréquente les lieux plus populaires est un rien plus décontractée, elle ne s’affiche pas forcément avec un chapeau et un manteau, ses cheveux sont libres, ses bras en partie visibles s’il fait chaud. Chacune a son territoire, on ne se mélange pas volontiers.

La femme de la Belle Epoque qui s’habille se soumet à un cérémonial plutôt compliqué. On peut s’imaginer ce qu’il serait advenu à la femme réveillée en pleine nuit par l’incendie de sa maison et qui veut la quitter en toute dignité. Elle enfile chemise, corset, cache-corset, bas, jarretière, jarretelles, une sorte de pantalon qui en se raccourcissant deviendra la culotte, un jupon de dessous, un de dessus, remplacés plus tard par la combinaison. C’est le version intégrale, elle peut être simplifié par certaines dames, mais ne croyez pas que c’est la règle la plus courante.

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C’est un des paradoxes de la mentalité féminine d’alors, elle se soumet volontiers à son rituel d’habillement, mais d’un autre côté elle réclame son émancipation, chose que le mâle rechigne plutôt à lui accorder. On a vu de beaux exemples à la cour des rois de France de femmes qui savaient être égales, même supérieures à l’homme. Ceci dans bien des domaines la littérature, les arts, il n’y a guère que la chose militaire qui leur échappe et encore. A travers les premiers mouvements féministes, le femme décide de prendre son destin en main et le revendique. Cela ne se fera pas du jour au lendemain, mais cela se fera et malgré le mépris masculin, elle y parviendront plutôt bien. Les prémices de cette révolution une fois entamés, ce n’est pas tellement le droit de vote qu’elles réclameront le plus fort, mais la mise au rencart du corset.

Dans le prochain chapitre, nous verrons les pour et les contre de cette révolution, les arguments, tout en soulevant les robes pour voir visuellement ce qu’il y dessous.

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Cette article paru en 1901 est tirée d’un roman. Une doctoresse, chose encore peu courante, présente une thèse où il est question du corset. C’est aussi là où j’ai fait mes recherches que je trouve mentionné le mot jarretelle pour la première fois. Selon la plupart des historiens, elle a été inventé par Ferréol Dedieu en 1876, mais n’a de loin pas encore conquis toutes les fabricants et les dames qui continuent à porter la jarretière

A suivre

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