Nylon Bar

L'apéritif en nylon


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Le visiteur du soir

Cette histoire  date déjà de plus d’une vingtaine d’années. Elle concerne une de mes copines que nous appellerons Estelle. Elle est sans doute celle qui avait le plus le romantisme à fleur de peau. Perçue plutôt comme une femme du genre meneuse et fonceuse, à côté d’une grande culture, elle maniait l’art de s’habiller avec un classe certaine. La moindre de ses robes venait des meilleures boutiques de la ville. Nous formions un couple depuis pas mal de temps, tout en gardant chacun notre indépendance. Nous avions l’habitude de nous réserver des soirées pour nous seuls, avec bonne cuisine et bonnes bouteilles pour démarrer la soirée. Elle habitait dans une maison complètement en dehors, nous pourrions presque dire, de la civilisation. Une ferme isolée, servant de haras, que nous partagions avec les très discrets propriétaires. Ce fameux jour, j’arrivai en début de soirée comme convenu. Après la galoche d’usage et une petite balade le long de ses cuisses pour voir si je sentais la bosse d’une jarretelle, je constatai que c’était bien le cas. Elle n’était pas une inconditionnelle du bas, parfois des bas coutures, mais elle en mettait pratiquement toujours pour nos soirées intimes. Par contre elle n’aimait que les guêpières, elle n’avait aucun porte-jarretelles dans sa collection de lingerie.

Bon vous imaginez que je n’allais pas appeler la police. D’autant plus que la femme de caractère que tout le monde connaissait, changeait du tout au tout en devenant câline et très branchée sur les ambiances feutrées. Pour le début de la soirée, elle portait une de ses robes amples, un peu style années cinquante et plutôt en dessous du genou avec des bas noirs. Nous avons mangé et discuté de choses et d’autres. La littérature et la philosophie revenaient assez souvent dans nos conversations. Quand nous passions au salon, elle s’éclipsait un moment et revenait dans une autre tenue, plus sensuelle. Elle avait un jupe serrée qui avait la particularité d’être fendue très haut sur le devant. Bien sûr pour moi c’était un régal, en même temps qu’une invitation. Cela ne cachait presque rien de la lisière de ses bas, à l’entrejambe. Je n’aurais presque rien de plus à raconter, si un événement imprévu n’avait troublé le cours de la soirée, sous la forme d’un coup de sonnette à la porte. Dans son entourage, il y avait un mec qui lui tournait autour depuis des années, espérant un signe d’invite de sa part, qu’il attend toujours. Ce mec était gentil, un peu balourd et toujours fringué aux soldes. Il nous rendait pas mal de services, en étant un très bon bricoleur. C’était sa manière à lui d’avoir ses entrées chez ma copine, mais cela s’arrêtait sur le seuil de la chambre à coucher. Vis à vis de moi, Estelle, m’avait clairement dit ce qu’il représentait pour elle, une bonne amitié, mais rien de plus. Alors je me foutais pas mal de la savoir dans les environs quand je n’étais pas là. Exception faite de ce soir là, car c’est lui qui était derrière la porte. Il avait décidé de s’inviter pour voir si par hasard un robinet n’était pas en train de fuir, on ne prend jamais assez de précautions. Estelle connut un moment de panique, car vous savez qu’elle était sa tenue à ce moment là. Pendant que je faisais entrer le bonhomme, elle gagna au pas de course la chambre à coucher. Elle résolut le problème en enfilant sous sa jupe une paire de leggins, qui cachait l’essentiel et revint nous tenir compagnie.

Même si ma copine portait des bas, elle ne l’aurait jamais dit ouvertement ou montré à un autre homme et lui aurait probablement tourné une baffe si d’aventure il lui avait posé la question. Nous avons prétexté une virée le lendemain et un coucher avancé, tu parles, pour qu’il n’installe pas sa toile de tente dans le salon. On lui a quand même offert un verre, tout au plus nous espérions que le visiteur n’aurait pas trop soif. Mais parfois il y a un petit lutin qui s’amuse à nous jouer des tours. Ce petit lutin arriva sous la forme d’une chatte, compagne attitrée de l’occupante des lieux. Paisible animal qui se réveillait après un bon petit roupillon, et qui se sentit soudain en manque de caresses avant de partir pour sa ballade nocturne, rendre visite aux souris des environs. D’autorité elle manifesta l’intention de sauter sur la table pour faire sa tournée et le fit. On dit que les chats retombent toujours sur leurs pattes, c’est sans doute vrai, mais ce que la demoiselle n’avait pas prévu, c’était l’encombrement sur la dite table. Entre les verres et les bouteilles, le cendrier et les reliefs du repas, la brave bête ne trouva pas une piste d’atterrissage à sa mesure et il y eut un mouvement de panique qui lui fit renverser un verre, celui qui était devant Estelle. Le contenu du verre alla généreusement se répandre sur ses jambes. Dans un réflexe pas du tout calculé, elle se leva et remonta sa jupe en la levant par les deux pans, avec l’espoir de minimiser les dégâts. Oui bien sûr il y avait les leggins, mais vous connaissez la particularité de ces derniers, c’est de bien coller au corps. Et ce qu’il y avait dessous devint plutôt visible, comme une carte de géographie en relief. Je pense que l’invité n’en perdit pas une miette, mais n’en souffla mot. Dignement, histoire de cacher sa gêne, Estelle opéra un retraite et revint un peu plus tard sans ses leggins et en arborant une robe plus traditionnelle, qui ne laissait rien soupçonner. On discuta de l’incident après le départ de notre invité. Au moment fatidique, tout se déroula très vite dans sa tête. Elle pensa qu’elle pouvait lever sa jupe et que les leggins assuraient un bon camouflage. Mais une fois la jupe levée, elle vit bien que tout devenait extrêmement visible. Elle réalisa que notre ami pouvait tout deviner sur ses secrets vestimentaires et elle en ressentit une certaine panique sur le moment. Je la rassurai et elle finit bien par admettre que peut-être il n’avait rien vu. Et que si c’était le cas, eh bien il savait qu’elle portait parfois des bas, que j’y étais sensible et que cela m’était destiné.

Le seul dégât consistait en une jupe qui avait une légère odeur de whisky. Quant à la chatte, elle ne fut même pas privée de pâtée et eût plus tard un joli toutou comme compagnon de jeu. Avec lequel elle s’entendait fort bien d’ailleurs.


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Le Boss est en bas

Ah! attirés par le titre, vous pensiez que le Boss a franchi le pas et que maintenant il fait dans le travesti. Désole vous allez rester sur votre faim, mais rassurez-vous, il y aura quand même des bas. A travers quelques anecdotes que je vais vous narrer, façon souvenirs, la pêche de ce week-end ayant été nulle.

La première est un vision extraordinaire, une des plus belles que j’ai faites avec la complicité involontaire d’une dame. Je l’ai mentionnée ailleurs, mais je vais vous la narrer avec force détails. L’histoire n’est pas toute fraîche, elle remonte à 1970. Je suis précis pour l’èpoque, car je n’ai aucune peine à la situer dans le temps. Cette année là, j’étais abonné à un hebdomadaire, cadeau de Noël, qui faisait fureur à l’époque « Pilote ». Non ce n’était pas un journal qui parlait de courses automobiles, mais il marquait l’avènement d’une bande dessinée un peu décadente et un brin anarchiste, on refaisait le monde avec humour et pas trop de sérieux, les anciens connaissent. Il y avait Astérix en toile de fond, plus conventionnel par rapport au reste. Avec mes parents, nous allions souvent casser la croûte dans un restaurant attenant à un grand magasin, qui a disparu aujourd’hui. C’est justement là que je me trouvais. Il y avait une clientèle d’habitués que nous connaissions de vue, on se disait bonjour et parfois on discutait le bout du gras. Les lieux étaient assez vastes et on se plaçait selon les places libres. Parmi les habitués, il y avait une couple qui venait souvent avec leurs deux petites-filles, deux mignonnes fillettes, plus jeunes que moi de 5 ou 6 ans. Je vois toujours le visage du grand-père dans mes souvenirs, il est fixé comme une photo. Un visage rougeaud, presque toujours une cigarette au bec qu’il enlevait de la bouche chaque fois qu’il toussait. D’après ce que j’ai pu comprendre, ils s’occupaient de leurs petites-filles en l’absence des parents, occupés ailleurs. Mais la fois où cette histoire se déroule, la mère était présente. Une dame, ni belle, ni moche, qui devait avoir un peu plus de la trentaine. Après avoir fini mon repas, qui était presque invariablement un vol-au-vent avec des frites, j’attaquais la lecture de mon journal reçu le matin, pas pour longtemps d’ailleurs. Le dame était  presque en face de moi sur ma droite, à 5 ou 6 mètres. Pour rappel nous sommes en 1970, époque où le collant avait conquis pratiquement toutes les jambes féminines. Entièrement non, car comme dans Axtérix, il y en avait qui résistaient à l’envahisseur, la dame en question. Elle avait une jupe blanche et des bas couleur chair. Prise par la sa conversation et les mouvements de son popotin, la jupe s’était peu à peu relevée. Elle laissait à ma vue un splendide panorama sur ses jarretelles blanches, visiblement reliées à un porte-jarretelles de la même couleur. Non seulement les jarretelles étaient bien visibles, mais également plusieurs centimètres des élastiques. Le meilleur dans tout cela, c’est que ce ne fut pas une vision  fugace. Cela dura bien quelques minutes, la propriétaire ne se rendant absolument pas compte de la situation. Par contre le grand-père, ce vieux con,  s’en aperçut et elle redescendit sa jupe cachant pudiquement cette admirable vision. Ce spectacle, intense, fut aussi un des derniers qu’il me sera donné d’observer avant longtemps. Mais mon petit lutin qui devait déjà exister, bien je ne sois pas très conscient de sa présence à sans doute voulu me donner des provisions pour la route. Merci à lui.

L’histoire suivante est inédite, bien que les personnages qui apparaissent sont également cités dans une autre histoire. C’est une anecdote où je peux l’avouer, mon flair n’a pas fait merveille. Elle se déroule 4 ans après la précédente. Quand j’étais à l’école au tout début, ma maitresse (d’école), amenait parfois le dernier de ses fistons en classe pour lui faire entrer les joies du calcul en leçons de rattrapage. Il semblait d’ailleurs peu sensible aux charmes de la règle de trois. Plus âgé que nous, un peu fanfaron sur les bords, il mettait de l’ambiance. On en profitait un peu car c’est lui qui se faisait mettre en place par maman et pas nous. Bien des années plus tard, il prit un bar avec sa femme. J’allais quelquefois prendre un jus, c’était un point de ralliement pour les jeunes du coin. Je me mettais assez volontiers au comptoir sur de ces chaises à rallonges qui vous mettent le cul à 1,30m du sol. Sa femme officiait  derrière, préparant les consommations. Elle était plutôt jolie, toujours en jupe ample, les jambes toujours gaînées de noir. J’ai eu ce spectacle bien souvent sous les yeux, sans penser plus loin. Ils firent un temps la gestion de l’endroit avant de se consacrer ailleurs à autre chose. Un coup en passant dans le village, je le vois sortir de chez lui. Il m’invite à prendre un verre et j’entre chez lui. On parle de choses et d’autres. A mon grand étonnement, il commence à parler de sa femme en termes qui ne pouvaient qu’attirer ma curiosité. Elle était très amatrice de dessous sexy. Ni une, ni deux, il m’emmène dans la chambre à coucher et me montre toute une panoplie, porte-jarretelles, guêpières, le rêve quoi. D’un côté, je trouvais un peu mufle de sa part de me montrer tout cela, surtout en son absence, et de l’autre, j’étais plutôt ravi. Mais connaissant le personnage, je n’étais qu’à moitié étonné. Cet étalage m’amena quand même une question à l’esprit. Depuis quand portait-elle ce genre de dessous? Sa réponse fut claire, elle en avait toujours porté depuis qu’ils étaient mariés. Me rappelant mes nombreuses visites au bar, le dame sous mes yeux, eh ben m… alors!
En pleine période de disette, le Boss victime d’un manque de flair, il fallait que cela lui arrive.


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Nylon paparazzi (21)

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Bien avant le bas nylon

Les publicités dans les journaux, avant que la télévision ne devienne une chose courante dans chaque foyer, étaient le moyen pour une marque quelconque, de s’installer dans la mémoire du consommateur et d’une certaine manière sur la liste de ses achats, ou sonner comme un rappel. La presse fut un des premiers moyens de réunifier dans une sorte d’esprit commun, un peuple ou une région et fut aussi un énorme objet de propagande. La radio, et plus tard la télévision, bousculèrent la donne, mais pendant longtemps la presse régna en maîtresse. Nationale ou locale, elle faisait partie des habitudes de la plupart des personnes qui savaient lire, un moyen de distraction quand il n’en existait que peu. Les premiers efforts pour éditer une presse régulière datent d’avant la révolution française. Le but en est plus commercial que politique. C’est la rubrique des petites annonces, on vend du bois, on loue une chambre, on offre sa personne comme domestique. Il n’y a pas de publicité pour vendre des produits ou des objets de marque, on est encore loin de la société de consommation, l’industrie n’existe pas. Quand la révolution industrielle du 19ème siècle marqua le pas, les journaux furent bien entendu la première cible des industriels, c’était un moyen incontournable pour se faire connaître. On y présentait pas tellement des produits de haute volée, mais plutôt des choses accessibles au commun des mortels, comme des conserves ou de la vaisselle, ou un endroit où acheter tout cela. La publicité était née, incontournable pour faire vivre un journal, elle occupait souvent la moitié des pages.

La publicité pour les sous-vêtements a été présente pratiquement dès les débuts, il s’agit bien là d’un produit à tendance industrielle. L’industrie vestimentaire était alors réservée à une petite élite, ceux qui avaient les moyens. Il y avait certes de nombreux artisans, tailleurs, couturiers et ières qui pouvaient façonner les tissus, mais on pouvait déjà se procurer des produits manufacturés par l’industrie sur une plus grande échelle. Notre bon vieux bas, en soie pendant des siècles, entre tout à fait dans cette catégorie. Le métier à tisser existe depuis longtemps, mais la production se fait à la pièce, il n’y a pas d’industrie à la chaine. C’est bien vite un accessoire visé par l’industrialisation, le potentiel de clientèle est énorme, toutes les dames d’une certaine aisance ou presque en portent, à plus forte raison quand le bas des jambes devient visible. A l’apparition du nylon, il est certain que sa fabrication ne peut se faire que d’une manière industrielle. On peut aussi réfléchir un instant et se dire que cela a été voulu, de manière à s’approprier un monopole sur la jambe de la femme, c’est déjà du marketing. Les énormes campagnes publicitaires, nous y voilà, qui entourèrent la naissance du nylon, vont tout à fait dans ce sens. Pour être à la mode, la jambe en nylon devient incontournable, il faut obligatoirement passer par la fabrication industrielle pour l’obtenir. Comparez avec le café en dosettes de maintenant, c’est presque la même chose. Il faut obligatoirement passer par la fabrication industrielle pour se la procurer et on vend le café à plusieurs fois son prix. Augmenter le prix du café dans de telles proportions aurait causé des émeutes il y a dix ans. Maintenant ça passe comme une lettre à la poste.

Quoiqu’il en soit le nylon est entré dans notre vie et aussi dans notre plaisir, un objet courant magnifié par notre libido. Il est tout à fait évident que pour un magasin ou un fabricant, c’est un objet comme un autre, qui mérite sa part de pub. Il s’agit de faire passer le message que la marque X est plus jolie ou meilleure que la marque Y. Il peut aussi servir de produit d’appel pour attirer une clientèle, en faisant miroiter la bonne affaire. J’ai parcouru deux journaux, tout au long d’une année, 1960. J’en ai extrait toutes les publicités qui présentent des bas. A l’évidence, c’est une année où il n’y a pas de doutes. Ce sont des bas et rien que ça qui habillent les jambes des dames. C’est un accessoire incontestablement courant et populaire. On peut imaginer toutes le pensées venues au lecteur qui parcourait le journal et qui tombait sur ces publicités.z19z18z16z15z14z13z12z11z10z9z8z7z6z5z4z3z2z1

 Quelques photos de dames qui montrent les silhouette générale que pouvait avoir la femme occidentale au cours des années 50. Comme vous le constatez, elle est bien différente de celles que l’on peut voir aujourd’hui. Je les ai choisies pour la simple et bonne raison que je me souviens d’en avoir vu de semblables quand j’étais petit. Je peux dire que le soucis d’élégance était beaucoup plus marqué que maintenant, du moins c’est l’impression que j’ai gardée.

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Paris – Nylon 77

Une série d’anecdotes qui se déroulèrent à Paris en 1977. Au fil du récit, je vous emmène dans un ou deux lieux qui rappelleront sans doute quelque chose à ceux qui connurent le Paris de cette époque. Toute ressemblance avec des personnages ayant existé est bien sûr tout à fait volontaire

Vers le milieu  des années 70, j’ai commencé à séjourner à Paris d’une manière assez régulière. Pour moi, ce n’était pas tellement le fait d’aller tester si les Parisiennes portaient des bas ou des collants, mais bien celui de compléter ma collection de disques avec quelques pièces qui lui manquaient cruellement pour être parfaite, ou du moins je me l’imaginais. Il n’y avait pas tellement de solutions, le marché du disque de collection était balbutiant. L’une d’elles, une des seules d’ailleurs, était d’aller farfouiller aux puces de Saint-Ouen. Sans trouver toujours mon bonheur, j’ai quand même mis la main sur quelques pièces intéressants. Le prix que je payais alors me fait bien rigoler maintenant, car pour le même disque je devrais payer 10 fois plus aujourd’hui. J’avais emmené avec moi un copain qui était aussi un peu collectionneur, mais dans une moindre mesure, lui ne recherchait pas spécialement des pièces rares. La chasse aux disques nous occupaient pour une partie de notre temps, pour le reste on jouait un peu les touristes. Au cours de ces pérégrinations, alors que le collant était presque une norme incontournable,  j’ai redécouvert quelques paires de bas, que quelques dames avaient remis dans leur tenue vestimentaire et surtout sur leurs jambes. Le soir notre quartier général était Pigalle, pas tellement pour dire bonjour aux dames qui faisaient les cent pas sur les trottoirs, mais pour les salles de jeu. Une de ces salles portait le nom de Minuit Chansons. Cet endroit de Pigalle, qui n’existe plus, dont René Fallet parle dans son roman éponyme de 1949, était un de ces lieux où l’on pouvait écouter des chansons quand les boîtes à musique étaient un luxe. Avec le temps, sa destination première avait fait place à des flippers et les premiers jeux vidéos, très simplistes quand on connaît ceux d’aujourd’hui. J’ai encore la photo des lieux en mémoire et surtout les deux pépés, pipe au bec, qui étaient chargés de faire de la monnaie en pièces de cent balles, nourritures principale des appareils. Notre hôtel étant situé dans un autre quartier, nous prenions le métro pour nous rendre sur les lieux. Un soir, alors que nous nous rendions dans notre port d’attache  assis dans le métro, un couple monta dans la rame. Je n’y prêtais pas spécialement attention, d’autant plus que je tournais le dos. Ils s’assirent derrière nous. Le métro repartit, le couple papotait en allemand. Un bruit attira mon attention, celui d’un crissement que je comparais à celui du nylon de bonne facture quand on croise le jambes. Je me retournai, mine de rien,  je constatai que les jambes de la dame étaient gainées de noir et que c’était bien quand elle les bougeait que le bruit se produisait.  J’en arrivai à le déduction que seuls des vrais bas pouvaient produire cette mélodie si chère à mes oreilles. A la station Pigalle, je vis avec satisfaction que le coule s’apprêtait à descendre. Je traînai un peu les pieds pour que le couple me dépasse. La chose faite, je vis que la dame portait des bas à couture qui me semblaient authentiques. En montant les escaliers pour sortir, placé trois ou quatre marches derrière, le doute ne fut plus permis, je vis distinctement la lisière de ses bas. Ainsi donc dans ce monde de sauvages, il existait encore des dames qui portaient des bas, chose rarissime et spectacle d’autant plus merveilleux. Cela me rendit d’une humeur facétieuse. Un peu plus tard, cette humeur badine s’exprima à sa manière, au détriment d’un clochard qui y trouva quand même son compte. Je vais vous raconter cette anecdote, juste pour le fun. Une de ces pauvres cloches, comme on dit à Paris, plié à l’équerre promenait son regard sur le trottoir. Visiblement, il cherchait quelque objet qui aurait pu lui donner un début de richesse perdu par un passant. Je mis le copain dans la confidence et le petit scénario se déroula comme prévu. Comme il y avait foule, je précédai le clochard de quelques mètres. Je lâchai une pièce de cent balles en posant le pied dessus. Quand il arrivait à ma hauteur, je partais, il trouvait et ramassait la pièce avant que quelqu’un d’autre l’aperçoive. Je dois bien avoir posé dix pièces de cette manière. Et le pauvre hère croyait avoir trouvé le début du filon qui le menait à l’Eldorado. Ah si nous avions eu une caméra digitale, c’était bon pour vidéo gag. Enfin c’est comme dans La Fontaine, tout chercheur d’or vit aux dépends de celui qui le sème, enfin quelque chose comme ça.

Du nylon! Du nylon! Oui je sais vous êtes venus ici pour cela. Eh bien en voici! Le seconde histoire, pendant le  même séjour, se déroula un autre soir. Nous étions dans notre fief, Minuit Chansons.  Voici une dame qui entre dans la salle, seule, et qui commence à tournicoter autour des appareils.  A première vue, elle ne craint rien, je crois bien que c’est le genre à dire si elle se fait aborder: c’est 200 francs! Elle est si l’on peut dire en tenue de travail. Je précise. En ces temps de disette, les hommes rêvaient tellement de voir des bas sur les jambes des femmes, que pas mal de prostituées arboraient cet accessoire sans hésiter. C’est peut-être de là que vient cet amalgame malfaisant, bas = femme facile. Rétablissons une certaine vérité. Les hommes allaient passer un moment avec ces dames, car ils en avaient marre de bouffer du collant. Ce qu’on ne trouve pas à la maison, on le cherche ailleurs, c’est bien connu. Cette gente dame, qui était tout sauf bien roulée, une rouquine plutôt grassouillette, portait visiblement des bas sous sa robe d’un rouge pétant. Les bosses de ses jarretelles étaient très visibles. Faisait-elle sa pause syndicale, prospectait-elle le terrain, afin de remplir son bas, c’est le cas de le dire, je n’en sais rien. Elle est partie au bout d’un moment et se perdit dans la nuit.
La troisième vision eut lieu lors d’un concert, ou juste après. J’avais repéré sur une affiche qu’un certain Clifton Chenier se produisait au Palace. Le Palace, c’est bien lui, mais il n’était pas encore le lieu mythique qu’il est devenu depuis. C’était un théâtre presque à l’abandon qui jonglait entre théâtre et concerts. A l’affiche, un chanteur cajun qui lorgne du côté de la France à sa manière. Il chante dans la langue de sa Louisianne natale,  base de français déformé par quelques lustres d’américanisme forcé. Et en plus, il s’accompagne au piano à bretelles. Il est étiqueté comme bluesman, c’est en partie vrai, mais ses chansons font surtout partie d’un folk  importé par la tradition francophone. A l’issue du concert, nous sommes quelques uns en file derrière une table où l’on vend des disques de l’artiste.  Devant moi à côté de la file, j’aperçois une fille qui porte des bas à couture et des bottes. Je suis un peu étonné du spectacle, mais je m’en réjouis. Sa jupe en velours côtelé ne laisse apparaître aucune bosse qui pourrait me confirmer que c’est bien des bas. En arrivant à sa hauteur, je remarque les petites piqûres de la diminution, donc ce sont bien des vrais bas. Une fois les disques achetés, j’aimerais bien compléter par un autographe de Chenier, mais où est-il? Par bonheur, le bassiste de l’orchestre erre par là. Je me souviens toujours de son nom Joe Brouchet, on lui pose la question et il nous demande de le suivre. Ils nous emmène dans un  dédale de petites rues vers un hôtel caché dans un coin. On pénètre et dans le hall, Chenier est assis dans le hall entouré d’une nuée de filles qui lui font des sourires. A mon avis c’est un chaud lapin, mais ces filles sont sans doute des professionnelles en attente d’un choix de la part de l’artiste, il ne va pas quand même s’envoyer tout ça. Il nous signe nos disques, l’air étonné car il ne semble pas connaître les séditions, et nous serre la pince. Au revoir Mister Chenier, j’ai passé une excellente soirée musicale teintée d’un soupçon de nylon.

Mes visions coquines eurent une suite inattendue, dans le train sur le chemin du retour. En me rendant au bar, vous voulez que j’aille où, je tombe sur un copain d’enfance. Sa mère fut une de mes profs à ma première année d’école,  il rentrait lui aussi d’un séjour à Paris, avec femme, papa et maman. Je savais  que c’était un allumé du bigoudi farceur, même un peu homo sur les bords. Il me raconte son séjour à Paris qui consiste en tournées enchaînées de tous les lieux dits légers, une floppée de boutiques de lingerie. Etant pour le moment seul dans le compartiment, il ouvre une valise pour me montrer les achats. Il y a cinq ou six porte-jarretelles, deux ou trois guêpières assez peu conventionnelles et des emballages de bas à perte de vue mélangés a des culottes plutôt coquines. Ah il doit pas s’ennuyer pendant les longues nuit d’hiver. Je file au bar au bar avec lui et il me présente sa femme que je connais pas vraiment. Elle est bien sûr en robe avec des bas noirs. Des bas? Mmmmh c’est presque sûr. Sa mère me fait un accueil chaleureux. Si elle savait qu’elle fut un de mes premiers éveils en matière de nylon, avec ses bas qu’elle portait parfois avec des coutures.
– Ah mon petit… comment vas-tu?  Passons le tutoiement, mais je ne suis pas petit, j’ai une tête de plus qu’elle.
– Alors Paris, c’est bien?
– C’est une ville assommante!
A mon avis, fils et belle-fille doivent penser autrement


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Nylon paparazzi (20)

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On sait tous que l’invention du nylon  remonte aux années 30 et que le brevet est américain. Si on peut considérer aujourd’hui que sa naissance est un événement digne d’être fêté par certains, il ne faut pas oublier que d’un autre côté il s’agit déjà d’un coup de commerce comme les Américains en ont le secret, ou du moins en avaient le secret, car ils ne sont plus les seuls. Chaque pays qui a un potentiel économique peut maintenant se lancer avec plus ou moins de bonheur dans le lancement d’un produit et surtout de créer la demande. On connaît tous la réussite d’un label comme Swatch qui a réussi à créer tout un monde avec un objet de consommation somme toute assez banal. Qui ne possède pas une montre?  Son fondateur, Nicolas Hayek a réussi a faire passer dans l’imagerie populaire une montre qui abandonnait sa présentation classique pour aborder un style beaucoup plus fantaisiste fait de couleurs et de formes.  Au fait, savez-vous qu’il existe un modèle Swatch Porte-Jarretelles?

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Le succès d’un buzz commercial dépend aussi des circonstances. On peut lancer un produit à un moment donné et se planter complètement, le même fera l’inverse à un autre moment. Deux exemples, le fameux thé froid dont on boit aujourd’hui des rivières entières, a été lancé chez nous sous sa forme industrielle au début des années 70, mais ce n’est qu’une quinzaine d’années plus tard qu’il a fait un boum, sa mise en brique l’a certainement aidé. La fantaisie dans la montre n’est pas une invention originale de Swatch. Rappelons-nous des fameuses montres Kelton qui visait la clientèle jeune. Elle introduisait la notion de jeunesse consommatrice, on changeait d’habits donc on changeait de Kelton. On faisait appel aux vedettes connues pour la publicité, pour faire comme. La marque avait aussi un groupe de rock édulcoré qui était sponsorisé et qui s’appelait bien sûr les Kelton. La marque n’a pas résisté à l’épreuve du temps, mais l’idée était belle.

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Le bas nylon en lui-même n’est pas une révolution. Le bas existe depuis des siècles, c’est le nylon qui lui donne son envol. L’étymologie du mot a une origine incertaine, mais les initiales des cinq épouses qui ont mis au point l’invention semble la plus probable.  Il est présenté comme un article qui va révolutionner l’apparence de la jambe. En réalité, l’invention sera employée pour bien d’autres choses, le parachute par exemple, nettement moins sexy. Sa mise en vedette définitive sur la jambe, on l’a d’abord  utilisé pour la brosse à dents, a l’énorme avantage de concerner à peu près la moitié de la clientèle potentielle des USA, la femme. Le besoin de matière première entre une brosse à dents très peu sexy et une paire de bas est bien évident quand il s’agit de produire et de vendre. Passer d’un nouveau produit pour en faire une révolution doit aussi au hasard et au contexte historique prédominant lors de sa création. C’est le cas pour le bas nylon. La soie qui sert à la fabrication des bas jusque là vient principalement du Japon, mais pour des raisons politiques le gouvernement américain en a interdit l’importation. Cela profitera incontestablement à l’avènement du nylon.  Si tout est déjà empreint de gigantisme aux USA à la fin des années 30, l’industrialisation possède les moyens d’alors, en aucun cas comparables à ceux de maintenant. Le succès du bas nylon officiellement commercialisé en 1940 est tel, que la demande supplante de loin l’offre. Il devient un produit qui se vend parfois dans les marchés parallèles à des prix exorbitants. Chaque dame en veut une paire, on produit, on produit, mais c’est insuffisant. Ce n’est pas tellement le potentiel de main d’oeuvre qui manque, mais les endroits où on peut le fabriquer. Les inventeurs possèdent un droit de licence et n’importe qui ne peut pas se mettre à produire ces fameux bas. Et là-bas c’est sacré, le patriotisme se marie au fric quand c’est possible, mais ne saurait s’effacer devant lui. Pendant qu’on discute le temps passe. Le patriotisme, justement, il va être mis à l’épreuve. N’oublions pas que l’Europe est en guerre et que l’Amérique va entrer en guerre après Pearl Harbour, fin 1941. Au début le patriotisme va se mesurer d’une manière assez particulière en faisant appel aux dames, l’industrie de l’armement a justement besoin de nylon, pour fabriquer des parachutes et divers trucs pour l’armée. Alors, dans un ultime geste patriotique les dames vont détacher leurs bas pour alimenter l’effort de guerre. L’Europe, qui subit des temps difficiles, n’est quand même pas trop à la traine pour les nouvelles et il y a encore au moins un ou deux pays qui sont libres d’opinion en ce qui concerne l’actualité internationale. Tout ceci va un peu alimenter la légende de ces fameux bas qui finiront par arriver avec les troupes libératrices quelques années plus tard. Les dames n’attendent que cela, un moment d’intimité contre une ou deux paires de bas, ne fait pas partie des choses qui ne sont que légendes. On a tous en souvenir pour ceux qui l’on vu, le film « La Bataille Des Ardennes ». Telly Savalas (alias Kojak) tient le rôle du sergent Guffy, un commerçant improvisé qui profite de la guerre pour faire ses petites affaires, il fourgue bien évidemment des bas nylons à qui le demande. Ou encore cette anecdote authentique racontée par un soldat suisse. Entre la France en guerre et la Suisse neutre, la frontière n’était pas complètement hermétique, les frontières avec douaniers existaient toujours. Quelques personnes avaient des autorisations pour passer de l’autre côté. Un curé français en faisait justement partie et souvent se rendait en Suisse. Un jour alors qu’on douanier soupçonneux lui demanda s’il avait quelque chose à déclarer, le curé répondit: « Oui mon fils, j’ai quelque chose sous ma soutane qui d’habitude fait plaisir aux dames ». En rigolant, le douanier laisse passer le curé. En réalité, il n’avait pas menti, il avait planqué sous sa soutane des paires de bas nylons qu’il ramenait en France.

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Non ce n’est pas la sortie du nouvel IPhone, du nylon, juste du nylon

Mais voyons par quelques articles dans les journaux d’alors comment le nylon est traité par la presse. Vous pouvez cliquer sur les images pour une meilleure visibilité.

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Deux articles de 1941 qui présentent le nylon, alors encore une chose encore assez mystérieuse pour les Européens. Présentation et commentaire sur les problèmes que peut rencontrer la fabrication américaine.

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Une utilisation du nylon qui va devenir usuelle, le fil qui tire le poisson hors de l’eau sera en nylon. En 1942, on se préoccupe plus de la pêche que des effets du nylon sur les jambes des dames.

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En 1945, à peine sorti de la guerre, on pointe déjà les nouvelles tendances de la mode. Le nylon sert aussi à la confection des robes.

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Sa Majesté qui fête cette année ses 60 ans de règne, fête en 1945 ses 20 ans. Elle n’est pas encore reine mais se soigne. On apprend dans cet article qu’elle reçoit la première paire de bas nylons fabriquée en Angleterre.

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Extrait d’une chronique sur le Trieste d’immédiate après guerre. Devinez ce qu’on y trouve…

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Les commentaires d’une touriste anglaise de passage en Suisse, tout ce que vous voyez en vitrine…

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Trois publicités parues en Suisse en 1946 vantant les mérites du bas nylon dont un de fabrication française, eh oui la fabrication a démarré sur sol français.

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27 060813-1Intéressant article sur la situation de l’industrie française après la guerre. On y parle de bas nylons, mais aussi de toutes les difficultés de relancer une économie mise à terre par la guerre. A l’évidence, la situation du monde ouvrier n’est pas des plus enviable.

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Nylon paparazzi (19)

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J’ai toujours été étonné quand je parcours les vieilles archives, la place faite à la lingerie dans les journaux qui ne lui sont pas spécialement dédiés. J’ai pris un peu au hasard un journal tendance conservateur, je sais qu’à l’époque de l’après-guerre, tous les journaux le sont plus ou moins. Il y a peu de révolutionnaires parmi les journalistes, excepté quelques publications très politisées, plus spécialement du côté gauche de la politique. Il n’y pas vraiment matière à susciter les émeutes parmi les citoyens. La place de travail est facile d’accès, c’est le plein emploi. Le seul vrai thème porteur est la condition et la rétribution de la dite place de travail. C’est surtout là que se centralise la lutte ouvrière, quand elle existe. Ironiquement, on peut observer que 60 ans plus tard, on se bat surtout pour conserver cette « mauvaise » place de travail. Mais revenons à ces fameuses années que l’on a surnommé les trente glorieuses et qui je crois, vont entrer dans l’histoire en gardant le même nom, comme on parle aujourd’hui de la renaissance, de la belle époque. La presse quotidienne est standard, passe partout, on parle de tout et de rien et pourquoi pas de temps en temps de lingerie. Elle commente l’évolution de confort quotidien, de la libération des moeurs et plus spécialement de la technologie, qui franchit chaque année un nouveau seuil. La télévision devient un must. Le disque microsillon permet d’écouter ses idoles à crédit et en stéréo. La transistor envahit la cour des écoles, tout en cassant les oreilles du voisin de plage. Le magnétophone encombrant et lourd accouche d’un fils, qui lui, utilise des cassettes qui seront pendant trente ans le principal support pour faire son programme personnel dans la voiture. Pour les puriste du nylon, le révolution n’est pas joyeuse, le collant supplante allégrement le bas nylon, exit les porte-jarretelles, les corsets, les gaines. Un chose va changer, si avant on parle de lingerie assez banalement, l’après collant va lui donner une nouvelle impulsion et introduire la nostalgie. On ne regarde plus un bas tenu par une jarretelle de la même manière. Avant on le montre sans plus, après on l’expose. Il sert assez facilement à l’illustration dans les magazines, on peut même parler de support de vente. La presse quotidienne peut même en faire un titre, qui attirera un plus grand nombre de lecteurs…

Voici, dans l’ordre inverse de la chronologie, quelques extraits de ce journal. Toutes les images peuvent êtres agrandies en leur cliquant dessus pour une meilleure lisibilité, c’est même indispensable pour certaines.

La page télévision, sur Arte une émission spéciale consacrée à la lingerie. On peut supposer que les messieurs ont pour une fois regardé le même programme que madame.

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Cinquante ans plus tôt, on n’ose imaginer que l’histoire fut relatée avec le même souci du  détail. Un cadavre masculin vêtu de bas et porte-jarretelles, c’est très porteur, surtout quand il s’agit d’un député.

 

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Je vous le disais, on peut mettre certains mots dans un titre pour le rendre plus aguicheur, porte-jarretelles ne manquera pas d’attirer le lecteur potentiel.

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Texte d’un publicité. D’après l’année, on remarque que le revival du porte-jarretelles est bien présent. Ce n’est pas l’euphorie, mais on y pense.

 

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Eh oui, 1965, c’est encore une année où le bas a droit de cité, on en parle tout naturellement au cours de cette article dédié à la jeunesse, comme on parlerait maintenant d’attacher sa ceinture quand on monte en bagnole.

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Une année plus tôt, il est encore questions de jeunes et de lingerie, même un assez long article.

 

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L’article suivant peut avoir un petit côté que frôle le surréalisme, du moins André Breton ne l’aurait certainement pas renié. Quelles sont les préoccupations que vous pourriez avoir quand vous séjournez dans un chalet aux sports d’hiver.

22  052413-7Quelques années avant. Sans doute la plus célèbre des gaines fait la une du journal, du moins dans la partie publicité.

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Nylon paparazzi (18)

 

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Prêts pour une nouvelle aventure dans les journaux d’époque qui parlent de nylon?

A l’évidence dès que le collant remplaça le bas, les articles de presse le mentionnant se font plus rares. Ce n’est pas qu’ils aient occupé la une avant, loin de là. On en faisait mention dans les publicités et les articles plus spécialement destinés aux lectrices. La presse quotidienne était plutôt orientée mâle, on mentionnait plus volontiers le dernier salon de l’automobile ou le fusil à trois coups pour les chasseurs. Ce n’était pas, à mon avis, la meilleure des idées. La femme, plus souvent reléguée au rôle de ménagère jusqu’à la fin des années 60, avait sans doute plus de temps de parcourir le journal son ménage une fois fini. Pendant que  la marmite à vapeur émettait son doux sifflement, promesses d’un dîner succulent, je la vois assez lire le journal. Ma mère le faisait et elle n’était pas la seule. Potentiellement la femme est plus compliquée, ouh. là n’allez pas y voir un Boss machiste et fier des poils de barbe qui poussent sur sa figure, celles qui me connaissent le savent bien. Mais non, mais non, quand je dis cela, je pense aux accessoires qui font partie de la panoplie du nécessaire féminin pour une femme qui accorde un tant soit peu d’attention à sa personne. Prenons comme exemple une femme en 1960. A part sa garde-robe standard, ce qui est usuel pour ne pas causer une émeute dans les rues, il y a des accessoires qui ne font pas partie de celle de l’homme. Je pense à la lingerie tout d’abord, un soutien-gorge, un porte-jarretelles, une gaine, une culotte, une combinaison, un jupon, assez courants à cette époque, et des bas. En comparaison pour l’homme, un slip et des chaussettes sont suffisants. Rien que le bas est un objet qui demande un renouvellement assez fréquent, il file, il se déchire, et puis admettons aussi que la qualité n’était pas toujours au top. Les autres accessoires ne sont pas non plus inusables. Je pense qu’un porte-jarretelles employé quotidiennement comme c’était le cas, devait marquer des signes de faiblesse au bout de 3 ou 4 mois. A côté de cela, il y a les produits de beauté, maquillage, soin de la peau, hygiène. Comme on le voit, et j’oublie volontairement ce qui peut servir à l’entretien du ménage, la femme est involontairement plus dépensière que son pendant masculin. Elle doit faire face à des achats qui font d’elle la ménagère et la belle qui essaie de plaire à son mari. Je me suis toujours étonné du manque de place qui lui est accordé dans les journaux, sans oublier le côté éditorial, l’affaire est surtout entre les mains masculines. On les tolère juste pour une rubrique mode, un recette de cuisine, très rarement elle commente les faits politiques. Si quelques hebdomadaires ou mensuels lui sont plus particulièrement dédiés, là encore le haut de la hiérarchie est rarement occupé par une femme.  Les chose ont changé depuis, sans que l’on arrive vraiment à une pleine reconnaissance de la vision féminine de la société, qui n’est pas forcément pire que la masculine, bien que certains aient encore de la peine à l’admettre. La vision réductrice de la femme dépensière a encore des beaux jours devant elle. J’ai profité de glisser un mot petit intermède sociologie dans cet article, tant il est visible quand on consulte les vieux journaux.

Nous disions donc que le mot bas avait peu à peu disparu de la presse pour des raisons de changement d’habitudes. Pourtant, et cela m’a fait bien marrer, j’ai trouvé sa mention assez fréquente dans des articles relatifs à des faits divers, hold-up, braquages, attaques à main armée et autres filouteries. Le bas est devenu un accessoire qui n’a plus rien de glamour, mais sert à cacher le visage. A partir de là, la situation peut prendre une tournure humoristique. On imagine les fabricants de bas espérant une hausse des attaques à visage masqué pour vendre la marchandise. Ou encore le flingue vendu avec cartouches et bas, le kit du parfait malfrat. Le perfectionniste qui met un bas sur son visage avec un porte-jarretelles autour du cou pour qu’il tienne en place. Les jumeaux qui adoptent le collant. Il faut quand même se méfier, dans notre société qui veut tout réglementer, l’interdiction de la fabrication des bas, accessoire prisé par les délinquants. Alors je lance un appel aux intéressés, changez vos habitudes, vous ne voudriez quand même que l’on interdise une si belle chose.

Bon assez ri, soyons sérieux. Un point qui n’a pas échappé à la presse, c’est le cinquantenaire de l’invention du nylon, en 1988. Bien qu’un commentateur se plante et parle de 40 ans. Quelques articles commémoratifs retracent son avènement, tout en vous rappelant que vous pouvez cliquer sur les images pour une meilleure lecture.

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Les plus anciens se rappellent sans doute un fait divers qui avait secoué l’Autriche en 1977. L’enlèvement d’un industriel, âgé de 74 ans, libéré contre rançon quatre jours plus tard. Cet industriel, Walter  Michael Palmers,  était une sorte de roi du bas nylon. Sa descendance existe toujours sous le nom de Palmers et est encore aujourd’hui un grand groupe qui domine les marchés de l’Est et l’Allemagne. Ici ils sont assez peu connus, toutefois ce sont eux qui ont racheté Lejaby en 2008, avec toutes les péripéties que l’on connaît ensuite.29  050413-4

J’en profite pour signaler concernant le même histoire, comment les erreurs peuvent parfois entacher la vérité historique. Lors du rachat de Lejaby, il en est fait mention dans la presse française, le Figaro, qui parle aussi à titre de rappel de l’enlèvement. Je cite:

Outre ses enseignes omniprésentes et sans guère de concurrence dans les villes autrichiennes et allemandes, la firme Palmers doit également sa notoriété à un fait divers survenu en 1977 : l’enlèvement de son PDG, Walter Michael Palmers, par un groupuscule proche de la Fraction armée rouge. La victime fut libérée après cent jours de détention, contre la somme astronomique de 31 millions de schillings (environ 2 millions d’euros), et ses ravisseurs arrêtés peu après. Un film documentaire* consacré à cette histoire est sorti en 2007 en Autriche.

Comme vous le remarquez, la durée de l’enlèvement de 4 jours passe à 100 jours, quant à la somme de la rançon, à ma connaissance, elle n’a jamais été précisément connue. Le premier article est seul proche de la vérité.

En 1974, il est sûr que le bas nylon n’était plus très coté en bourse. Témoin cette annonce commerciale concernant une liquidation. N’est-ce pas mesdames que vous rêvez d’acheter vos bas aujourd’hui pour ce prix là?

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1966 – Il n’y a pas que des clopes ou des bonbons dans les distributeurs automatiques, il y a aussi des bas. Voici ce qu’en dit la presse de l’époque.

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1965 – Les enquêtes consommateurs existent déjà, mais plutôt que de comparer les méfaits de l’huile de palme avec les bienfaits de l’huile d’olive, on passe les bas à la loupe. Dommage qu’ils n’aillent pas jusqu’à mentionner le nom des marques. Cela doit être un secret militaire en Suisse, pays d’origine de l’enquête.

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Abandonnons les journaux pour ouvrir les pages d’un livre et en extraire une citation:

« La ligne du slip et celle du porte-jarretelles ressortaient nettement. Quant à sa poitrine. à sa magnifique poitrine, rien en la tenait »

Elle pourrait être issue d’un San-Antonio. Mais non il s’agit d’un de nos meilleurs écrivains, dépositaire du mot « rififi, tantôt gouailleur, tantôt profond, il est aussi l’un des grands « fournisseurs » pour le cinéma où le parler populaire est à l’honneur. Il s’agit bien sur de Auguste le Breton, et de son excellent roman « Les Tricards », paru en 1958. Pour ceux qui ne savent pas ce que c’est un tricard, eh bien il s’agit d’un condamné qui a une interdiction de séjour dans certains départements, la Seine notamment. Ils étaient obligés de survivre dans des endroits où les combines sont moins faciles. L’histoire se passe dans une entreprise qui occupe justement ces rejetés, en les payant au lance-pierre, avec toutes les aléas qu’une cohabitation de ce genre peut amener. Mais je me mets dans la peau de l’auteur, car il a bien dû imaginer la scène. C’est juste glissé comme ça dans l’histoire, qui n’a que de brèves allusions à la sexualité.

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A bientôt pour de nouvelles exploration d’archives