Nylon Bar

L'apéritif en nylon


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Nylon paprazzi (16)

Comme je l’ai dit dans un précédent article, la fin des année 50 ne marque pas encore le tournant vers la fin du bas pour céder la place au collant. Si je fais appel à mes souvenirs, j’ai l’impression certaine de voir encore énormément de femmes en jupe ou en robe. Les pantalons restent une exception, notamment chez les femmes qui vivaient à la campagne, ce qui était mon cas. pas comme femme, mais habitant la campagne. Pendant les quatre premières années de mon passage à l’école, j’ai connu deux institutrices, jamais elles n’ont porté de pantalons, ce qui je crois aurait causé un petit scandale. De même les jambes nues étaient prohibées, même en été. Je les ai toujours vu porter des bas, parfois avec des coutures, ce qui était encore relativement courant. C’était toutefois encore une certaine idée de l’élégance, un rien déjà dans un certain esprit rétro.  Il est vrai que l’institutrice de l’époque avait encore une certaine aura, une sorte de dame ou de demoiselle qui savait tout, parallèlement à un monde composé essentiellement d’ouvriers peu qualifiés ou de paysans, terme qui avait un petite notion péjorative et que l’on employait presque comme une appellation moqueuse. Ma première pionne était vraiment issue de la classe bourgeoise, un mari assez haut placé dans la hiérarchie militaire et descendant d’une famille qui avait eu une particule, enlevée lors de je ne sais quelle infortune familiale. Il est clair quelle en était venu à l’enseignement un peu par désoeuvrement, les journées sont longues quand monsieur joue au soldat ou s’occupe de ses affaires. Elle était toujours habillée nickel, du bon et beau tissu acheté chez les meilleurs fournisseurs. Imaginez une Dalida des années 50 avec une robe et vous aurez un portrait bien représentatif. Parfois mon regard errait sur ses jambes et les coutures de ses bas quand elle déambulait dans la classe. C’était un regard curieux, qui ne me provoquait pas les sensations qui seront les miennes plus tard. Qu’elle aie contribué au développement de mon fétichiste, je ne saurais en être sûr, mais c’est probable. Je sais par indiscrétion qu’elle portait un corset. Lors d’une chute, elle s’était brisé la colonne vertébrale et depuis, tant bien que mal le corset lui servait d’armure, ayant échappé à une paralysie grave. Sa collègue était tout autre, la vieille fille dans l’acceptation générale du terme, la Mlle Bigoudi pour ceux qui ont lu les aventures de Fantômette en étant jeune. Elle n’en avait pas moins une certaine recherche dans son habillement, plus strict, mais qui lui permettait de conserver le bas à couture dans sa garde-robe. Il ne servait sans doute pas à séduire les prétendants qui ne devaient pas abonder au portillon, pas qu’elle soit moche, mais je crois que nous avons remplacé les enfants qu’elle n’a pas eus. A une exception près, que j’ai déjà racontée, je n’ai jamais vu  une fille de ma classe avec des bas à couture. Pour nous situer dans le temps et faire un parallèle avec ce fameux bas, j’ai épluché l’année 1959 dans les pages publicitaires d’un quotidien. J’ai trouvé une vingtaine de publicités, certaines redondantes, mais je vous soumets les plus belles, dont une qui parle de bas et de mode en général, une dédiée à la gaine, un au bas sans couture. C’est toujours plaisant de remonter le temps de cette manière. les images sont cliquables pour une meilleure vision.

Et pour commencer ce conseil qui s’adressait à la femme d’alors…


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Nylon paparazzi (15)

Continuons notre petite enquête sur l’historique du bas nylon à travers les publicités d’époque. Même si les journaux racontent pas mal de blagues, ils détiennent la vérité sur au moins un point. Ils sont le témoignage d’une chose précise à un jour précis dans la manière dont ils narrent la chose. Je pense que l’histoire aurait une saveur différente si les journaux étaient aussi vieux que l’humanité. Encore plus précis comme témoin, la photographie remet chaque détail à la bonne place. N’avez-vous jamais constaté en regardant une vieille photo qui vous concerne directement, combien de détails se sont effacés de votre mémoire pour vous réapparaître dans leur vérité primaire en regardant la dite photo? La barrière qui sépare votre ancienne maison de celle du voisin d’alors, qui vous semblait verte dans vos souvenirs  était en réalité brune?
Aujourd’hui je vais m’attarder sur la transition entre le bas couture et son fils, celui sans couture. Dans mes rêveries le bas à couture, le vrai de vrai avec diminutions, est le must absolu, j’imagine à juste titre que je ne suis pas le seul à le penser. Récemment, j’ai eu l’occasion de contempler ce style de bas  sur de merveilleuses jambes et je n’ai pas changé d’avis. Avec des souvenirs plus lointains, je me rappelle d’une maitresse d’école qui en portait fréquemment. Ses jambes arpentaient la classe sous mon regard attentif, bien plus attentif avec mes yeux que mes oreilles, réfractaires aux charmes de la table de multiplication par neuf ou les baignoires qui n’en finissaient pas de se remplir ou de se vider. Nous sommes au début des années 60 et le bas à couture est encore plus ou moins présent sur les jambes, spécialement sur celles des dames plus âgées. Il a commencé à décliner après le milieu des années 50, remplacé peu à peu par la nouvelle méthode de tissage qui supprime la couture. Les jeunes filles, quand elles se mettent à porter des bas adoptent celui sans couture, en général moins onéreux aussi, car de fabrication plus facile.  Il y a aussi une autre raison à cela, maintenir la couture droite et au beau milieu de la jambe est presque un art. Les anciennes possèdent cet art, fortes d’années d’expérience, mais aussi une lingerie plus adéquate pour les tenir, très souvent des gaines. On en pas encore au porte-jarretelles minimaliste qui fera son apparition plus tard. Un jour une copine de ma classe s’est amenée à l’école avec des bas à coutures. Une des  ses amies, pas très au fait des choses de la vie, s’est trouvée très intriguée par la présence de ces bas et de cette couture. Elle a entamé toute une explication, charmée d’être le point d’intérêt et d’expliquer à cette roturière ce qu’était un bas de luxe. Moi j’étais à côté et je n’en perdais pas une miette, espérant qu’elle allait lui montrer que les bas se tenaient avec des jarretelles, mais elle n’alla pas aussi loin dans sa démonstration, zut alors!

Dans la réalité, le bas à couture survécut  aussi longtemps que l’autre, mais dans une proportion bien moindre. A toutes les époques, en cherchant bien dans les magasins spécialisés, il était possible d’en trouver, bien évidemment portées par un infime minorité de dames. Dans un village voisin, la soeur d’un collègue de travail a toujours porté des vrais bas à couture jusque à son décès il y a quelques années. Je ne l’ai jamais vue porter autre chose. Je ne sais pas où elle se fournissait, mais le fait était qu’elle en trouvait toujours. Les effets de mode firent aussi que vers la fin des années 70, on réinventa la couture qui figurait en trompe l’oeil sur les collants et parfois sur les bas, toujours en imitation. Le véritable bas couture fut quand même préservé dans sa fabrication par quelques marques, Gerbe notamment, avant de connaître sa renaissance avec des maisons comme Cervin.

Mais plongeons nous dans ces publicités datant toutes du tournant années 50-60. Nous constatons que le bas couture est encore très présent dans la publicité. Cela reste un choix délibéré, entre élégance pour certaines et habitude pour les autres. Les photos sont cliquables afin de les rendre plus visibles.

Dans cette publicité, vous remarquerez que le prix du bas couture est souvent plus élevé, c’est normal il demande plus de travail.  Autre curiosité, on parle d’un bas filet pêcheur, que l’on appellerait aujourd’hui résille. D’un prix nettement plus élevé, il était sûrement réservé à des soirées coquines. Le French Cancan avait encore un petit air de légèreté à l’époque de la publicité. Ce n’est qu’à travers le mouvement punk qu’il devint un bas comme un autre.

Beaucoup de bas sont désignés par la mention Helanca. C’est une marque déposée créée en Suisse. C’est un procédé de texturation qu’un chercheur français appliqua au nylon, lui  conférant une certaine élasticité et un toucher plus doux. Depuis l’industrie textile n’a cessé d’inventer d’autres méthodes.

Cette publicité vous donne une comparaison entre le prix de différents articles. Quand on sait qu’une bière au bistrot coûtait quelques dizaines de centimes, on peut se faire une idée du coût de la vie en 1960.


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Une nièce sexy

Suite à une une situation familiale un peu particulière, j’ai une nièce âgée de presque une dizaine d’années de plus que moi. Durant l’été 1966, nous sommes allés ma mère et moi en vacances vers le nord de l’Italie, dans la ville où habitait une partie de cette fameuse parenté. Un lac romantique, un ciel presque toujours bleu, des maisons perchées sur le flanc des montagnes et les odeurs de l’Italie. Le rêve! Un jour nous avons fait une petite visite chez cette nièce. Elle venait fraîchement de se marier, très jeune encore,  avec un séduisant latino, une dizaine d’années plus âgé qu’elle, qui avait pour particularité d’exercer le métier de banquier, profession ma foi très recherchée par la gent féminine. Elle même n’avait d’ailleurs rien d’un laideron. Blonde aux yeux gris-bleus, elle devait emballer les cœurs, qui même s’ils n’étaient croisés par Playtex, ne restaient certainement pas de marbre devant elle. Je suppose que son cher mari devait être un fin gastronome en matière de troussage de culottes. Il n’en était pas moins très sympathique, chaleureux, emporté, comme le sont les gens du sud. Accompagnant chaque parole de gestes expressifs avec les mains et les bras, je l’imagine bien tenant le téléphone d’une main et testant la température de Madame de l’autre. Du haut de mes joues encore imberbes, je n’avais de loin pas grande expérience de la vie, sinon celle d’un intérêt très marqué pour les jambes féminines surtout celles gainées de bas. A cette époque, l’affreux collant commençait à pointer dans la mode, mais il n’avait pas encore, et de loin, gagné le droit de cité. Pour planter le décor, disons qu’il faisait ce jour là, un chaleur digne de celle des jours d’été, ce qui était le cas, sous le ciel de la belle Italie, que les oiseux chantaient et que tout le monde était de bonne humeur. Voilà!

Un joyeux carillon retentit à la porte de la belle qui vint ouvrir le sourire aux lèvres, les paroles de bienvenue sortant de sa bouche, comme autant d’invitations à entrer. Après les embrassades de circonstance nous étions dans les lieux, ma mère aux anges et moi regardant d’un œil scrutateur cette nièce qui roulait du popotin en nous introduisant dans le salon. Lorsque mes yeux s’attardèrent sur ses jambes, ce qui je pris d’abord pour un bronzage de saison, s’avéra être de nylon qui couvrait ses jambes. Malgré la température, il semblait qu’elle avait peur de prendre un coup de froid, ou n’était-ce qu’un appât destiné à son chaud lapin de mari? Le deuxième solution me paraît la plus osée, mais certainement  plus proche de la vérité. Une fois assis, la conversation s’engagea entre ces dames, tout y passa, le dernier produit de lessive aux enzymes radioactifs, la purée Moussdor ou les rumeurs de divorce à la principauté de Monaco. Tranquille dans mon coin, j’écoutais tout en ayant un œil inquisiteur du côté des jambes de madame. Rien! Pas moyen d’en savoir plus sur la composition du menu des jambes de la nièce. Sagement assise, les jambes bien serrées, il n’y avait de mouvement que sur son visage ou sa tête en signe d’approbation ou de négation. Au bout d’un moment je pris l’initiative d’aller prendre l’air sur le balcon afin d’un peu observer les alentours. Une belle surprise m’y attendait. Dans un coin, il y avait un séchoir à linge assez grand. Et là ooouuuahhh!!! une des plus belles collections de lingerie privée qu’il m’aie été donné d’admirer. Des slips noirs, blancs, roses, violets, bicolores, tricolores, multicolores, tous plus sexy les uns que les autres. Des bas, deux ou trois porte-jarretelles, des soutien-gorges assortis ou non aux slips. Il y en avait assez pour ouvrir un magasin de lingerie. Alignés en rangs serrés, comme pour défendre une virginité très improbable de leur propriétaire, j’aurais voulu les prendre un à un, les admirer, les mirer, les tâter d’une main qui manquait certes d’expérience, mais qui aurait fait de gros progrès en peu de temps. Bien sûr je n’ai pas osé, mais je suis resté un sacré moment sur ce balcon. Finalement quand je suis rentré, j’ai prétexté l’admiration de la vue que l’on avait depuis ce balcon, sans préciser sur ce balcon, en guise d’excuse. Dupe ou pas, elle n’a pas bronché.

Bien des années après, je me dis que les soirées ne devaient pas être tristes dans cette chaumière et que ma nièce devait être un sacrée allumeuse. Peut-être a-t-elle conservé ses habitudes? Je n’en sais rien. Il faudrait quand même que je me décide à lui rendre une petite visite un de ces jours.
Allo? C’est ton jeune oncle, tu vas bien? Dis donc à propos…


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Nylon paparazzi (14)

Nous avions vu dans l’article précédent l’avènement de la mini-jupe à partir de 1965. Dans cet article nous allons voir que les fabricants de bas tentent de faire de la résistance en ne proposant pas que des collants. Ce dernier est bien sûr le complément de la jupe courte pour cause principale de non exposition des jarretelles qui deviennent un peu trop visibles, ainsi que les revers du bas. Les collants existent cependant depuis la fin des année 50, sous une autre forme que ceux destinés à la danse qui sont beaucoup plus anciens. C’est la modification de la fabrication du nylon sous sa forme de nylon crêpe qui permit la mise au point du collant tel que nous le connaissons aujourd’hui. Pendant quelques années, il reste très confidentiel dans sa distribution et peu de dames se soucient de lui. Tout au plus, c’est une pièce de vêtement le plus souvent en laine ou en coton destinée aux jeunes filles. Ce n’est qu’en adoptant la mini-jupe que les filles se convertiront. Il faut se rappeler que porter des bas avec des jarretelles est quelque chose de très fort dans l’esprit de la jeune fille d’alors. Avant d’adopter éventuellement la nouvelle mode, elles se soucient peu de collants. On peut presque dire que c’est les filles qui convertirent les mères, certaines ne le feront d’ailleurs pour ainsi dire jamais.Ce n’est que de guerre lasse, quand trouver des bas devint difficile, surtout ailleurs qu’en ville, qu’elles rendirent les armes.
On peut toutefois déceler que dans l’esprit des fabricants le bas, même quand la vente des collants explose,  reste quand même un atout pour la jambe et que le collant n’a pas toujours le côté pratique que l’on veut bien lui reconnaître. On peut aussi imaginer que les créateurs essentiellement masculins ont déjà une dent contre lui, alors on tente de sauver l’essentiel. Mais la bataille s’annonce difficile et il faudra du temps pour que l’article de transition qu’ils proposent devienne une transition réelle au bas traditionnel. Je pense bien sûr au bas-jarretière. C’est en effet en 1966, que les premières publicités apparaissent dans les journaux et magazines. En fin de compte l’idée est simple, on reprend la vieille mode du bas tenu par des jarretières, le tout étant compilé en un seul et même article. Je ne sais pas l’impact réel qu’il a eu à l’époque, ma vision n’étant pas agrémentée de rayons permettant de voir à travers les jupes, mais personnellement je n’en ai jamais devinés ou vus. Soit on passait au collant, soit on faisait de la résistance. Même le cinéma ne l’a pas trop exposé, la seule vision d’époque que j’ai vue étant Marlène Jobert qui en portait dans « Le Passager De La Pluie » au début des années 70. Ce n’est vraiment qu’à partir du milieu des années 80, qu’il a été progressivement adopté en une sorte de mode allant crescendo. Quoi qu’il en soit, il reste pour moi toujours un demi mal.

Nous allons voir à travers les publicités d’époque retrouvées, comment il  tentait de s’imposer sur le marché. Toutes datent de 1966-67. Pour une meilleure vision, le photos sont cliquables.

En 1964, la première publicité que j’ai trouvée dans ce qui me sert d’archives, pour un collant qui ressemble à ceux d’aujourd’hui.

En 1966, commentaires d’une journaliste de mode qui souligne la visibilité du bas à travers les modèles du défilé auquel elle assiste.

On voit très bien ici que Le Bourget est un ancêtre du bas jarretière. Remarquez comment ils avaient imaginé la chose. Le bas n’a pas de lisière comme celles actuelles doublées de silicone à l’intérieur.  C’est un élastique réglable qui entoure la jambe et se ferme grâce à un crochet. Ce qui a la limite pouvait provoquer un inconfort dans la circulation du sang. C’est encore aujourd’hui un des reproches qui lui est fait.

Une version à peine différente par une marque concurrente et surtout à meilleur prix par rapport à la précédente. Sourions à l’idée que la pub suggère un cadeau pour la fête des mères. Je dois dire qu’il venait assez peu à l’idée à un fiston d’offrir ce genre de cadeau à sa mère, une fille à la rigueur, pour autant qu’elle n’aie pas envie de les porter elle-même. Quant au mari, un dernier espoir de voir sa femme porter des bas?

Deux publicités de deux magasins différents, mais sans illustrations. On mentionne pour les bas concernés « bas sans jarretelles ». On voit aussi l’apparition du collant, encore nommé bas collant. Comme vous le voyez la situation n’est pas encore très claire dans la guerre entre bas et collant.

Dans un article de 1968 consacré à la lingerie, vous voyez dans la première partie que l’on parle encore de porte-jarretelles, alors que dans la seconde on parle de jupe-culotte, une autre invention des années 60.