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L'apéritif en nylon


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Nylon paparazzi (7)

Qu’étaient nos bas adorés aux temps anciens, comment en parlait-on? Pour le savoir, il est nécessaire d’aller fouiller dans les archives des différentes époques où par la grâce des journaux ou des livres, on peut se faire une idée plus précise du sujet. Plus que maintenant, le bas était un objet de consommation courante. La vraie différence, c’est que le bas seul n’était rien, il lui fallait des accessoires pour qu’il tienne en place. Il représentait certainement un côté coquin moins érotique que maintenant. On ne choisissait pas entre un bas et un collant, la première possibilité était la seule possible, ou alors se promener les jambes nues, ce qui était franchement indécent dans les moeurs anciennes. Précisons toutefois que les jupes étaient aussi beaucoup plus longues, faisant presque office de balai. Apercevoir une cheville au temps des rois de France était une jolie vision qui ne manquait pas de réjouir les amateurs de sensations coquines. Ce n’est qu’au tournant du 20ème siècle que les robes ont peu à peu diminué de longueur, donc il fallait cacher ce nu que l’on ne savait voir. Distinguons aussi la femme bourgeoise de celle de milieux plus modestes, cette dernière portant des vêtements par forcément à la mode, mais destinés à durer.

Une publicité de janvier 1934 nous renseigne sur la lingerie portée cette année-là. Disons-le tout de suite, elle s’adresse à une clientèle au minimum de condition moyenne. A titre de comparaison, un vélo coûtait environ 150 francs de l’époque. Certains articles de la vente avoisinent de moitié ce prix-là, donc ils font partie de la lingerie plutôt luxueuse.

25 janvier 1934
Jeudi, à LA GRANDE MAISON DE BLANC!, place de l’Opéra, journée spéciale de lingerie pour dames. Chemise nansouk jours et polo brodée 19.50; la culotte, 19,75; chemise nansouk rosé jours fin et broderie, 29 fr; la culotte 28 fr; parure soie et dentelle, la chemise, 29 fr; combinaison jupon soie point turc, 87 fr; culotte bord côtes 29 fr; porte-jarretelles satin, 9,75; douillette pompadour soie naturelle, 145 fr; exceptionnel mouchoirs linon vignettes pour dames, 17,50 la douzaine; pour hommes. 27fr la douzaine.

Un fait divers tragique d’octobre 1907, traité dans « Le Petit Parisien » est éloquent sur le respect de la vie privée. Lisez l’histoire, reproduite en entier pour la bonne compréhension, vous ne manquerez pas d’être étonnés sur la manière dont les enquêteurs étalent l’intimité de la victime. Imaginez mesdames, qu’aujourd’hui on cite le contenu de votre valise de lingerie en guise d’indices pour retrouver votre identité. Il donne aussi une idée de la composition d’une garde-robe en ces temps reculés.


La rue des Comédiens, à Bruxelles, a été le théâtre d’un affreux suicide. Une dame correctement vêtue, ayant l’accent parisien très prononcé, se présentait, il y a quelques jours, dans une pension bourgeoise de la rue des Comédiens et y louait une chambre pour une semaine. Elle déclara arriver de Paris, qu’elle était couturière et qu’elle était venue ici pour y trouver de l’occupation. Cependant, elle attira bientôt l’attention de tous les autres pensionnaires par ses allures. Elle paraissait en proie à un très grand chagrin et ses joues portaient encore les traces de larmes. C’est à peine si elle touchait aux aliments qu’on lui servait. Elle se faisait d’ailleurs monter ses repas au deuxième étage, qu’elle occupait. Or, hier,l’inconnue s’est précipitée par la fenêtre et est allée se briser le crâne sur les dalles du trottoir.
L’identité de la malheureuse n’a pu être encore établie, car on n’a trouvé sur elle aucun papier. De plus, afin de dépister les recherches, elle avait pris soin d’enlever la coiffe de son chapeau. Son cadavre sera photographié demain. Voici, en attendant qu’on ait pu l’identifier, le signalement officiel de la désespérée et aussi quelques renseignements de nature à aider les recherches.
Agée de 30 à 40 ans, taille 1 m. 60, cheveux noirs, yeux bruns, nez gros, bouche assez grande; oreilles ordinaires, corpulence moyenne. Vêtue d’une chemise et d’un pantalon de toile blanche non marqués, bas noirs, jarretelles rouges, jupon de dessous en flanelle rouge, jupon en brocart de soie noire avec dentelles noires, corsage en flanelle blanche pointillée rouge.
Dans sa chambre, parmi du linge non marqué on a trouvé un mouchoir marqué M au fil blanc, un mouchoir fantaisie marqué D au fil rouge un jupon gris fer à rayures obliques, un petit paletot, un manteau d’astrakan avec doublure en soie à Heurs couleur rouge passée, un corset noir, une fourrure tour de cou en marire, une paire de bottines en chevreau glacé avec bouts vernis et une pièce sur l’une des semelles, un pantalon de toile blanche marque au coton rouge des lettres V D, lettres mal faites. On a également découvert la somme de 1088 francs, plus 95 centimes en monnaie

Foyer Domestique, 1905, conseil gestion ménagère

Le corset

On vous a parlé du corset et vous vous demandez qui a raison, s’il faut porter un corset ou s’il n’en faut pas porter. Réfléchissez, raisonnez et vous arriverez sans doute h, une solution satisfaisante. Lorsque vous travaillez sérieusement, que vous frottez le plancher ou les meubles, le corset vous gêne-t-il? Oui, par conséquent n’en mettez pas. Mais lorsque vous allez vous promener, ou que vous voulez visiter quelqu’un, la besogne que vous faites est peu fatigante, rien ne vous empêchera alors de mettre un corset; je dirai plus, en mettant un corset peu baleiné et peu serré, les femmes un peu fortes paraissent toujours plus propres et surtout plus ordonnées. En agissant avec notre bon sens, en ne travestissant pas les indications que nous donne la nature, il est rare que nous n’arrivions pas à nous diriger sûrement.

Les jarretelles

Que vaut-il mieux employer pour retenir nos bas : des jarretières ou des jarretelles! Déjà vous avez répondu, n’est-ce pas? Pour que les jarretières retiennent bien le bas il faut qu’elles soient assez serrées et par conséquent elles peuvent causer une gêne circulatoire; nous donnerons donc la préférence aux jarretelles.

Félicien Champsaur (1858 -1934)

Un écrivain passablement retourné à l’obscurité. Il aborda un peu tous les genres littéraires. Avant tout un observateur de la vie artistique parisienne, il fut un précurseur de l’écriture moderne. Il laisse d’innombrables écrits. Voici un extrait d’un écrit paru en 1926.

Nuit de fête 1926.

Dans un coin du hall, une péripatéticienne s’asseyait un instant, et, pour aguicher un monsieur en habit noir qui la regardait impassible, levait rapidement sa jupe en corolle au-dessus de ses mollets élégants, deux fripons pistils, comme pour arranger une jarretière.

Le monsieur en habit noir:

– Vous portez encore des jarretières ? J’ai du goût pour ces attaches de ma grand-mère.

– Je n’aime pas les jarretelles ça tire et déchire les bas.

– Tu es économe et jolie. Alors, je vais t’épouser.

Vous pourriez tomber plus mal, monsieur. Je connais une princesse qui aime les bas très longs et ne porte ni jarretelles ni jarretières.
– Comment fait-elle tenir ses bas ?

– Avec des épingles à cheveux.

Le monteur en habit noir ajouta

– Au nid soit qui mâle y pense.

Puis il se perdit dans la cohue bariolée.

Comme vous le remarquerez dans les deux derniers textes les avis sont à l’opposé. Le premier est une évaluation qui peut se comparer à un avis de consommateur d’aujourd’hui. Mais le texte de Champsaur n’est probablement pas sorti de complètement de son imaginaire. La conversation a peut-être eu lieu réellement. Si l’on tient compte qu’il y a 20 ans entre les deux articles, on peut imaginer combien l’évolution entre le passage de la jarretière à la jarretelle a été long. Une sorte de guerre en dentelles, chacune défendant son camp. L’histoire de la princesse qui tenait ses bas avec des épingles à cheveux, m’a fait ressurgir un souvenir d’adolescence que je vais profiter de vous narrer en quelques mots.

Une pub de 1965 dans un journal anglais. Une gaine, article entre très porté à l’époque pas forcément par les grands-mères.


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Nylon paparazzi (5)

L’histoire suivante comme la reporte le « Edmonton Journal » en 1946 est digne de la série noire. C’est une ville qui a la réputation d’être paisible, dans une région du  Canada prospère et fertile. Un chauffeur de camion américain avait fait une halte dans la cité pour se restaurer et souffler un peu. Alors qu’il rejoignait son camion stationné plus loin, dans une rue de la ville, il aperçut un homme avec une valise. Cette valise ressemblait comme une frangine à celle qu’il avait dans son camion. En inspectant celui-ci, il vit qu’elle avait disparue et il se lança à la poursuite de l’homme.
La valise contenait sept paires de bas nylons, des pellicules photographiques, une large ceinture en cuir qui servent à soutenir les reins  des motards. A l’époque, sans représenter une fortune, le contenu en valait quand même la peine. Ne retrouvant pas son homme, le chauffeur se rendit au poste de police pour signaler le vol. Pour finir la police retrouva la valise avec son contenu, dissimulée dans un tas d’ordures. Continuant son enquête, elle finit par mettre la main sur un homme qui s’était signalé dans un bistrot en essayant de vendre des bas nylons.  On organisa vite une confrontation pour que le chauffer puisse continuer sa route. Il reconnut son voleur qui fut arrêté en charge de détention d’objets volés. La chauffeur avait quand même perdu plus d’une journée. Il faut croire qu’il tenait à son bagage, sûrement de quoi emmener sa belle en moto avec des bas nylons neufs et éventuellement une petite séance de photographie dans un coin charmant.

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En 1946 toujours, cette fois dans le Kansas, la ville de Hays à un problème d’éducation. Ce n’est pas que les résidents soient plus bêtes qu’ailleurs, mais on manque d’enseignants. Le responsable des écoles cherche l’idée de génie pour amener des candidats dans les écoles. Il finit par proposer deux paires de bas nylons, oui deux, à chaque dame qui accepterait un poste. Il promet aussi une paire de bas pour le femme de chaque homme qui en ferait de même. Les petits cadeaux seront remis à l’arrivée des titulaires sur place, mais pas avant. Tout juste s’il ne demande pas de les essayer devant lui pour voir s’ils vont bien. Enfin, si j’en crois l’article du journal, le truc marcha bien et la rentrée fut pourvue d’enseignants en suffisance. Remarquez que maintenant, on risquerait de ramasser plutôt une baffe avec ce genre de promesse de cadeaux pour les postulantes. A la décharge de ce directeur, il faut bien signaler que les bas étaient plutôt en pénurie suite à la guerre.

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Justement dans ce contexte un journal de la même année, cette fois à Milwaukee, annonce une grande nouvelle. Un responsable du bureau civil de la production à Washington annonce que 30 millions de paires de bas sont sorties des usines et que la production doit encore augmenter. Il affirme que la pénurie est due à une très forte demande et aussi une certaine réticence de la part des fabricants. Cette dernière affirmation est un moyen comme un autre de cacher certains problèmes de gestion du commerce et aussi des mouvements syndicalistes qui tendent à s’affirmer.  C’est bien la première fois que l’on verrait les Ricains se faire prier pour faire du pognon là où on peut en faire.

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Au cours de la seconde guerre mondiale , dès fin 1941 pour les USA, une sorte de blackout est mis sur l’industrie textile,  entre autres.  L’effort de guerre nécessite des matières premières en grandes quantités. Le bas nylon ou de soie n’échappe pas à la règle. Comme au temps de la prohibition, le marché noir s’organise et est plutôt florissant. L’administration américaine soucieuse du confort de ses citoyennes a fixé en ces temps de disette le prix d’une paire de bas à 1,80$, à charge pour elles d’en trouver. Qui dit marché noir pense bien sûr prix prohibitifs, c’est absolument vrai. A Chicago en 1943, un couple s’est fait pincer pour avoir encaissé environ 30000$ de revenus en vendant des paires du bas via ce système. Le prix de vente était de 4$ la paire et ils ont reconnu en avoir vendu 1800 paires par semaine pendant un mois. Non seulement ces revenus ont failli échapper au fisc, mais le prix dicté n’était pas respecté. Tout rentra dans l’ordre, mais la loi américaine prévoyait un an de prison et 5000$ dollars d’amende pour chaque organisation de vente illicite. L’histoire ne dit pas si la justice a aussi cherché les acheteurs. Bah, il y avait sûrement quelques dames de la bonne société parmi les clientes.

Etes-vous un bon nylon paparazzi?

Dans quel film peut-on voir cette scène?

Quel-est ce clip vidéo?

Et les pubs…