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L'apéritif en nylon


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Des dessous pour un siècle (12)

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Comme l’histoire nous l’apprend, signer la paix est presque plus difficile que de déclarer la guerre. Dans un premier temps l’armistice est signé le 7 mai 1945 à Reims en présence du maréchal Jodl pour les Allemands et de généraux américains, français et soviétiques. Auparavant les Allemands tentent de négocier une paix séparée. C’est à dire que l’on signe une cessation des hostilités avec la partie ouest, mais que l’on continue de se battre avec l’est, avec les Soviétiques. C’est une idée alors assez en vogue, notamment celle du célèbre général Patton, qui considère le communisme comme le mal absolu. Le commandement américain refuse évidemment, c’est tout au rien. Pour faire bonne mesure et contenter Staline, on organise une seconde signature de fin des hostilités, mais cette fois-ci à Berlin, le 8 mai. C’est une exigence de prestige, car l’armée russe occupe entièrement Berlin. On remet le couvert de la capitulation avec cette fois la présence du maréchal Keitel. Ce n’est pas la vraie fin de la guerre, car les Japonais continuent à se battre dans le Pacifique. Pour qu’ils cessent de faire joujou avec la poudre, il leur faudra un sérieux coup de semonce qui tombera du ciel avec les bombes atomiques larguées sur Hiroshima et Nagasaki. Cette fois, c’est vraiment la fin le 2 septembre quand les Japonais signent la capitulation définitive. Comme décidé à la conférence de Yalta en février 45 entre Churchill, Roosevelt et Staline, la partage de l’Europe  peut commencer, une zone d’influence américaine à l’ouest et une soviétique à l’est et aussi une certaine guerre froide. Après bien des péripéties elle aboutira à l’Europe que l’on connaît aujourd’hui.

La guerre froide? C’est justement la bonne occasion pour réchauffer les jambes avec des bas nylons. Il vont régner en maîtres pendant 20 ans et vont devenir l’accessoire de mode pour montrer et être vu. Mais tout ne va pas aussi vite. Les ruines de l’Europe, surtout ce qui est organisation, infrastructure de la société doit être remis en place. C’est un  travail de longue haleine. Les privations sont encore nombreuses, on ne mange pas du filet de boeuf à tous les repas, ce n’est vraiment qu’à partir de 1947 que l’on commence à se nourrir à peu près normalement. Pour patienter, il faut organiser une part de rêve. Cela peut se faire de différentes manières, la mode en est un moyen. Le célèbre magazine Elle diffuse son premier numéro en novembre 1945. Les premiers bas nylons sont arrivés en France via les GI’s. On ne peut pas encore s’en procurer comme on veut, alors celui qui en possède peut pratiquement obtenir ce qu’il veut en agitant une paire à bout de bras. Les suites immédiates de la guerre ont une conséquence directe sur le vêtement. Les dames qui ont vécu cette époque se rappellent que la longueur des jupes n’a jamais été aussi courte, on est souvent au dessus du genou. Ce n’est pas une soudaine envie d’exhibitionnisme qui en est la cause, mais la pénurie de tissus. Nul doute que quelques uns de ces messieurs trouvèrent cela charmant.

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Un événement d’actualité s’incruste dans la mode. En juin 1946, le premier essai atomique a lieu dans le pacifique sur un atoll appelé bikini. Les Américains estiment sans doute que la bombe mérite quelques perfectionnements, elle ne fait pas encore assez de dégâts, alors boum!
Un petit malin du nom de Louis Réard, présente à Paris le premier maillot de bain deux pièces qu’il appelle, devinez… bikini. C’est une bombe après la bombe. Ceux qui sont pour sont unanimes pour complimenter, ceux qui sont contre pour crier au scandale. Ils y voient rien de moins que des sous-vêtements qui seraient devenus visibles sous l’effet de la radioactivité, dirons-nous pour plaisanter. Bien sûr, n’allons pas imaginer que toutes les dames et jeunes demoiselles de France et de Navarre et même au-delà, l’adoptent sans concession. Mais le verre est dans le fruit et d’ci qu’il le bouffe tout, il ne va pas s’écouler des siècles, quelques années avant qu’il ne devienne courant.

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Christian Dior dont le nom commence à être connu lance sa marque en  1946. En quelques années, elle deviendra un empire. Dans cette juste après-guerre, il voit la silhouette de la femme revenir un peu à ce qu’elle était à la Belle Epoque pour ce qui est de la taille, cintrée. Pour le reste c’est plus libéré, épaules dénudées, poitrine apparente. Son premier défilé en 1947 est un triomphe.

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Marcel Rochas saisit le vent de cette mode et invente quelque chose qui va nous concerner et devenir une pièce maîtresse du sous-vêtement sexy, la guêpière. Pendant de ce corset qui alimenta une bataille qui ne fit ni vainqueurs, ni vaincus, il devait bien se rappeler aux souvenirs de chacun. Evidemment son nom est inspiré de la guêpe dont la taille fait pâmer celles qui ont des centimètres superflus. C’est une version allégée du corset, les effets sans les inconvénients pourrait-on proposer. Il permet de choisir librement la compression que l’on veut exercer sur le corps, son but n’est pas de tricher avec la taille si on ne le désire pas. Une maintenue un peu lâche ne choquera personne si c’est l’option choisie. Il se posera immédiatement comme objet d’un certain luxe et il ne figurera pas par défaut dans tous les tiroirs de lingerie personnelle. Son rôle et son impact sera assez modéré à son avènement, mais elle reviendra en force dans les années 80, souvent en version minimaliste, mais son succès ne s’est pas démenti depuis.

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Le jupon, une pièce vestimentaire quelque peu oubliée refait son apparition. Il ne s’agit plus d’en mettre plusieurs couches comme à la belle époque ou dans les cours royales. Reste une pièce au style froufroutant affichant le bas de la robe en forme de parapluie. Cette silhouette sera très populaire jusque vers la fin des années 50 et collera aux jeunes amatrices de rock and roll qui le font voler en dansant. De nos jours encore, une danseuse de rock and roll qui veut glorifier le pur rock and roll, se doit de le danser jupon au vent et même porter de vrais bas. C’est certainement la musique la plus liée avec le vrai bas nylon aujourd’hui.

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Encore un cas où l’histoire s’incruste dans la mode. En référence au cardinal Richelieu, les sous-vêtements masculins Eminence vont casser la baraque et même dans un certains sens, la braguette. Georges Jonathan et Gilbert Sivel importent de Suisse un métier à tisser qui offre une nouvelle manière de tisser encore inconnue ici, le petit point noué. Reprenant une méthode utilisée par les Gauchos, il mettent au point le slip avec une poche, plus connu sous le nom de slip kangourou. Cette manière qui facilite le déballage de ses outils, connaîtra et assurera un premier grand succès de la marque. En matière d’emballage, le slip est présenté sous emballage individuel rendant le produit visible, ce qui est une petite révolution en 1947.

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Ces années d’après guerre rend possible toutes les audaces, on entre dans l’ère du marketing, un genre de guerre où le vainquer est celui qui vend le mieux.

Aussi à cette époque.

1946 – Premier Festival de Cannes qui consacre un film directement inspiré par la résistance, La Bataille du rail de René Clément.

1947 – Mariage de la future reine Elisabeth avec son cousin, pas de divorce en vue.

Création de l’état d’Israël.

Invention du procédé photographique Polaroïd, eh oui déjà.

1948 – En prévision des jeunes qui vont écouter Salut les Copains plus tard, enfin sans doute, invention du transistor.

Assassinat de Gandhi

1949 – La voiture presque accessible à tous, la 2CV

A suivre


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Des dessous pour un siècle (11)

25 051515 7Au début 1940, la France pouvait encore espérer être épargnée pas la guerre de manière directe. Le optimistes pensent que la ligne Maginot est un obstacle infranchissable et qu’elle dissuade Hitler de toute tentative belligérante. Pour les pessimistes, il ne fait aucun doute qu’il a une revanche à prendre sur la France et qu’il viendra frapper à la porte. On sait comment l’histoire s’est déroulée, le 22 juin 1940 la France signe l’armistice, vaincue. Elle n’est pas la seule à souffrir, l’Allemagne étend sa zone d’influence sur presque toute l’Europe au gré des victoires militaires et des alliances politiques.

Evidemment la mode passe au second plan, si ce n’est au troisième. Le fait le plus significatif, ce n’est pas tellement l’envie de ne plus créer, mais de ne pas avoir de quoi le faire. Bien vite, toutes les matières premières nécessaires à sa création se font rares, bref on manque de tout. Dans le domaine de l’abondance matérielle, l’Europe n’est pas aux premières loges, mais au mieux assise sur un strapontin. Aux USA c’est un peu mieux, le territoire national est vierge de tout combat, pour l’instant ils ne sont même pas officiellement en guerre mais ils s’y préparent. Tout en soutenant l’Angleterre qui est soumise aux bombardements, le blitz comme ils l’appellent. Pour une part le pays se suffit à lui-même, la nourriture ne manque pas, bien que la dépression économique des années 30 en laisse pas mal sur le carreau.

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Dommage pour le nylon, mais cette belle invention que chaque Américaine rêve de porter sous forme de bas est réservé à l’effort de guerre. Alors on s’accommode de ce qui est disponible, même s’il faut user d’artifices et faire croire que. La pénurie de bas stimule les imaginations. Si on n’en a pas, on se teint les jambes en foncé et on dessine une couture pour faire illusion. Bien sûr, il est déconseillé de prendre un bain trois fois par jour. Cette pratique aura cours dans tous les pays en état de guerre, du moins ceux où le port des bas fait partie des habitudes quotidiennes. C’est le choix entre retourner au disgracieux bas de laine ou tromper « l’ennemi ». Il ne faut pas trop compter sur le bas de soie, car il se fait aussi rare et est carrément interdit en Angleterre. Même dans son célèbre discours de 1940, Churchill aurait pu ajouter: je n’ai à vous offrir que du sang, du labeur, des larmes, de la sueur et des bas de laine!

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Mais le guerre connectée de manière restrictive aux dessous évolue dans l’air du temps. L’année 1940 verra l’avènement de quelque chose qui fera date dans l’histoire: la pin-up. C’est dans le magazine Esquire que paraît la première du genre, née sous le pinceau d’Alberto Vargas, un Péruvien établi aux Etats-Unis. Il en dessine déjà depuis une vingtaine d’années, mais à partir de ce moment là elle entre dans le conscience collective. C’est sans doute le contexte de la guerre qui a permis son avènement sans trop inquiéter les censeurs débordés par l’ampleur de sa tenue légère et la popularité du phénomène, car elle est adoptée comme mascotte par les soldats.

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On la peint, la dessine sur les véhicules militaires ou sert d’illustration pour les calendriers. L’Angleterre l’adopte également et va même plus loin avec un trait d’humour.  Le Daily Mirror publie les dessins d’une pin-up blonde étourdie, Jane, crée par Norman Pett. Gaffeuse, elle laisse entrevoir ses dessous, ce qui vaudra la réputation de meilleure arme secrète britannique de la Seconde Guerre mondiale. On sait que pendant ce temps des rumeurs faisaient état de savants américains travaillant à une autre arme secrète d’un puissance destructrice jamais égalée, ce qui sera la future bombe atomique. Une bombe atomique contre une bombe anatomique!

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Un autre fait marquant encore en vigueur de nos jours, le port des dessous à même la peau. Fini la culotte froufroutante, le slip devient bien serré. Les bas, quand on en possède, finissent de consacrer le porte-jarretelles qui se porte sous la culotte, exit la jarretière. La combinaison camoufle plus ou moins légèrement le tout, soutien-gorge y compris. Chez les hommes le maillot de corps devient une camisole qui s’enfile simplement par le haut.

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La Française, elle, se débrouille comme elle peut, le manque de tout est drastique. Les chaussures à talons compensés deviennent une sorte de mode par la force des choses, surmontés de socquettes roulées sur leurs chevilles. Les femmes en pantalons n’ont jamais été si nombreuses. Dame, il a des avantages évidents, il est solide et surtout il tient chaud, se chauffer est un luxe suprême. Parmi les petits métiers, celui des remmailleuses prospère. Quand on possède une paire de bas, ce n’est pas une maille qui file qui signifie sa mort, il est bien trop précieux. A l’issue de la guerre, la marque Vitos met une machine à remailler les bas sur le marché.

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Si l’immense majorité de gens se serrent la ceinture, quand on en possède une, certains petits malins profitent bien de la situation. Le soldat allemand loin des colères de son bien aimé führer, n’en est pas moins friand de distractions un peu coquines: « Ach Baris! ». Les fameuses Folies-Bergère relancent le spectacle avec froufrous incorporés, symboles de légèreté et de plaisirs faciles.  Sans doute plus que le champagne ou les bons petits plats à la française, c’est l’image qui est la plus ancrée dans l’esprit du soldat de la Wehrmacht. Par la même occasion, les officiers se rendent volontiers au One-Two-Two, le plus célèbres et luxueux des bordels parisiens qui connaîtra une sorte d’officialisation.  L’humour ne perdant jamais tout à fait ses droits, les pensionnaires en argot parisien sont appelées des essoreuses.

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Trouver de la lingerie fine avec la bienveillance de l’occupant, c’est dans le domaine du possible avec la complicité de quelques personnages pas trop regardants sur les moyens. Comme dans toutes les époques troubles, des personnages peu recommandables trouveront le terrain propice à leurs activités criminelles. Le plus célèbre fut Marcel Petiot, un Landru transposé dans une autre guerre, organisant des réseaux de passages à l’étranger dans lequel tous les candidats disparaissent définitivement.

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Du côté des vedettes, certaines se verront reprocher leur attitude un peu trop amicale avec les Allemands, on parle aussi de « collaboration horizontale ». La fameuse Arletty, qui tourna pendant la guerre son plus beau rôle dans Les Enfants du paradis, se verra reprocher le fait d’avoir entretenu une liaison avec un officier allemand. Elle aurait alors lancé sa fameuse phrase: « Mon cœur est français, mais mon cul est international. ». Il est clair que l’activité culturelle et artistique marque le pas comme la mode. Il est certain qu’une femme habillée avec une certaine recherche est regardée de travers, alors que tout est introuvable sans passer par le marché noir. Elle n’obéit pas à des critères de mode, mais à un comportement que la morale d’alors peut réprouver.

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Mais à partir de 1943, l’armée allemande commence à connaître de sérieux revers. A fin 1944, la territoire français est presque libéré, à part une poche de résistance dans les Ardennes. Les GI’s sont accueillis en héros. Les enfant lui réclament du chewing gum, les femmes des bas nylons…

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Avec la fin de la guerre, l’aube d’un certain nouveau monde commence comme dans la symphonie de Mahler, un certain âge d’or pour le bas nylon et autres dessous.
A suivre