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L'apéritif en nylon


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Des dessous pour un siècle (11)

25 051515 7Au début 1940, la France pouvait encore espérer être épargnée pas la guerre de manière directe. Le optimistes pensent que la ligne Maginot est un obstacle infranchissable et qu’elle dissuade Hitler de toute tentative belligérante. Pour les pessimistes, il ne fait aucun doute qu’il a une revanche à prendre sur la France et qu’il viendra frapper à la porte. On sait comment l’histoire s’est déroulée, le 22 juin 1940 la France signe l’armistice, vaincue. Elle n’est pas la seule à souffrir, l’Allemagne étend sa zone d’influence sur presque toute l’Europe au gré des victoires militaires et des alliances politiques.

Evidemment la mode passe au second plan, si ce n’est au troisième. Le fait le plus significatif, ce n’est pas tellement l’envie de ne plus créer, mais de ne pas avoir de quoi le faire. Bien vite, toutes les matières premières nécessaires à sa création se font rares, bref on manque de tout. Dans le domaine de l’abondance matérielle, l’Europe n’est pas aux premières loges, mais au mieux assise sur un strapontin. Aux USA c’est un peu mieux, le territoire national est vierge de tout combat, pour l’instant ils ne sont même pas officiellement en guerre mais ils s’y préparent. Tout en soutenant l’Angleterre qui est soumise aux bombardements, le blitz comme ils l’appellent. Pour une part le pays se suffit à lui-même, la nourriture ne manque pas, bien que la dépression économique des années 30 en laisse pas mal sur le carreau.

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Dommage pour le nylon, mais cette belle invention que chaque Américaine rêve de porter sous forme de bas est réservé à l’effort de guerre. Alors on s’accommode de ce qui est disponible, même s’il faut user d’artifices et faire croire que. La pénurie de bas stimule les imaginations. Si on n’en a pas, on se teint les jambes en foncé et on dessine une couture pour faire illusion. Bien sûr, il est déconseillé de prendre un bain trois fois par jour. Cette pratique aura cours dans tous les pays en état de guerre, du moins ceux où le port des bas fait partie des habitudes quotidiennes. C’est le choix entre retourner au disgracieux bas de laine ou tromper « l’ennemi ». Il ne faut pas trop compter sur le bas de soie, car il se fait aussi rare et est carrément interdit en Angleterre. Même dans son célèbre discours de 1940, Churchill aurait pu ajouter: je n’ai à vous offrir que du sang, du labeur, des larmes, de la sueur et des bas de laine!

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Mais le guerre connectée de manière restrictive aux dessous évolue dans l’air du temps. L’année 1940 verra l’avènement de quelque chose qui fera date dans l’histoire: la pin-up. C’est dans le magazine Esquire que paraît la première du genre, née sous le pinceau d’Alberto Vargas, un Péruvien établi aux Etats-Unis. Il en dessine déjà depuis une vingtaine d’années, mais à partir de ce moment là elle entre dans le conscience collective. C’est sans doute le contexte de la guerre qui a permis son avènement sans trop inquiéter les censeurs débordés par l’ampleur de sa tenue légère et la popularité du phénomène, car elle est adoptée comme mascotte par les soldats.

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On la peint, la dessine sur les véhicules militaires ou sert d’illustration pour les calendriers. L’Angleterre l’adopte également et va même plus loin avec un trait d’humour.  Le Daily Mirror publie les dessins d’une pin-up blonde étourdie, Jane, crée par Norman Pett. Gaffeuse, elle laisse entrevoir ses dessous, ce qui vaudra la réputation de meilleure arme secrète britannique de la Seconde Guerre mondiale. On sait que pendant ce temps des rumeurs faisaient état de savants américains travaillant à une autre arme secrète d’un puissance destructrice jamais égalée, ce qui sera la future bombe atomique. Une bombe atomique contre une bombe anatomique!

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Un autre fait marquant encore en vigueur de nos jours, le port des dessous à même la peau. Fini la culotte froufroutante, le slip devient bien serré. Les bas, quand on en possède, finissent de consacrer le porte-jarretelles qui se porte sous la culotte, exit la jarretière. La combinaison camoufle plus ou moins légèrement le tout, soutien-gorge y compris. Chez les hommes le maillot de corps devient une camisole qui s’enfile simplement par le haut.

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La Française, elle, se débrouille comme elle peut, le manque de tout est drastique. Les chaussures à talons compensés deviennent une sorte de mode par la force des choses, surmontés de socquettes roulées sur leurs chevilles. Les femmes en pantalons n’ont jamais été si nombreuses. Dame, il a des avantages évidents, il est solide et surtout il tient chaud, se chauffer est un luxe suprême. Parmi les petits métiers, celui des remmailleuses prospère. Quand on possède une paire de bas, ce n’est pas une maille qui file qui signifie sa mort, il est bien trop précieux. A l’issue de la guerre, la marque Vitos met une machine à remailler les bas sur le marché.

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Si l’immense majorité de gens se serrent la ceinture, quand on en possède une, certains petits malins profitent bien de la situation. Le soldat allemand loin des colères de son bien aimé führer, n’en est pas moins friand de distractions un peu coquines: « Ach Baris! ». Les fameuses Folies-Bergère relancent le spectacle avec froufrous incorporés, symboles de légèreté et de plaisirs faciles.  Sans doute plus que le champagne ou les bons petits plats à la française, c’est l’image qui est la plus ancrée dans l’esprit du soldat de la Wehrmacht. Par la même occasion, les officiers se rendent volontiers au One-Two-Two, le plus célèbres et luxueux des bordels parisiens qui connaîtra une sorte d’officialisation.  L’humour ne perdant jamais tout à fait ses droits, les pensionnaires en argot parisien sont appelées des essoreuses.

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Trouver de la lingerie fine avec la bienveillance de l’occupant, c’est dans le domaine du possible avec la complicité de quelques personnages pas trop regardants sur les moyens. Comme dans toutes les époques troubles, des personnages peu recommandables trouveront le terrain propice à leurs activités criminelles. Le plus célèbre fut Marcel Petiot, un Landru transposé dans une autre guerre, organisant des réseaux de passages à l’étranger dans lequel tous les candidats disparaissent définitivement.

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Du côté des vedettes, certaines se verront reprocher leur attitude un peu trop amicale avec les Allemands, on parle aussi de « collaboration horizontale ». La fameuse Arletty, qui tourna pendant la guerre son plus beau rôle dans Les Enfants du paradis, se verra reprocher le fait d’avoir entretenu une liaison avec un officier allemand. Elle aurait alors lancé sa fameuse phrase: « Mon cœur est français, mais mon cul est international. ». Il est clair que l’activité culturelle et artistique marque le pas comme la mode. Il est certain qu’une femme habillée avec une certaine recherche est regardée de travers, alors que tout est introuvable sans passer par le marché noir. Elle n’obéit pas à des critères de mode, mais à un comportement que la morale d’alors peut réprouver.

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Mais à partir de 1943, l’armée allemande commence à connaître de sérieux revers. A fin 1944, la territoire français est presque libéré, à part une poche de résistance dans les Ardennes. Les GI’s sont accueillis en héros. Les enfant lui réclament du chewing gum, les femmes des bas nylons…

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Avec la fin de la guerre, l’aube d’un certain nouveau monde commence comme dans la symphonie de Mahler, un certain âge d’or pour le bas nylon et autres dessous.
A suivre


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Des dessous pour un siècle (10)

20 042415 4Début 1939, des nuages sombres envahissent le ciel de l’Europe, on ne veut pas encore croire à la guerre, pourtant tout semble y conduire. Le revendications toujours plus revanchardes d’Hitler font figure de grand bal de diplomates. Petit à petit, il  a grignoté les territoires qu’il considère comme faisant partie d’un espace vital allemand, notamment pour des raisons historiques et linguistiques, du moins c’est le prétexte. Il faut avoir en mémoire que le découpage des territoires à l’issue de l’armistice de 1918 imposé par les alliés a bouleversé ce qui était l’empire germanique d’avant la première guerre. En 1939, il a rattaché à l’Allemagne tout ce qui pouvait historiquement être considéré comme allemand. Pour cela il a utilisé la ruse ainsi que le mensonge et une propagande bien ficelée. Une politique d’alliances avec des pays « frères » comme l’Italie, lui donne une force sur l’échiquier mondial. A l’été 39, il ne peut plus user de prétextes s’il veut agrandir son empire, il doit le faire par la guerre. Ce sera chose faite le 1er septembre en envahissant la Pologne suite à une prétendue agression de sa part, une représentation théâtrale mise en scène par Himmler. Une semaine avant, pour s’assurer de la bienveillance de la Russie et de Staline, il a signé en pacte de non-agression avec en toile de fond un partage de la Pologne une fois celle-ci envahie. Cela fait bien rire quand on sait que le communisme était une des bêtes noires d’Hitler. Mais dans les parties de poker menteur, on ne sait pas toujours lequel ment le plus. En quelques mois, l’Europe est à feu et à sang.

C’est dans ce contexte international que l’avènement de ce fameux nylon voit le jour. Pour l’instant, la demande est tellement forte que le phénomène reste essentiellement américain, on pensera au reste du monde plus tard. Les pays du vieux continent ont d’autres soucis que l’expansion du bas nylon via une production nationale. Il faudra vraiment attendre la fin de la guerre pour qu’il puisse couvrir toutes les jambes européennes. 

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Bien évidemment la mode devra s’adapter aux nécessités de l’époque. Pour l’Europe, c’est une période de disette dès que les pays sont confrontés à l’entrée en guerre. La France ne le fera réellement qu’en mai 1940, précédé par ce que l’on appellera la drôle de guerre. En attendant, la vie est presque à l’insouciance, on peut rêver à ces bas nylons qui n’arrivent pas, seront-ils sans couture ou avec? Si l’essor du bas sans couture est devenu commun dans les années 50, sa fabrication est un vieux serpent de mer. La technique pour les fabriquer existe en réalité depuis près de 60 ans, on pourrait dire en deux temps. Ce sont encore une fois les Américains qui font office de novateurs. Un certain Isaac W. Lamb met au point une machine qui permet de tisser le bas sans passer par l’étape de la couture, mais qui nécessite encore la diminution, rôle essentiel dans la silhouette du bas qui doit épouser la jambe qui n’est absolument pas de largeur égale du haut en bas. Juste après William Shaw, réussit de faire la jonction supplémentaire en créant un métier qui supprime la diminution. On utilise alors cette méthode non pour les bas, mais les chaussettes et ceci pendant des dizaines d’années. Si le bas est exclu de cette fabrication, c’est avant tout pour des raisons pratiques, voire techniques. La soie principale matière du bas se prête assez mal à cette manière de procéder, et puis on peut penser qu’aucune dame n’en fait la demande, c’est bien ainsi. Il est vrai que la couture du bas est incontestablement une mise en valeur de la jambe. Ce ne sont pas mes chères Ambassadrices, Miss Nylon et Miss Eva qui vous diront le contraire. L’apparition de la viscose et du nylon sera un pas décisif vers le bas sans couture, qui devra patienter quelques années avant sa mise au point définitive.

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Le nylon à plus d’un titre fait partie en toile de fond (en nylon) du paysage de la guerre. Dès 1940, on s’embarque dans une guerre presque totale sur le territoire européen. Les USA sont épargnés, la guerre ne fait pas rage sur leur territoire et ce sera le cas pour toute sa durée. Pour l’instant, ils observent ce qui se passe ailleurs. Pour qu’ils bougent, il faudra attendre le 7 décembre 1941 avec l’attaque de Pearl Harbour par les Japonais. Peu de temps après ils entrent, nous dirons de manière officielle, dans le conflit.

Jusque-là les Américaines pouvaient porter des bas, avec ou sans nylon, malgré la difficulté de s’en procurer, tant la demande est forte. Il leur restait la soie et quelques succédanés artificiels. Mais voilà, un des principaux fournisseurs de soie à ce moment là est… le Japon! Le robinet où coulent les fils de soie et fermé à fond. Pire encore, l’entrée en guerre du pays voit la demande en textiles, surtout le nylon, exploser pour nourrir la machine de guerre américaine. Je vous rappelle que le parachute idéal à cette époque est fabriqué en nylon. Cette pauvre citoyenne américaine voit la production détournée au profit de la guerre, et plus encore on lui demande de collaborer en collectant tout ce qui pourrait ressembler à une paire de bas nylons. Pour en trouver une paire, il faut passer par le marché noir ou circulent encore quelques paires d’avant guerre à des prix collectors comme on dit maintenant. Mais, on est pas en Amérique pour rien, un joli trafic fera les beaux jours de petits malins qui passeront quelquefois par la case prison selon la grosseur du délit. Les flingues, eux, sont en vente libre.

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Une autre facétie typiquement américaine verra le jour à travers une chanson crée par le jazzman noir, Fats Waller. Les paroles illustrent parfaitement le mouvement de nostalgie qui fait immédiatement suite à la pénurie de nylon. Son titre, « Quand Refleurira Le Nylon », est presque un hymne à sa gloire. Extrait:

Je serai heureuse quand les bas nylons fleuriront de nouveau
Le coton est monotone pour les hommes
Seule façon de garder la fraîcheur de son affection
Procurez cette maille à votre chair
Je serai heureuse quand les bas nylons fleuriront de nouveau

Gone are the days when I’d answer the bell
Find a salesmen with stockings to sell
Gleam in his eye and measuring tape in his hand
I get the urge to go splurging on hose
Nylons a dozen of those
Now poor or rich we’re enduring instead
Woolens which itch
Rayons that spread
I’ll be happy when the nylons bloom again
Cotton is monotonous to men
Only way to keep affection fresh
Get some mesh for your flesh
I’ll be happy when the nylons bloom again
Ain’t no need to blow no sirens then
When the frozen hosen can appear
Man that means all clear
Working women of the USA and Britain
Humble dowager or lowly debutant
We’ll be happy as puppy or a kitten
Stepping back into their nylons of DuPont
Keep on smiling to the nylons bloom again
And the WACS come back to join their men
In a world that Mr. Wallace planned
Strolling hand in hand

https://www.youtube.com/watch?v=TSBOtEi_f44

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Tout un programme avec des paroles qui résument à merveille les sentiments de ceux qui aiment vraiment le nylon, que ce soit en les portant ou en s’extasiant devant leur vue. Ah mesdames, si vous pensez nous affoler avec des collants… 

Cette vilaine guerre une fois lancée, on pense déjà que ce sera la der des der. En attendant il faut bien la vivre, tant bien que mal. Par opposition à la futilité que peut avoir la mode en temps de paix, elle devient aussi une sorte de combat. Comment être belle sous les bombardements, comment en faire un tas avec presque rien, comment faire rimer dessous avec sous. Ce sera l’objet d’un nouveau chapitre.

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A suivre


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Des dessous pour un siècle (6)

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Fin de la guerre 14-18, l’armistice est signé le 11 novembre 1918, avec un cessez-le-feu prévu à 11 heures, notez la précision. Quoique les nostalgiques peuvent en dire c’est un désastre, 9 millions de morts, presque autant d’estropiés, il n’y a pas de quoi pavoiser. Sa plus grande conséquence n’est pas tellement le nombre de victimes, mais la modification définitive de la carte de l’Europe, pire on plante déjà le racines de la suivante après juste 20 ans de répit. Quatre empires qui correspondent à sa partie située à l’est disparaissent, allemand, austro-hongrois, ottoman, russe. Ce dernier n’est pas directement le fait de la guerre, mais de la révolution d’octobre 1917, qui voit la disparition du tsarisme au profit du communisme. Le reste de l’Europe est redessiné selon la volonté des vainqueurs, notamment par le traité de Versailles en 1919, qui signe une paix de convenance et condamne les vaincus à des réparations matérielles. Elles pèseront lourd dans la politique d’un certain Hitler qui n’est pour l’instant qu’un petit caporal inconnu dans une armée vaincue.

Malgré tout, la vie reprend ses droits et l’insouciance  ressort des tiroirs dans laquelle on l’avait rangée pendant quelques années. La mode est de nouveau en accès libre et se permettra quelques évolutions qui n’en seront que plus remarquées.

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Un petite révolution vestimentaire naît pendant la dernière année de la guerre. Bien que destinée aux enfants, elle fera son chemin. Sous le nom charmant de Petit Bateau, cette culotte habille les fillettes avec assez de persuasion pour que l’on renonce définitivement au corset quand elles seront un peu plus grandes. On détourne la célèbre chanson « Maman les P’tits Bateaux sont les culottes qu’il me faut ». Le corset peut être considéré comme un des vaincus de la guerre, il ira en decrescendo dans l’habillement des femmes, la gaine et le porte-jarretelles devenant la norme. Il suscitera néanmoins un intérêt qui ne se démentira jamais auprès des nostalgiques et des fétichistes.

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S’il est un domaine qui aura passablement aidé l’évolution de la mode, c’est bien le sport. Demandant toujours plus, il ne saurait s’encombrer de contraintes vestimentaires empêchant la performance. Bien sûr au temps de la première guerre mondiale, les femmes sont encore assez absentes du sport en général, on les préfère derrière les fourneaux plutôt que de les voir manier le marteau ou pire encore le lancer. Le tennis est une exception, les femmes y brilleront assez tôt. Sa première diva française, Suzanne Langlen (1899-1938), crée la sensation en se présentant sur les courts vêtue d’une jupe plissée cachant à peine les genoux, les jambes habillées de bas blancs, enfin plutôt des longues chaussettes fines s’arrêtant au dessus du genou.  C’est une grande joueuse et championne qui a du mordant et se donne à fond dans son art. Sa jupe virevoltant, laissant entrevoir le haut de ses bas, ne sont pas étrangers à un oeil complaisant de la part des hommes et une source d’inspiration pour les dames, sans toutefois ne susciter que des éloges, il y a des coincés dans tous les domaines, y compris dans le sport. Le tennis sera toujours un lien entre la mode, le sport, et l’élégance.

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L’issue de la guerre amène une autre manière de concevoir l’habillement qui sera la mort à petit feu d’un tas de petits artisans modistes, la confection. Il faut bien relancer l’économie, l’industrialisation de la fabrication du vêtement est une possibilité qui n’échappe pas aux économistes. Des empires se bâtiront dont vous connaissez encore certains noms. Pour faire la nique aux privations de la guerre et oublier ses horreurs, on entre dans une période que l’on surnommera les années folles, tant il est vrai que c’est le mot d’ordre. Nul doute que nous y trouvons les prémices de la société telle que nous la vivons aujourd’hui.

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Le féminisme qui a pris racine au tournant du siècle continue de franchir allègrement les étapes. En 1922, Victor Magritte publie un roman, La Garçonne couronné par un énorme succès de librairie, un million d’exemplaires seront vendus en quelques années. Comme beaucoup de choses qui voient le jour dans un société pas encore très permissive, il fera scandale mais tout le monde a envie de le lire. Il pose un fait saillant de l’époque, la libération de la femme qui demande le doit de faire ce qu’elle a envie. Elles sont les cheveux courts, fument comme des pompiers en employant un porte -cigarette, pratiquent le libertinage, et portent des bas clairs, ce qui correspond à la couleur chair qui deviendra un standard. L’effet  le plus visible de cette teinte, c’est qu’il laisse entrevoir la peau, chose quasi extravagante pour une dame qui veut arborer une tenue dite correcte. Ma mère qui était dans une école de bonnes soeurs dans Italie natale, m’a raconté qu’on les obligeait à porter deux paires de bas pour gommer leur transparence. On ne plaisantait pas avec ce que l’on considérait comme de la décence. Les atours de la garçonne ne s’arrêtent pas au fait de porter des bas clairs, les jupes droites se raccourcissent sensiblement, les jambes sont visibles dans la rue et pas seulement pendant la pratique du tennis. La silhouette générale se résume à deux mots, celle du haricot vert. Si l’on soulève la jupe, on constate que les sous-vêtements sont légers, une combinaison, une culotte. Le porte-jarretelles est présent, mais pas systématique, on utilise encore les jarretières. Le corset cède la place à la gaine pour celles qui sont un peu dodues. Il ne manque plus que le soutien-gorge pour parfaire le tout. Il devient une pièce maîtresse avec une nuance créé par Cadolle, l’aplatisseur. C’est une sorte de brassière qui comprime pour donner une forme qui s’approche de celle que l’on considère alors comme idéale, celle du haricot vert. A l’intérieur la femme adopte le pyjama, qu’elle vole carrément à son mari, dans une version féminine plus décorative. Ce pyjama est une invention récente, milieu du 19 ème siècle. La raison de son existence est surtout pratique, Il est importé par les colons britanniques qui l’utilisent en Inde pour se protéger des moustiques. L’origine du mot vient de l’hindi.

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La garçonne, femme considérée comme légère, ne manquera pas de faire des envieuses chez les femmes appartenant à la bourgeoisie. Ces dernières, femmes bien évidemment du haute tenue morale, feront quand même quelques concessions aux garçonnes en ayant l’air de se la jouer comme une version de 50 nuances de gris version 1925.

Le débarquement des garçonnes dans la société ne manque pas de susciter des commentaires ironiques dans les journaux. Ici en 1923.

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L’actrice américaine Louise Brooks (1906-1985) fut une icône du style garçonne. Bien que sa carrière se résume essentiellement au cinéma muet, elle est saluée aujourd’hui comme une grande actrice par les plus grands réalisateurs

Quelques faits qui concernent directement les femmes

1920 – La contraception est désormais un délit en France. Il faudra la loi Veil en 1975 pour que l’avortement soit légalisé. Entre les deux, que de drames. Les Etats-Unis donnent le droit de vote aux femmes, c’est une victoire pour elles.

1921 – Instauration aux Etats-Unis d’un centre de conseil pour le contrôle des naissances. Malgré le conservatisme dont on veut bien affubler les Anglais, on diffuse des méthodes de contraception dans les quartier pauvres. Et dire que les Anglais n’ont jamais fait la révolution. Premier concours de Miss America aux Etats-Unis.

1924 – Le bac a un programme commun pour filles et garçons. La philosophie est enfin affaire de femme.

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La guerre peut parfois produire des héros inattendus, sympathiques, et un peu faire oublier la grande connerie des lobotomisés du pouvoir. En 1918 en Lorraine, un caporal américain, Lee Ducan, découvre une femelle berger allemand et ses cinq chiots. Adoptés par l’armée, le seul survivant arrive en Amérique avec Duncan. Il remarque que ce chien a des dons exceptionnels, il est capable de sauter une palissade de 4 mètres. Remarqué par le producteur Darryl Zanuck, il tourne dans une série de westerns muets à partir de 1923 et devient la première star animale du cinéma. Il s’appelait Rintintin. Il est mort à 15 ans en 1932, un âge normal pour un chien. Il est enterré au cimetière des animaux à Asnières. 

A suivre


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Des dessous pour un siècle (4)

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On pourrait surnommer ce début de siècle comme années folles. Si c’est à peine une exagération, il n’en reste pas moins que le niveau de vie est nettement plus enviable que 20 ou 30 ans auparavant. La condition  ouvrière n’est de loin pas une place assurée au paradis, mais sous l’impulsion des partis de gauche de plus en plus présents et revendicateurs sur l’échiquier politique, les conditions s’améliorent sensiblement. On peut trouver du travail, de plus la libre entreprise permet à certains de se lancer dans des métiers qui n’existaient pas, comme garagiste ou vendeur d’assurances.

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La mode bénéficie par la tranche d’un pouvoir d’achat amélioré. On peut jouer les coquettes à moindre frais, le demande n’en est que plus significative. La chose le plus visible dans la mode, c’est sa facilité de changement. On peut dire ironiquement d’une personne au caractère instable qu’elle change de culotte comme de chemise, en mode c’est une réalité. Les modes qui pouvaient durer le temps d’une favorite chez les rois de France, c’est à dire plusieurs années, se voient ramenées à une saison. On change d’habits quand on change de saison. Ce n’est pas vraiment un nouveauté propre à l’époque, mais maintenant on en parle à travers les journaux et éventuellement la radio.19 013015-4

Les sous-vêtements, plus discrets, subissent l’influence de la mode des saisons. On ne vas pas mettre une bonne vieille culotte en laine quand c’est l’été. La différence maintenant, c’est que l’on a plus ou moins les moyens financiers de faire le changement et de se coller plus ou moins à la mode. Nous sommes vers 1910, le bilan de ce début de siècle peut se résumer ainsi:

On assiste à une révolution vestimentaire très pacifique, mais qui lancera la base pour les générations futures. Le corset, encore très présent, cède la pas vers une lingerie plus légère. On lui trouve, après presque des siècles de domination, plus de défauts que de qualités. C’est aussi l’apparition d’une lingerie qui adopte une dimension de plus, le visuel. Même si elle s’affiche peu en public, elle permet dans l’intimité d’afficher une certaine coquinerie. Le bas, avec son accessoire de maintien qui deviendra la norme pendant des dizaines d’années, la jarretelle, commence à se conjuguer dans d’autres matières que la soie. Le soutien-gorge se fait de plus en plus présent, surtout chez celles qui ne portent plus de corset. Nous assistons également aux balbutiements de ce qui va devenir une tradition, la jarretière de la mariée. La femme des sociétés occidentales assume les prémices de sa libération. Bien plus qu’avant, elle devient une consommatrice de mode, elle peut assumer en plus ou moins grande partie son indépendance financière, surtout si elle travaille. L’homme est moins sollicité par les changements, mais il met aussi une partie de ses accessoires au rancart, le chemise et le bonnet de nuit sont remplacés par le pyjama. Pour l’instant, le fixe-chaussettes est encore indétrônable, la chaussette n’est pas encore élastique. 

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Ce semblant de légèreté de vivre ne va pas durer longtemps, les nuages s’amoncellent à l’horizon, mais personne ne veut vraiment les regarder. Au niveau de la mode, pour attirer la consommatrice, on redouble d’ingéniosité. Sa silhouette qui devient de plus en plus visible, cessant d’être cachée sous des tonnes d’habits, doit paraître parfaite. La minceur est de mise, pour celles qui ont renoncé au corset, il faut ruser. Pour la poitrine c’est le contraire, plus elle est conquérante et ferme, plus elle s’affiche fièrement. Mais que faire si on est grosse avec une petite poitrine. Le docteur Doxey et son célèbre élixir qui rencontra Lucky Luke dans une de ses aventures n’est pas mort. Les charlatans de tous poils, cachés souvent dans des laboratoires pharmaceutiques encore un peu préhistoriques, mettent au point toutes sortes de pilules, potions et produits miracles, censés soigner la femme là où elle a mal surtout moralement. Ces prodiges de tromperie trouveront belle clientèle. Si la poitrine ne grossit pas, le portefeuille des fabricants, lui, gonfle plus visiblement. Ces publicités aguicheuses auront la vie dure, on les trouve encore aujourd’hui.

Quelques unes de ces fameuses publicités

19 013015-519 013015-319 013015-2De l’humour, la jupe avec limitation de vitesse

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La mode, qu’elle soit vestimentaire ou autre, commence d’être un phénomène de société. Avec les médias naissants on sacre les gloires d’alors. Maurice Chevalier devient un emblème national. Il sera aussi un des premiers chanteurs à s’exporter en Amérique. Sa copine Mistinguett sera aussi une gloire dans le domaine du music-hall, du théâtre, de la chanson. C’est aussi dans ce creuset que l’on trouvera les vedettes en devenir que seront plus tard Gabin, Fernandel, Jouvet. Plus matériellement, il ne manque qu’une chose pour parfaire sa tenue, le parfum. Si ce n’est pas une invention nouvelle, on se réfère de plus en plus aux marques, les affiches publicitaires sont là pour le rappeler. Une invention plutôt technique fera fureur, la fermeture Eclair. Popularisée en 1913, par la société du même nom, il s’agit à l’origine d’une invention américaine que l’on perfectionna.

Mais voici que l’on part à la guerre en chantant…

Quelques dates

1910 – Un ligue contra la déformation de la taille par le corset est fondée. Le mot chemisier entre dans les moeurs, c’est un détournement de la chemise de monsieur.

1911 – Hollywood lance ses premières starlettes, on leur invente une biographie pas possible, mais on est encore loin de les voir défiler en maillot de bain. On remarque pour la première fois sur une photographie une femme qui porte ce que l’on pourrait appeler une jupe-culotte.

1912 – Premier défilé de mode sans corsets.

1913 – Jeanne Paquin est la première couturière à recevoir la Légion d’honneur

19 013015-1Jeanne Paquin

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19 013015-8A suivre

 


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Des dessous pour un siècle (3)

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L’immédiat après 1900 est une époque entre deux mondes, l’ancien et le nouveau. On est certes pas encore à l’époque des trente glorieuses, mais on parle déjà de progrès. On est tout émerveillé par les nouveaux gadjets qui entrent petit à petit dans les foyers, la radio, le gramophone et pour l’extérieur on peut frimer dans une voiture et filer comme des bandits à 40 à l’heure chasser le piéton dans les rues de Paris où la circulation n’est pas encore très réglementée et l’on trouve des places de parc à profusion. Ce sont encore des choses réservées à une classe aisée, mais le sort des masses populaires s’améliore. Sans être tous  des cerveaux, les gens bénéficient d’un certain niveau d’instruction, on sait lire, à peu près écrire, et surtout si l’on a du travail on peut penser aux petits plaisirs. Le cinéma n’est pas encore tout à fait présent, mais les bals populaires, le théâtre, sont très fréquentés.

La mode continue sa saga, on l’a vu, le corset qui a ses ses adeptes et ses pourfendeurs n’est pas mort.  Mais gentiment cette forteresse de la mode féminine depuis des siècles est sapée à la bases par des coup de butoir. On l’attaque par la diagonale. La pantalon est bien évidemment un accessoire avant tout masculin et la jupe féminin. Maintenant si cela va de soi, il en allait tout autrement dans les siècles passés, notamment en ce qui concerne l’habillement des enfants, la frontière est plus ténue. On habille parfois les garçons avec une robe et les filles portent des pantalons sous leur robe. Ce pantalon version féminine était surtout un instrument de camouflage pour les jambes et le reste. Il n’était pas question de le rendre visible en enlevant la robe et il était presque indécent s’il était aperçu lors d’un léger relevé de robe Tout au plus il était réservé aux petites filles, aux danseuses et aux filles légères. Mais faites du neuf avec du vieux, il est remis sous les crinolines qui ont tendance a se relever, si la femme fait des mouvements comme la danse par exemple. A partir de ce moment là, il monte d’un degré dans l’échelle de la pudeur et devient présentable accidentellement. Evoluant avec la raccourcissement de la longueur des robes, il suit le mouvement et pour finir, il se termine en culotte vers le début de la première guerre mondiale. C’est ainsi que nous trouvons cette bonne vieille culotte de grand-mère pas encore slip ou string.

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Louis XIV enfant, il ne porte pas encore la culotte

Un fait marquant du début du siècle, c’est l’apparition de la couleur dans le sous-vêtement. Jusque là, le lin et le coton sont rois, efficaces dans la pratique, un peu moins visuellement et presque toujours blancs. Ce que la Belle Epoque a appelé les cocottes, comprenez des femmes un peu légères, ont fait une petite révolution, elles ont commencé à porter de la soie avec des couleurs extraites de l’arc-en-ciel. Cela veut aussi dire que les sous-vêtement on gagné tant en légèreté qu’un minceur, c’est plus aérien et un tantinet transparent selon la couleur et l’épaisseur. Cela a fortement plu à ces messieurs bourgeois qui ont jeté un oeil attendri et encore plus coquin. C’est un peu comme si maintenant un bonhomme se mettrait à draguer une fille parce qu’elle porte des bas à la place d’un collant. Le visage des épouses bourgeoises passa du rouge colère au vert rage et pour ne pas être en reste se mit aussi à porter ce genre de dessous en espérant garder un peu plus Monsieur à la maison. Elles restent quand même dans certaines limites, elles s’inspirent des cocottes mais ne les dépassent pas. On commence aussi à employer des fibres artificielles pour les rendre abordables à toutes les bourses. Ainsi va la mode.

A propos de bas, généralement ils sont noirs, parfois assortis avec la robe. Le fil d’Ecosse en est la principale constituante. La soie plus chère et plus délicate est réservée à ceux qui ont les moyens. Même s’il sont peu visibles, la femme les choisit avec soin. Le noir est la couleur qui est admise pour les bas, mais pour le reste des sous-vêtements, c’est encore avec le rouge, un peu trop hardi. Les teintes douces mises à part, on laisse cela pour les cocottes,  mais cela ne sera pas éternel.

Une des autres tendances de la mode, c’est le changement dans la lingerie de nuit, elle se fait plus légère dans les tissus, tout en gardant le principe de la chemise de nuit. On abandonne complètement le bonnet de nuit, les hommes suivront et adopteront aussi progressivement le pyjama. 

Le strip-tease est un nom bien américain pour la bonne raison que c’est là-bas qu’il a été inventé. Bien avant la France, ce spectacle était très prisé à l’époque de la fin de la conquête du territoire américain. Il n’y avait pas les barrières pudiques propres à nos latitudes. A une époque où tout le monde de promenait avec un fusil à la place de la canne ou du parapluie, le fait de voir une femme se déshabiller n’était choquant pour presque personne. C’était une distraction facilement transportable, qui demandait peu d’entretien et de matériel, juste et sans doute une poignée d’argent. Il finit par arriver en France et en ce début de siècle, il est en quelque sorte à la mode. On reste toutefois dans des normes plus raisonnables, c’est plutôt un prétexte pour montrer un effeuillage du corps féminin, et il y a du matériel à enlever, sans aller jusqu’au nu intégral visible. Nous avons vu au début que le nu intégral est apparu à Paris en 1900, l’idée de départ n’était pas le strip-tease, mais exposer le nu sans les préliminaires.

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La fin de la première décennie met encore plus de pression dans l’envie de la femme de se libérer, mais elle a bien compris que c’est avant tout par son militantisme qu’elle y parviendra. D’importants mouvements protestataires comme en Londres en 1908, font pression sur la classe dirigeante. Le but premier est plus d’obtenir le droit de vote que de se libérer du corset, bien que l’un ne va peut-être pas sans l’autre symboliquement. Pour la mode, c’est plutôt les créateurs qui peuvent l’aider, mais pas toujours efficacement. En 1909 le couturier Paul Poiret jette le corset aux orties, mais il habille la femme d’un jupe tellement serrée que la femme peut à peine se déplacer, chose peu pratique quand on est poursuivie par un satyre!

Malgré tout la femme amorce son renouveau, elle n’est plus complètement un objet destiné à mettre son mari en valeur, style sois belle et tais-toi, elle pense et le fait savoir. Encore à son avantage, le corset est sérieusement remis en cause, le soutien-gorge apporte son efficacité et sa légèreté, faisant ami-ami avec le porte-jarretelles ou la gaine. La lingerie se pare de ses couleurs et abandonne les tissus traditionnels. Sur un plan plus matériel, elle commence à travailler et occuper des postes subalternes, réclamée par l’industrie qui a besoin de bras, ne serait-ce que pour fabriquer ce qu’elle portera plus tard.

Le mouvement est en marche, mais le corset, la jarretière, la lingerie uniquement pratique ne seront pas abandonnés d’un claquement de doigt, il s’en faut encore de beaucoup.

Quelques dates 

1906 Invention de la permanente par Charles Nestle, un Anglais

1907 Madeleine  Vionnet que deviendra une des plus célèbres créatrices de mode en France, présente sa première collection. Elle a complètement supprimé le corset et ses mannequins défilent pieds nus. Cela frise le scandale. Elle mourra en 1975, juste pas centenaire.

Instauration d’une loi qui permet à la femme de disposer librement de son salaire, eh oui!

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Encore une tentative de réhabilitation du corset

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Le fabricants de corsets font de la pub pour leur produit à leur manière

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Un aperçu, via une publicité, de la lingerie traditionnelle en vente au magasin du coin

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On vend aux particuliers les objets oubliés dans le métro, ah ces distraits qui font de l’humour sans le savoir

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Le corset comme arme absolue!

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A suivre


2 Commentaires

Des dessous pour un siècle (2)

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Le soir du 31 décembre 1899, on se prépare à faire la fête, il y a même quelques éclairs et coups de tonnerre qui s’invitent dans le ciel de Paris. Si on prend la peine de lire la presse locale, on constatera que la plupart des journaux font l’impasse sur le changement de siècle, c’est à peine si on le souligne. Il est vrai que l’époque est plutôt tristounette. On parle encore de choléra, l’antisémitisme fortement exacerbé par l’affaire Dreyfus est toujours présent. Monsieur Loubet est président de la République et il prépare l’exposition universelle qui s’ouvrira à Paris au mois d’avril. Le gouvernement est bien entendu à droite, mais les tensions sociales et la gauche sont de plus en plus présentes dans le quotidien. Le plus souvent, on demande juste de quoi vivre décemment et surtout du travail.

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 Paris 1900 lors de l’expo

La bourgeoisie est la seule vraiment concernée par les apparats de la fête et ne s’en prive pas. L’observateur présent ce soir-là remarquera les dames toujours cintrées dans leurs corsets, la taille de guêpe est de rigueur. Pourtant, de plus en plus de mouvements féministes revendiquent des corps libérés de ce carcan. Entre les pour et les contre, une véritable petite guerre se fait à coups de slogans. Pour les contre dans une version modérée, on tente d’apporter quelques modifications que l’on pourrait qualifier de techniques. Un corset mis au point par une doctoresse, Mme Gaches-Sarraute se voit gratifié du non de « corset de santé » baptisé vulgairement le « sens ventre ». C’est au niveau des baleines et de la compression qu’elles exercent que se situe le changement, le tout agrémenté d’un laçage au ventre. La silhouette de la femme apparaît très serrée au ventre s’élargissant en dessus et dessous. Il s’approche du « tightlacing » que l’on connaît aujourd’hui. Le lobbying existe déjà, les fabricants de corsets, surtout les puissants, défendent leur profession. A part le fait de donner une silhouette de rêve à celles qui le désirent, le résultat est peut-être encore pire. Il est presque encore plus impossible de s’asseoir, de se baisser ou simplement de rire. Il n’est pas rare que les femmes s’évanouissent. Il n’empêchera pas le fait de connaître un succès quasi mondial et retentissant. 

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Les contre sont plus réalistes, appuyés par des médecins qui se veulent éclairés, ils mettent en doute les effets bénéfiques que les pour mettent en avant pour le défendre. Et la guerre continue…

La santé, voilà un maître-mot de l’époque. Il est vrai que c’est une préoccupation majeure. On meurt encore de maladies infantiles, on en reste parfois infirme. La salubrité des lieux d’habitation est souvent en option. La médecine, bien plus évoluée qu’au moyen-âge ne guérit toutefois pas tout. Le sous-vêtement n’échappe pas aux tentatives de clarifier la situation de l’homme face à la santé.

Ci-dessous. On profite de la guerre déclarée au corset pour une analyse qui n’est en fait de compte que de la publicité.

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Les évolutions techniques du corset font encore peur à certaines.

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Si le corset est montré du doigt, on cherche aussi d’autres moyens d’apporter une amélioration au bien-être. La laine est mise en avant. Selon certains, elle est une réponse très satisfaisante aux problèmes liés à la transpiration et autres sécrétions corporelles, sources de maladies à ce que l’on croit. Elle est aussi un rempart contre le froid, autre source de maladie, on meurt facilement d’une pneumonie.

La femme, quand elle ne parte pas un corset, ne se promène pas nue pour autant. Le déshabillé est de rigueur. En mousseline ou en soie, il n’est pas vraiment considéré comme indécent s’il n’est pas franchement transparent. Les dames du monde, les comédiennes peuvent recevoir dans leur loge ainsi accoutrées. On peut quand même considérer que c’est une faveur d’apercevoir quelqu’un dans cette tenue, cela fait partie des avantages quand on est introduit dans le beau monde. Par contre, dans le beaucoup plus indécent figurent la lisière d’un bas avec jarretière ou jarretelle apparente. Cette jarretelle qui commence à se faire plus présente a connu aussi ses déboires de jeunesse. Ferréol Dedieu qui en est le créateur présumé à très certainement fait sans le vouloir un plagiat. Les historiens  qui sondent les fonds de la petite histoire affirment que sous Louis XIV, il existait un système semblable pour tenir le bas. Il serait simplement tombé en désuétude pour des raisons inconnues.

S’il a fallu un bon quart de siècle pour que la jarretelle soit prise en considération, la raison en est plus connue. Il pensait certainement soulager la femme du corset, c’est pour cela qu’il mit ses jarretelles sur une simple ceinture, un ancêtre du porte-jarretelles d’aujourd’hui. La femme fut réticente  plus par son manque d’attrait, sobre, sans dentelles ou broderies, que par le système lui-même. La femme d’alors qui avait l’habitude de se couvrir le corps presque entièrement en sous-vêtements trouva certainement cela minimaliste, mais les mœurs évolueront, lentement il est vrai.

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Les premières jarretelles n’ont pas la finesse de celles que l’on verra plus tard. C’est rappelons-le, un objet qui se veut plus usuel que sexy. Elle est fixée sur de gros élastiques qui auraient très bien pu servir de fronde pour lancer des boulets de canon.

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Dans toute évolution de la mode, ce sont souvent des initiatives isolées qui font qu’elle tend vers un changement. La disparition totale du corset, moins une poignée de nostalgiques n’y échappe pas. En voici quelques prémices…

1900

La championne du monde de natation, Annette Kellermann adopte un costume de bain semblable à celui des hommes. Enorme scandale, elle est carrément arrêtée par la police.

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Annette Kellermann 1887-1975, de descendance anglo-française naît en Australie. Atteinte de polio, son médecin lui conseille la natation. Elle deviendra championne de natation et tentera aussi, sans succès, la traversée de la Manche. Elle milite pour les droits de la femme et notamment le port du maillot de bain une pièce. On la verra aussi au cinéma muet dans des rôles de nageuse.  C’est une pionnière de la danse synchronisée et une végétarienne convaincue.

Un corset sans baleine voit le jour, il faut oser le porter ce qui n’est pas encore gagné.

Premier spectacle de nu aux Folies-Pigalle, on s’y presse.

1902

Dans les écoles, on tente d’interdire le corset aux élèves. On devra y renoncer, car les jeunes filles ont des robes prévues pour être portées avec.

Les premiers tailleurs font leur apparition, on ose porter des robes qui ne balaient juste pas les trottoirs, toutefois on est encore très, très, loin de la minijupe.

Une certaine transparence attire le regard des hommes sur les blouses avec devant en V, laissant apparaître le début de la poitrine.

Apparition dans certains pays germanophones d’une tenue noire très austère pour les femmes, ceci toutefois sans corset.

1903

La célèbre Isadora Duncan danse les pieds nus, 62 ans avant l’icône anglaise des sixties Sandie Shaw.

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Le « cake walk » une danse dérivée de la musique noire permet aux femmes qui le dansent de s’afficher avec des décolletés prometteurs, les robes sont simplement retenues aux épaules par un mince bout de tissu ou de ruban.

Compléments extraits journaux et sources diverses

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28 120714-3A suivre