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L'apéritif en nylon


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Du nylon pour un siècle (13)

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Dès le début des années 50, le doute n’est plus permis. Une ère de prospérité s’annonce et a déjà commencée dès la fin de la guerre. Dans l’histoire elle sera connue comme les Trente Glorieuses. C’est certainement le seul côté positif que l’on peut trouver à l’aberration guerrière, mais le fait est qu’il faut tout reconstruire. La première guerre mondiale avait été plus localisée, moins étendue territorialement. La seconde a dévasté de nombreux endroits du globe, l’Europe presque entièrement. Il ne s’agit pas seulement de remplacer les bâtiments et lieux détruits par de nouveaux, mais il y a une nouveau phénomène qui se pointe, inconnu jusqu’alors, le progrès sous forme de nouveautés qui font rêver, la télévision, le microsillon, les ustensiles ménagers qui soulagent le travail de la femme (encore) au foyer. Tout ceci débarqué en même temps que la matériel militaire.  Le marketing crée les besoins, on accède au besoin de pacotille. Si l’on pouvait se passer aisément du Coca-Cola avant guerre, ce n’est plus le cas. Il est devenu un signe d’indépendance, on le boit quand on veut et n’importe où, c’est juste si on ne trouve pas un distributeur dans l’église à côté du bénitier. Il est même cité dans les chansons pour faire branché. Adieu le papier à rouler la clope de nos pères et la soupe de grand-mère, on consomme industriel, en paquet de 20 ou en sachet familial.

Mais résumons encore brièvement cette ambiance entre 1945 et le début des années 50 en s’arrêtant sur le bas nylon et le départ vers leur suprématie

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Quelques petites chroniques journalistiques de 1945, il n’est pas impossible qu’on y mentionne le bas nylon..

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Au niveau de la mode, l’immédiate après-guerre est encore bien sage. Elle deviendra rapidement une ère parmi les plus mythiques, l’intensité ne se mesure pas vraiment à ce que l’on voit, mais plus à ce que l’on suggère, ce que l’on voudrait voir. Le cinéma aide beaucoup à créer des stars qui ne se mettent pas encore à nu, que l’on ne verra jamais nues pour la plupart et qui deviennent pourtant des sex symbols. La fameuse Marilyn Monroe est un exemple encore dans toutes les mémoires et une référence. Elle vient pourtant d’un cinéma américain qui excelle autant par sa créativité que par sa pudibonderie. A malin, malin et demi, les réalisateurs font preuve de virtuosité pour ne pas subir les foudres de la censure. Dans le film de Charles Vidor, « Gilda » avec Rita Hayworth sorti en 1946, la scène où elle retire son gant est devenue un anthem à la sensualité. Ce n’est pourtant qu’un gant que l’on retire, mais il amène le conscient du spectateur vers des zones plus obscures de sa personne. Si ce genre de scène peut faire rire un adolescent aujourd’hui, croyez bien qu’il en fut tout autrement en 1946.

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La mode de cette époque peut se résumer à une silhouette, sur l’écran ou dans la rue peu importe, mais elle agit comme un aimant sur l’oeil du contemplateur. Enlevons le dessus et voyons ce qui se passe dessous.
La gaine connaît un triomphe presque absolu, du moins chez la femme de la classe moyenne. On retrouve l’idée du corset qui moule la taille, en version allégée bien sûr. Marilyn Monroe n’avait pas spécialement une minceur de manche à balai, bien au contraire elle avait ce qui plaisait alors, quelques morceaux de chair bien répartis. Juste assez pour un moulage, de quoi obtenir la silhouette que l’on veut sans rembourrage. La gaine sert évidemment à cela, mais elle sert aussi à tenir les bas, des bas nylons pour sûr. Il est encore à couture, mais d’ci un dizaine d’années, son concurrent sans cet indice de charme, mais à talon renforcé sera de mise. En plaisantant on pourrait dire que c’est une sorte de bas pasteurisé, mais encore un bas, un vrai.

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Ce n’est pas encore la fin de la guerre pour les bas nylons


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En 1945 et 1947, ces publicités font l’inventaire en matière de dessous. J’imagine pour les amatrices de vintage authentique, comment elles adoreraient le porte-jarretelles couleur ciel.

Le porte-jarretelles, qui existe de nom depuis fort longtemps, et plus modestement la guêpière sont les autres atouts de la féminité. Le premier atteindra un sorte mysticisme auprès de la plupart des hommes. Il faut bien avouer que jamais autant que dans les années 50, il ne fut assimilé à une pièce d’art. En version simple, il est juste un accessoire servant à tenir une paire de bas. Mais quand il frôle la sophistication, il est amplement garni de dentelles, il joue avec les couleurs, les matières. En apercevoir un bout ou encore mieux la totalité, constitue un spectacle de choix pour l’oeil coquin du mâle en recherche de spectacle aguicheur. Il n’est pas sensuel, c’est bien pire. C’est son âge d’or, on n’ose imaginer aujourd’hui son retour au sommet, pourtant il hante toujours les rêves masculins perdus dans les sabliers du temps.

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En abordant les époques plus récentes de l’histoire du sous-vêtement, on gagne de la place sur les pages qui servent à les décrire. Nous ne sommes plus obligés d’énumérer un longue liste d’accessoires et de faire lever les dames à 4 heures du matin pour qu’elles soient présentes au travail à 7 heures. Dans les trois pièces qui constituent les sous-vêtements d’une dame que l’on pourrait qualifier d’honnête selon l’adage de l’époque, il nous manque encore le soutien-gorge.

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Il s’intègre parfaitement dans cette idée de silhouette qui se veut tout sauf plate. Les seins sont comme les montagnes, il n’y en a pas deux qui ont exactement la même forme, ni la même taille. C’est un casse-tête qui peut se terminer pas un casse-seins. A l’instar du sexe masculin, ce sont des organes qui peuvent varier en taille selon les envies susurrées par la nature. En plus, ils sont une véritable carte de visite de l’anatomie visible de la femme. Mélangés au goûts personnels et les aléas de la mode, les modistes ont bien compris que les bonnes affaires se font en allant à l’opposé de la mode précédente, il faut jongler. Une création plutôt nouvelle sera mise au point dans le but d’offrir une alternative aux dames en mal de poitrine conquérante, le soutien-gorge obus.  Pas forcément le summum du confort, mais il permet la triche et les moins avantagées ne s’en priveront pas.

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Mais vu la richesse de cette première moitié des années 50, il faut que l’on s’arrête plus en détail sur ses tendances. Elles sont le reflet d’un bouillonnement créatif et innovateur sur tout ce qui peut faire la réussite de ceux qui proposent et ceux qui disposent.

A suivre


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Des dessous pour un siècle (11)

25 051515 7Au début 1940, la France pouvait encore espérer être épargnée pas la guerre de manière directe. Le optimistes pensent que la ligne Maginot est un obstacle infranchissable et qu’elle dissuade Hitler de toute tentative belligérante. Pour les pessimistes, il ne fait aucun doute qu’il a une revanche à prendre sur la France et qu’il viendra frapper à la porte. On sait comment l’histoire s’est déroulée, le 22 juin 1940 la France signe l’armistice, vaincue. Elle n’est pas la seule à souffrir, l’Allemagne étend sa zone d’influence sur presque toute l’Europe au gré des victoires militaires et des alliances politiques.

Evidemment la mode passe au second plan, si ce n’est au troisième. Le fait le plus significatif, ce n’est pas tellement l’envie de ne plus créer, mais de ne pas avoir de quoi le faire. Bien vite, toutes les matières premières nécessaires à sa création se font rares, bref on manque de tout. Dans le domaine de l’abondance matérielle, l’Europe n’est pas aux premières loges, mais au mieux assise sur un strapontin. Aux USA c’est un peu mieux, le territoire national est vierge de tout combat, pour l’instant ils ne sont même pas officiellement en guerre mais ils s’y préparent. Tout en soutenant l’Angleterre qui est soumise aux bombardements, le blitz comme ils l’appellent. Pour une part le pays se suffit à lui-même, la nourriture ne manque pas, bien que la dépression économique des années 30 en laisse pas mal sur le carreau.

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Dommage pour le nylon, mais cette belle invention que chaque Américaine rêve de porter sous forme de bas est réservé à l’effort de guerre. Alors on s’accommode de ce qui est disponible, même s’il faut user d’artifices et faire croire que. La pénurie de bas stimule les imaginations. Si on n’en a pas, on se teint les jambes en foncé et on dessine une couture pour faire illusion. Bien sûr, il est déconseillé de prendre un bain trois fois par jour. Cette pratique aura cours dans tous les pays en état de guerre, du moins ceux où le port des bas fait partie des habitudes quotidiennes. C’est le choix entre retourner au disgracieux bas de laine ou tromper « l’ennemi ». Il ne faut pas trop compter sur le bas de soie, car il se fait aussi rare et est carrément interdit en Angleterre. Même dans son célèbre discours de 1940, Churchill aurait pu ajouter: je n’ai à vous offrir que du sang, du labeur, des larmes, de la sueur et des bas de laine!

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Mais le guerre connectée de manière restrictive aux dessous évolue dans l’air du temps. L’année 1940 verra l’avènement de quelque chose qui fera date dans l’histoire: la pin-up. C’est dans le magazine Esquire que paraît la première du genre, née sous le pinceau d’Alberto Vargas, un Péruvien établi aux Etats-Unis. Il en dessine déjà depuis une vingtaine d’années, mais à partir de ce moment là elle entre dans le conscience collective. C’est sans doute le contexte de la guerre qui a permis son avènement sans trop inquiéter les censeurs débordés par l’ampleur de sa tenue légère et la popularité du phénomène, car elle est adoptée comme mascotte par les soldats.

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On la peint, la dessine sur les véhicules militaires ou sert d’illustration pour les calendriers. L’Angleterre l’adopte également et va même plus loin avec un trait d’humour.  Le Daily Mirror publie les dessins d’une pin-up blonde étourdie, Jane, crée par Norman Pett. Gaffeuse, elle laisse entrevoir ses dessous, ce qui vaudra la réputation de meilleure arme secrète britannique de la Seconde Guerre mondiale. On sait que pendant ce temps des rumeurs faisaient état de savants américains travaillant à une autre arme secrète d’un puissance destructrice jamais égalée, ce qui sera la future bombe atomique. Une bombe atomique contre une bombe anatomique!

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Un autre fait marquant encore en vigueur de nos jours, le port des dessous à même la peau. Fini la culotte froufroutante, le slip devient bien serré. Les bas, quand on en possède, finissent de consacrer le porte-jarretelles qui se porte sous la culotte, exit la jarretière. La combinaison camoufle plus ou moins légèrement le tout, soutien-gorge y compris. Chez les hommes le maillot de corps devient une camisole qui s’enfile simplement par le haut.

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La Française, elle, se débrouille comme elle peut, le manque de tout est drastique. Les chaussures à talons compensés deviennent une sorte de mode par la force des choses, surmontés de socquettes roulées sur leurs chevilles. Les femmes en pantalons n’ont jamais été si nombreuses. Dame, il a des avantages évidents, il est solide et surtout il tient chaud, se chauffer est un luxe suprême. Parmi les petits métiers, celui des remmailleuses prospère. Quand on possède une paire de bas, ce n’est pas une maille qui file qui signifie sa mort, il est bien trop précieux. A l’issue de la guerre, la marque Vitos met une machine à remailler les bas sur le marché.

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Si l’immense majorité de gens se serrent la ceinture, quand on en possède une, certains petits malins profitent bien de la situation. Le soldat allemand loin des colères de son bien aimé führer, n’en est pas moins friand de distractions un peu coquines: « Ach Baris! ». Les fameuses Folies-Bergère relancent le spectacle avec froufrous incorporés, symboles de légèreté et de plaisirs faciles.  Sans doute plus que le champagne ou les bons petits plats à la française, c’est l’image qui est la plus ancrée dans l’esprit du soldat de la Wehrmacht. Par la même occasion, les officiers se rendent volontiers au One-Two-Two, le plus célèbres et luxueux des bordels parisiens qui connaîtra une sorte d’officialisation.  L’humour ne perdant jamais tout à fait ses droits, les pensionnaires en argot parisien sont appelées des essoreuses.

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Trouver de la lingerie fine avec la bienveillance de l’occupant, c’est dans le domaine du possible avec la complicité de quelques personnages pas trop regardants sur les moyens. Comme dans toutes les époques troubles, des personnages peu recommandables trouveront le terrain propice à leurs activités criminelles. Le plus célèbre fut Marcel Petiot, un Landru transposé dans une autre guerre, organisant des réseaux de passages à l’étranger dans lequel tous les candidats disparaissent définitivement.

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Du côté des vedettes, certaines se verront reprocher leur attitude un peu trop amicale avec les Allemands, on parle aussi de « collaboration horizontale ». La fameuse Arletty, qui tourna pendant la guerre son plus beau rôle dans Les Enfants du paradis, se verra reprocher le fait d’avoir entretenu une liaison avec un officier allemand. Elle aurait alors lancé sa fameuse phrase: « Mon cœur est français, mais mon cul est international. ». Il est clair que l’activité culturelle et artistique marque le pas comme la mode. Il est certain qu’une femme habillée avec une certaine recherche est regardée de travers, alors que tout est introuvable sans passer par le marché noir. Elle n’obéit pas à des critères de mode, mais à un comportement que la morale d’alors peut réprouver.

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Mais à partir de 1943, l’armée allemande commence à connaître de sérieux revers. A fin 1944, la territoire français est presque libéré, à part une poche de résistance dans les Ardennes. Les GI’s sont accueillis en héros. Les enfant lui réclament du chewing gum, les femmes des bas nylons…

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Avec la fin de la guerre, l’aube d’un certain nouveau monde commence comme dans la symphonie de Mahler, un certain âge d’or pour le bas nylon et autres dessous.
A suivre


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Des dessous pour un siècle (10)

20 042415 4Début 1939, des nuages sombres envahissent le ciel de l’Europe, on ne veut pas encore croire à la guerre, pourtant tout semble y conduire. Le revendications toujours plus revanchardes d’Hitler font figure de grand bal de diplomates. Petit à petit, il  a grignoté les territoires qu’il considère comme faisant partie d’un espace vital allemand, notamment pour des raisons historiques et linguistiques, du moins c’est le prétexte. Il faut avoir en mémoire que le découpage des territoires à l’issue de l’armistice de 1918 imposé par les alliés a bouleversé ce qui était l’empire germanique d’avant la première guerre. En 1939, il a rattaché à l’Allemagne tout ce qui pouvait historiquement être considéré comme allemand. Pour cela il a utilisé la ruse ainsi que le mensonge et une propagande bien ficelée. Une politique d’alliances avec des pays « frères » comme l’Italie, lui donne une force sur l’échiquier mondial. A l’été 39, il ne peut plus user de prétextes s’il veut agrandir son empire, il doit le faire par la guerre. Ce sera chose faite le 1er septembre en envahissant la Pologne suite à une prétendue agression de sa part, une représentation théâtrale mise en scène par Himmler. Une semaine avant, pour s’assurer de la bienveillance de la Russie et de Staline, il a signé en pacte de non-agression avec en toile de fond un partage de la Pologne une fois celle-ci envahie. Cela fait bien rire quand on sait que le communisme était une des bêtes noires d’Hitler. Mais dans les parties de poker menteur, on ne sait pas toujours lequel ment le plus. En quelques mois, l’Europe est à feu et à sang.

C’est dans ce contexte international que l’avènement de ce fameux nylon voit le jour. Pour l’instant, la demande est tellement forte que le phénomène reste essentiellement américain, on pensera au reste du monde plus tard. Les pays du vieux continent ont d’autres soucis que l’expansion du bas nylon via une production nationale. Il faudra vraiment attendre la fin de la guerre pour qu’il puisse couvrir toutes les jambes européennes. 

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Bien évidemment la mode devra s’adapter aux nécessités de l’époque. Pour l’Europe, c’est une période de disette dès que les pays sont confrontés à l’entrée en guerre. La France ne le fera réellement qu’en mai 1940, précédé par ce que l’on appellera la drôle de guerre. En attendant, la vie est presque à l’insouciance, on peut rêver à ces bas nylons qui n’arrivent pas, seront-ils sans couture ou avec? Si l’essor du bas sans couture est devenu commun dans les années 50, sa fabrication est un vieux serpent de mer. La technique pour les fabriquer existe en réalité depuis près de 60 ans, on pourrait dire en deux temps. Ce sont encore une fois les Américains qui font office de novateurs. Un certain Isaac W. Lamb met au point une machine qui permet de tisser le bas sans passer par l’étape de la couture, mais qui nécessite encore la diminution, rôle essentiel dans la silhouette du bas qui doit épouser la jambe qui n’est absolument pas de largeur égale du haut en bas. Juste après William Shaw, réussit de faire la jonction supplémentaire en créant un métier qui supprime la diminution. On utilise alors cette méthode non pour les bas, mais les chaussettes et ceci pendant des dizaines d’années. Si le bas est exclu de cette fabrication, c’est avant tout pour des raisons pratiques, voire techniques. La soie principale matière du bas se prête assez mal à cette manière de procéder, et puis on peut penser qu’aucune dame n’en fait la demande, c’est bien ainsi. Il est vrai que la couture du bas est incontestablement une mise en valeur de la jambe. Ce ne sont pas mes chères Ambassadrices, Miss Nylon et Miss Eva qui vous diront le contraire. L’apparition de la viscose et du nylon sera un pas décisif vers le bas sans couture, qui devra patienter quelques années avant sa mise au point définitive.

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Le nylon à plus d’un titre fait partie en toile de fond (en nylon) du paysage de la guerre. Dès 1940, on s’embarque dans une guerre presque totale sur le territoire européen. Les USA sont épargnés, la guerre ne fait pas rage sur leur territoire et ce sera le cas pour toute sa durée. Pour l’instant, ils observent ce qui se passe ailleurs. Pour qu’ils bougent, il faudra attendre le 7 décembre 1941 avec l’attaque de Pearl Harbour par les Japonais. Peu de temps après ils entrent, nous dirons de manière officielle, dans le conflit.

Jusque-là les Américaines pouvaient porter des bas, avec ou sans nylon, malgré la difficulté de s’en procurer, tant la demande est forte. Il leur restait la soie et quelques succédanés artificiels. Mais voilà, un des principaux fournisseurs de soie à ce moment là est… le Japon! Le robinet où coulent les fils de soie et fermé à fond. Pire encore, l’entrée en guerre du pays voit la demande en textiles, surtout le nylon, exploser pour nourrir la machine de guerre américaine. Je vous rappelle que le parachute idéal à cette époque est fabriqué en nylon. Cette pauvre citoyenne américaine voit la production détournée au profit de la guerre, et plus encore on lui demande de collaborer en collectant tout ce qui pourrait ressembler à une paire de bas nylons. Pour en trouver une paire, il faut passer par le marché noir ou circulent encore quelques paires d’avant guerre à des prix collectors comme on dit maintenant. Mais, on est pas en Amérique pour rien, un joli trafic fera les beaux jours de petits malins qui passeront quelquefois par la case prison selon la grosseur du délit. Les flingues, eux, sont en vente libre.

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Une autre facétie typiquement américaine verra le jour à travers une chanson crée par le jazzman noir, Fats Waller. Les paroles illustrent parfaitement le mouvement de nostalgie qui fait immédiatement suite à la pénurie de nylon. Son titre, « Quand Refleurira Le Nylon », est presque un hymne à sa gloire. Extrait:

Je serai heureuse quand les bas nylons fleuriront de nouveau
Le coton est monotone pour les hommes
Seule façon de garder la fraîcheur de son affection
Procurez cette maille à votre chair
Je serai heureuse quand les bas nylons fleuriront de nouveau

Gone are the days when I’d answer the bell
Find a salesmen with stockings to sell
Gleam in his eye and measuring tape in his hand
I get the urge to go splurging on hose
Nylons a dozen of those
Now poor or rich we’re enduring instead
Woolens which itch
Rayons that spread
I’ll be happy when the nylons bloom again
Cotton is monotonous to men
Only way to keep affection fresh
Get some mesh for your flesh
I’ll be happy when the nylons bloom again
Ain’t no need to blow no sirens then
When the frozen hosen can appear
Man that means all clear
Working women of the USA and Britain
Humble dowager or lowly debutant
We’ll be happy as puppy or a kitten
Stepping back into their nylons of DuPont
Keep on smiling to the nylons bloom again
And the WACS come back to join their men
In a world that Mr. Wallace planned
Strolling hand in hand

https://www.youtube.com/watch?v=TSBOtEi_f44

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Tout un programme avec des paroles qui résument à merveille les sentiments de ceux qui aiment vraiment le nylon, que ce soit en les portant ou en s’extasiant devant leur vue. Ah mesdames, si vous pensez nous affoler avec des collants… 

Cette vilaine guerre une fois lancée, on pense déjà que ce sera la der des der. En attendant il faut bien la vivre, tant bien que mal. Par opposition à la futilité que peut avoir la mode en temps de paix, elle devient aussi une sorte de combat. Comment être belle sous les bombardements, comment en faire un tas avec presque rien, comment faire rimer dessous avec sous. Ce sera l’objet d’un nouveau chapitre.

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A suivre


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Des dessous pour un siècle (9)

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La seconde moitié des année 30 sans en être très consciente se prépare à la guerre. C’est bien sûr l’Allemagne qui est au coeur de son déclenchement. Hitler est au pouvoir, ils transforme peu à peu la société allemande en dictature. Il est suivi par la majorité des Allemands qui lui reconnaissent un tas de bienfaits, il a résorbé en grande parie le chômage, on travaille à nouveau même si c’est surtout pour l’effort de la guerre à venir. On pense bien sûr qu’elle n’aura pas lieu, c’est juste un droit de la nation à assumer sa protection contre l’ennemi. Les joutes oratoires du chancelier allemand tétanisent les foules. Il s’élèvera presque dans les esprits à la hauteur d’un dieu voulant bâtir une Allemagne millénaire et faire de son peuple des demi-dieux. Nous savons que la réalité fut bien différente.

En France, la situation est inverse, le pays ne marche pas au pas, il part en vacances grâce aux congés payés. On aborde la notion de semaine de 40 heures, accompagnées de l’instauration des conventions collectives. Le Front populaire, une alliance des partis de gauche, triomphe de 1936 à 1939. Des années rieuses avant le déluge.

Au niveau vestimentaire, ni l’Allemagne, ni la France, n’apportent des révolutions dans la mode. Les dessous sont toujours dessous, les maillots de bain commencent à se composer de deux pièces, mais c’est encore assez osé de se montrer ainsi, impensable pour une mère de bonne famille. Malgré tout le soutien-gorge se perfectionne, il se décline en différentes tailles de bonnets comme l’alphabet, A, B, C, D, c’est Warner en Amérique qui lança le procédé. A chaque femme de trouver les astuces qui mettront le mieux en valeur sa poitrine, problème terriblement existentiel.

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Ces années auraient pu passer comme le vent si ce n’est que pendant ce laps de temps, on mit au point une grande révolution textile, le nylon. N’en déplaise aux romantiques et fadas de cette matière, c’est purement de la chimie, un dérivé du goudron. Son inventeur, en fait il travaille avec une équipe, Wallace Carothers, n’est pas un philanthrope, mais un chimiste. C’est un 1935 que naît dans les laboratoires américains de Du Pont de Neumours, le premier fil de nylon. Ce résultat est la suite de différences expériences qui sont faites depuis plusieurs années et qui passe par l’invention du caoutchouc synthétique. A l’origine le produit se nomme polyamide 6-6, formule de base et variable qui fait mention du nombre d’atomes de carbone qui entre dans sa composition. Carothers ne profitera aucunement de la gloire qui sera attachée à son invention puisqu’il se suicide en 1937, sans donner de raison. Bien évidemment, on songea très vite à utiliser commercialement cette invention, ce qui se fera en 1938, mais il faudra encore lui donner un nom qui sonne bien et facile à retenir, un atout commercial non négligeable. Imaginez la catastrophe si on l’avait appelé biprectaplyosolplusmere, nylon c’est mieux. A son apparition le nom fut accompagné de quelques plaisanteries sur sa signification, on fit quelques jeux de mots, pas toujours très convenables style Nos Yeux Lorgnent Outrageusement Noémie ou comme ce fut la cas en anglais Now You Lick Old Nipples, (maintenant vous sucez des vieux nichons). Il semblerait que la vérité vraie est l’emploi des initiales des épouses de cinq chimistes qui travaillèrent à l’invention, Nancy, Yvonne, Louella, Olivia et Nina. C’est une marque déposée. 

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L’inventeur du nylon et l’usine Du Pont de Nemours en 1939

L’avènement du nylon et son triomphe n’est pas sans raisons. De fabrication facile, une fois la formule mise au point, il ne fait pas appel à des matières premières nobles comme la soie, d’où son coût relativement bas. Sa transformation est facile, on peut lui adjoindre de la couleur et lui donner toutes les formes. Sa solidité est presque à toute épreuve tout en étant aisément malléable. Je suppose que vous avec tous vus un film où un bas nylon sert à remorquer une voiture aussi facilement qu’avec une corde. Par contre, couper le fil à angle droit avec une paire de ciseaux est très aisé. Son utilisation est pratiquement universelle, on l’utilise énormément avec ses dérivés dans la fabrication de la lingerie, mais aussi dans des vêtements plus traditionnels comme les blouses. Ses fibres sont peu absorbantes et sèchent vite. L’industrie de loisirs l’utilise également, jouets, fil de pêche, même des pièces mécaniques pour les voitures sont à base de nylon. Un de ses principaux défauts est lié au feu. Il ne brûle pas vraiment, mais fond tout en dégageant un odeur pas très agréable et quelque peu toxique. Le cas échéant cela peut occasionner des brûlures aggravées s’il est porté comme vêtement lors d’une proche exposition à une flamme. Mais d’autres textiles peuvent produire les mêmes effets.

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Quand on invente quelque chose dans un but commercial, la marketing recherche le meilleur moyen pour cibler le marché et voir dans quels secteurs le produit à le plus de chances d’avoir des débouchés, surtout si ses possibilités d’adaptations sont grandes. Il n’en a pas été différemment pour le nylon, produit prometteur. Une des premières applications du nylon fut pour la fabrication de toiles de parachutes. Comme tout le monde ne possède pas un avion et qu’en plus ils ne se tombent pas tous en panne en plein vol, le marché était limité, mais on peut imaginer que l’armée y tenait particulièrement. Mieux fut la brosse à dent, là encore il faut assez peu de nylon pour en faire une, même celles destinées aux grandes gueules, et d’un usage qui s’étale dans le temps. L’idée de remplacer la soie des bas et autres matières par du nylon fut un coup de maître. Potentiellement, on visait la moitié des femmes de la planète multiplié par deux jambes, ce qui fait une perspective de pas mal d’unités à produire, d’autant plus qu’ils ont durée de vie limitée et sont d’un prix de vente plus accessible.

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En 1938, ce ne fut pas un succès, mais un triomphe. Si on frise l’émeute aujourd’hui pour s’acheter une pomme en forme de téléphone, ce fut déjà le cas il y a plus de 70 ans pour le bas nylon. Toutes les femmes, du moins occidentales, voulaient voir ça de plus près et surtout l’essayer. La production suit avec peine, il n’y a pas encore tellement d’usines capables d’en produire, il faut le temps de s’organiser, d’acheter des licences. Le temps, c’est justement ce qui va manquer le plus avant que chaque femme puisse satisfaire sa curiosité, mais cela n’a rien à voir la mode ou la productivité des usines américaines. Il faut traverser l’Atlantique, direction l’Europe, là on a d’autres préoccupations. 

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A suivre


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Des dessous pour un siècle (8)

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Que peut avoir comme aspect une crise mondiale?

Celle de 1929 a au moins un, c’est la première fois dans l’histoire que tout le monde est touché. Oh, les riches continuent d’être riches pour la plupart et les pauvres encore plus pauvres. La révolution insdustrielle, le développement des transports, a changé la face du monde. L’économie, essentiellement locale jusque qu’alors, s’est teintée de mondialisme. Les bateaux, atteints de gigantisme, franchissent les océans en quelques jours, l’Europe est couverte d’un réseau ferré qui va de ville en ville, de capitale en capitale, en des temps qui rendent préhistoriques les voyages en diligence. Vous pouvez consommer des dattes de Turquie en abondance et juste quelques jours après la cueillette. Vous n’aviez jamais goûté des ananas? Eh bien maintenant c’est possible, l’industrie alimentaire les a mises en conserves sur le lieu de production avant d’être chargés sur des navires marchands pour garnir amplement un rayon dans le magasin du coin. Mais voilà, quand un engrenage de cette belle mécanique se grippe, c’est toute la machine qui a des ratés. Vous n’avez plus d’argent pour acheter vos ananas? Le marchand ne va plus en commander, il ne les vends plus. L’armateur a sa flotte au port, les employés des conserveries et les cueilleurs sont au chômage etc…

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Heureusement la mode dans tout cela s’en sort plutôt bien. On continue de s’habiller, les créateurs de créer, et qui sait, la pénurie de matières premières ou le manque de liquidités va peut-être influencer cette dernière. Il est certain qu’au tournant des années 30, la femme doit retourner dans son foyer, il n’y a plus guère de travail pour elle. On constate comme dans chaque période de l’histoire ou l’économie balbutie, un resserrement de l’ordre moral. Ce que l’on pouvait tolérer au nom de l’argent qui coule à flots, devient soudain une atteinte aux moeurs, c’est la revanche des censeurs. La garçonne passe de mode, mais dorénavant une catégorie de femmes continuera de porter des cheveux courts, c’est définitivement acquis. Les dessous se font plus sages, on ressort presque le corset des tiroirs, on rallonge les jupes, la femme redevient mystère à l’oeil de l’homme. Malgré tout…

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L’Allemagne, mise à sac par le traité de Versailles, connaît pourtant une intense vie culturelle, magnifiée par quelques courants comme le Bauhaus ou son cinéma expressionniste qui est peut-être à ce moment-là le meilleur du monde. Un film illustre à merveille l’état de la société allemande de cette époque, « M Le Maudit » de Fritz Lang. On y retrouve les ingrédients de l’Allemagne juste avant l’avènement du nazisme. En suivant les pas d’un détraqué sexuel, incarné de manière saisissante par Peter Lorre, on croise tout le gratin de la pègre, qui gênée par les recherches intensives de la police qui traque le criminel, décide de le trouver avant elle et le juger arbitrairement. L’histoire est inspirée de faits réels et pour faire plus vrai certains des acteurs sont réellement des malfrats. C’est le reflet de cette époque, où chacun malgré une situation sociale catastrophique survit comme il peut, trouve des plaisirs là où il peut en trouver, même en défiant la morale ou l’abject.

Peter Lorre (1904-1964) né en Hongrie, bâtit toute sa carrière sur son rôle de psychopathe dans « M Le Maudit ». Pour cela, il est constamment considéré parmi les 100 meilleures interprétations de l’histoire du cinéma. Fuyant l’Allemagne car il était juif, il réussit grâce à la renommée de son film à obtenir des contrats à Hollywood où il se débrouilla plutôt bien. Il apparaît en second rôle dans des films légendaires comme « Casablanca » ou « Le Faucon Maltais ».  Il réalisa et interpréta aussi un excellent film « L’homme Perdu », sélectionné au festival de Venise en 1951.

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Le côté léger est mis en évidence par un autre chef-d’oeuvre, « L’Ange Bleu » de Joseph Von Sterberg, avec Marlène Dietrich. C’est la première fois que l’on peut voir aussi longuement dans un film, des bas (de soie bien sûr), des jarretelles, un culotte style frou-frou, en résumé les dessous de l’époque, vestimentairement parlant. Il façonna le mythe de Marlène Dietrich, qui tournera désormais des rôles bien plus habillés, récupérée par Hollywood en tant que anti-nazie convaincue.

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Une interview de Marlène Dietrich parue en 1933. Pour avoir lu pas mal de trucs sur elle, cette interview correspond assez bien à sa personnalité réelle. Même si on lui attribua toutes les excentricités et caprices de star, il semble bien quand la réalité était autre. En privé quand elle recevait, elle faisait la cuisine elle-même ou n’hésitait pas à donner d’autorité un coup de balai à la fin d’une réception où elle était invitée et n’y venait pas forcément en robe du soir

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Un pareil laisser aller est totalement impossible dans le cinéma américain victime du code Hays qui impose une censure drastique au cinéma. Le moindre baiser un peu long, la moindre suggestion de scène d’amour, la moindre vision de jarretelle est totalement proscrite. On n’ose imaginer la moindre culotte un peu coquine qui sécherait au vent dans le jardin de la voisine. On tolère tout juste le pagne de Tarzan et la tenue suggestive de Jane, bien sûr ce sont des presque sauvages qui vivent dans la jungle. Difficile de les imaginer en complet-cravate et en crinoline.

La France est bien plus permissive. Tout au long des années 30, on verra des dessous dans de nombreux films. En commençant par « La Chienne » de Jean Renoir en 1931, avec Jeanne Marèse qui aguiche Michel Simon en des tenues un rien suggestives. Avec Renoir, Duvivier, Carné, Vigo le cinéma français léguera quelques titres de noblesse au cinéma français.

Les partisans du corset ne désarment pas

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Mais bientôt, un invention va changer la face du monde, le nylon…

Quelques dates

1930

La méthode Ogino, du nom d’un médecin japonais, permet de calculer les période de fécondité. Les femmes lui disent merci.

On va à la plage dans un pyjama fait pour.

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Une création américaine, l’hôtesse de l’air.

1932

André Doré marquera ses chaussettes, bas et mi-bas, des célèbres initiales DD, que l’on trouvera dans une vaste campagne publicitaire, chose qui n’est pas encore très courante, on a des doutes sur son efficacité. Il imposera par ce moyen une maison qui a déjà plus de 100 ans d’existence.

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Le soutien-gorge soigne la présentation de ce qu’il est censé aider à tenir en place. On ajoute quelques petits trucages, armatures, bonnets, les plus démunies s’en trouveront consolées. Cela fera chanter quelques années plus tard sur l’air de « In The Mood »: – As-tu vu la Lulu les lolos qu’elle a là, on dirait des obus de la dca!!

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Le fameux foulard, dit carré Hermes, est lancé et avec lui toute une tradition de luxe made in France.

Nina Ricci se met à la couture.

1934

La paréo, tenue de plage tahitienne en forme de jupe, fait des adeptes en France.

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Miss Eva et le Boss en raccourcis sur la suggestion

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Comme disait ce riant personnage, je résiste à tout sauf à la tentation. Mais la tentation ne vient pas toujours d’une manière spontanée. Si vous agitez un biscuit en évidence sous le regard de votre toutou préféré, il va vite comprendre que c’est pour lui. Le pauvre va devenir un peu foufou si vous tardez à le lui donner. Vous lui avez suggéré que vous alliez lui donner un biscuit, il n’y a pas de raison qu’il ne cède pas à cette tentation que vous avez allumée en lui.

En matière d’érotisme, il en va de même. Que ce soit animal ou humain, il appartient souvent à la femelle d’inciter son partenaire à faire autre chose que de jouer au scrabble. Si chez les animaux cet appel peut prendre des formes extrêmement diverses, chez l’homme ils sont moins nombreux, surtout on les connaît parfaitement bien. L’homme ou la femme peuvent se partager le rôle qui consiste à se signaler au sexe opposé. Cette tendance, essentiellement visible dans les pays occidentaux, s’est encore affermie depuis que la femme a plus ou moins conquis sa libération. Il reste que les critères diffèrent sensiblement dans ce qui peut paraître attractif chez l’autre sexe. Une belle bagnole, un beau mec bâti tout en muscles, une belle situation, peuvent être déterminants pour certaines femmes. Mais il est généralement admis que la femme est plus cérébrale, un homme cultivé, intelligent, ayant le sens de l’humour, peuvent aussi faire l’affaire au détriment d’un physique canon. L’homme, lui, est plus sensible à la beauté, au physique, sois belle et tais-toi n’a certainement pas été prononcé pour la première fois par un homme pionnier de l’émancipation féminine. Dans la plupart des cas, la femme a besoin de se sentir en confiance avant d’entamer une relation sérieuse avec un homme, l’homme peut trouver une femme désirable presque instantanément. 

La femme a un avantage certain sur l’homme, c’est là que nous entrons dans la suggestion, elle peut faire valoir toute une panoplie d’artifices pour se signaler à l’autre. Cela a toujours existé, du moins depuis l’antiquité, on ne sait pas trop pour la préhistoire où il semble que les vêtements étaient plutôt unisexes. La différence est moindre depuis quelques dizaine d’années, mais elle était parfois énorme dans le passé. De la femme, on ne voyait guère que la tête et de temps en temps un joli décolleté, c’est tout. Tout le reste n’était que suggestion, une invitation au voyage si l’on peut dire. J’imagine assez bien le visage congestionné de certains chevaliers revenant de guerre, reluquant une belle dame de la cour. Ils devaient avoir les armures chauffées au rouge, surtout à la hauteur de leur espace de jeu personnel. 

Passons les siècles et venons au temps présent. Le choix des critères a bien changé, pas tellement en nombre, mais plutôt en visibilité. Ce qui était caché dans d’insondables profondeurs, que seules les spéléologues attitrés avaient le droit d’explorer, ne l’est plus autant bien qu’il subsiste toujours une frontière, celle que l’intéressée veut bien poser. Nous sommes toujours dans la suggestion, mais en version light. Il ne reste souvent qu’une épaisseur de tissu, c’est justement elle qui donne tout son charme à la suggestion.

J’ai toujours adoré la suggestion, elle rejoint et s’accorde avec mon fétichisme. Ce fétichisme peut prendre des formes diverses selon la personne, c’est affaire de goût. Bien sûr vous vous doutez bien que pour moi il tourne autour du bas nylon. Il y a certainement très peu d’hommes qui ne fondent pas devant une dame qui porte des bas, même si celui-ci pour être associé à d’autres formes de fétichisme, il agit alors comme complément. Qu’une femme laisse suggérer qu’elle porte des bas nylons, le seul, le vrai, que vous aimiez la brouette cosaque, le tournevis enchanté, ou encore le presse-purée farceur… assaisonné avec une pincée de nylon… la femme chef d’orchestre mène son monde à la braguette!

Jouons au jeu de la suggestion, pour cela j’ai fait appel à la complicité de mon Ambassadrice, Miss Eva. Vous n’êtes pas sans ignorer, j’espère, qu’elle ne porte que des bas. Avec quelques photos qui n’en laissent rien paraître, sinon ce que vous pourriez apercevoir si vous la rencontriez, vous admettrez que la suggestion c’est très fort… 

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Et d’une manière tout aussi suggérée quelques…

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Merci à Miss Eva pour sa précieuse collaboration


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A la recherche du nylon perdu et de son fétiche

Fétichisme et nylon, ça vous tente?22 011514-7

Les gens d’un certain âge, ceux qui ont vécu au minimum leur enfance dans les années 50 ou 60 sont parfois hantés par de drôles de souvenirs. Le bas nylon peut faire partie de ces souvenirs. Je suis même à peu près sûr qu’il en fait partie. Sans trop avoir l’air d’y toucher, je me souviens de commentaires à peine téléphonés de mes camarades d’enfance. Bien qu’ils aient eu un regard innocent, on sentait qu’ils avaient remarqué cette chose, si simple et banale pour l’époque, les filles, les dames portaient des bas. On dit souvent qu’il suffit d’interdire quelque chose pour que tout le monde soit intéressé et curieux d’y goûter. C’est assurément très vrai quand cette chose prend le goût d’une aventure un peu personnelle, quelque chose qui n’est pas faisable par tout le monde selon les circonstances.  Rouler en excès de vitesse est une chose très banale, tout le monde peut le faire, le goût de l’interdit a peu de saveur, excepté peut-être un très gros excès de vitesse. Par contre, regarder discrètement sous la jupe d’une fille en 1963. là c’était un interdit savoureux.

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Le fétichisme peut prendre bien des visages, c’est un goût avant tout personnel, l’aboutissement de la concrétisation d’un plaisir purement sensuel. Il y a encore 50 ans, certains psychologues qui roulaient encore en chars à boeufs quand d’autres allaient déjà sur la Lune en fusées, classifiaient les fétichistes comme des impuissants. Pour eux, il était exclu qu’on arrive à l’extase sans la présence de ce fétiche, ne serait-ce qu’en pensée. Si dans certains cas c’est sans doute vrai, pour moi le fétiche n’est qu’un détonateur qui donne l’envie d’aller plus loin quand on sait que c’est possible. Je précise bien quand c’est possible. Voir une femme porter des bas nylons ne me donne pas forcément l’envie de coucher avec elle. Je vais regarder cela en connaisseur et en éprouver un certain plaisir, je dirais artistique. Par contre, si j’ai rendez-vous avec une amoureuse et qu’elle porte des bas pour me faire plaisir ou pour le sien propre, la donne sera complètement changée. La mèche est allumée, en attendant que ça pète, il faudra un sacré coup de vent pour l’éteindre.

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Ma première relation sexuelle pour de vrai, j’avais 15 ans, ne fut absolument pas axée sur le bas nylon, elle n’en portait d’ailleurs pas. Même pendant toute la durée de cette entrée dans le monde des grands, je n’ai pas un seul instant pensé à un bas nylon. J’en garde un souvenir plaisant et diffus, surtout les aiguilles de sapin qui nous piquaient les fesses, mais ça c’est une autre histoire. Pendant plus de la quinzaine d’années qui suivirent, il ne fut jamais question de bas entre moi et mes copines, bien que dans un cas une en portait, mais nous ne sommes pas allés au-delà de quelques roulements de pelle. Je suis un fétichiste, je l’avoue sans aucune peine, mais pas de l’espèce décrite par ces psychologues de pacotille imprégnés de morale religieuse. Si j’en suis un, j’ai mis bien longtemps avant de considérer la chose sous un angle « scientifique ».

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Je suis persuadé qu’on ne devient pas un fétichiste du bas nylon aujourd’hui comme en 1960. A cette époque, le bas habillait toutes les jambes. On savait qu’il y avait une partie visible accessible à tous et une autre invisible, réservée à l’intimité ou au coup de hasard qui nous en révélait la vision. C’est là l’interdit dont je parlais plus haut. Voir une lisière, une jarretelle, avait ce goût et on pouvait avoir l’impression d’avoir transgressé cet interdit, même si le spectacle nous était révélé par un banal incident. Il y avait une frontière mentale qui nous donnait ce goût pour le fétichisme.

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Une femme qui porte des bas aujourd’hui est un choix personnel, pas une obligation, du moins j’ose l’espérer. De cette chose normale il y a 50 ans, il ne reste pas grand chose sinon des beaux souvenirs dans la mémoire de certains. Le bas, lui, est resté en continuant son voyage à travers les regrets plus ou moins avoués de ceux qui l’ont apprécié au moment de sa présence presque banale. De ce fait, la donne a complètement changé, la relation entre l’homme et la femme qui porte des bas se joue dans un registre complètement différent.

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Entre ancien et nouveau fétichiste, la frontière se situe au niveau de l’âge. Les hommes nés avant 1960, avec une proportion de plus en plus forte quand on remonte dans le temps, font partie de l’ancienne école. Il n’y a pas savant calcul là-dedans, il suit le déclin du bas nylon en rapport avec l’âge que pouvait avoir un enfant qui commence à comprendre certaines choses. Après cette date, le bonhomme aura de fortes chances de découvrir et de s’adonner à un fétichisme du bas nylon par une découverte autre que celle de quelqu’un de son entourage qui porte des bas. Le cinéma, les revues de plus en plus nombreuses au fil du temps, les clips vidéos sont autant d’hameçons sur lesquels il a pu mordre. Evidemment, il ne va pas forcément devenir un de ces fétichistes là, mais il faut bien admettre que le bas nylon fait partie des très fortes demandes masculines, peu importe les raisons. Quoiqu’il en soit, l’approche va être différente. Les anciens seront plus portés vers une certaine tradition qui reproduira les souvenirs anciens avec une silhouette de la femme qui correspond. Il verra plus facilement la femme du début des années 60 ou avant comme modèle. Il préférera les bas à coutures, les talons, à tout le reste. Les plus jeunes ont moins de repères, on pourrait dire qu’ils se sont formés sur le tas, prenant le bas comme il vient. Ils n’ont pas suivi toute l’évolution, l’âge d’or, la presque disparition, le retour d’abord timide, puis un certain renouveau. Pour lui, un porte-jarretelles et des bas de grande surface suffisent dans la plupart des cas à alimenter son fétichisme. Les vétérans du bas nylon comprendront mieux ce que je veux dire.

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Pour les femmes c’est un peu différent en admettant qu’elles ne portent pas des bas par fétichisme. L’essentiel du parcours est le même à la différence qu’elles sont les actrices. Une dame de 60 ans qui porte des bas ne le fait pas de la même manière qu’une de 20 ans. Pour la première, cela peut sembler une continuation ou une répétition. Elle a dans un coin de sa mémoire les gestes, les petites astuces, qui font que la main est sûre quand elle enfile ses bas. Pour la seconde, c’est une découverte et un apprentissage. Des questions évidentes pour les unes, comme la culotte en dessus ou dessous du porte-jarretelles, ne le sont pas pour les autres.

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Le fétichisme est une chose qui se promène dans l’air du temps, il fait appel au présent ou au passé. Il attend l’avenir pour faire sa mutation- Peut-être dans 100 ans, le fétichisme du bas nylon aura complètement ou presque disparu. Qui sait par quoi il sera remplacé? Un accessoire porté par les extraterrestres venues nous rendre visite dans leur soucoupe volante?

Il bien évident que cet article reflète ma vision du fétichisme, elle ne saurait être celle de tout le monde. Toutefois, c’est un tendance qui est ressortie sur les nombreuses discussion que j’ai eues sur le sujet