Nylon Bar

L'apéritif en nylon


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Des dessous pour un siècle (8)

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Que peut avoir comme aspect une crise mondiale?

Celle de 1929 a au moins un, c’est la première fois dans l’histoire que tout le monde est touché. Oh, les riches continuent d’être riches pour la plupart et les pauvres encore plus pauvres. La révolution insdustrielle, le développement des transports, a changé la face du monde. L’économie, essentiellement locale jusque qu’alors, s’est teintée de mondialisme. Les bateaux, atteints de gigantisme, franchissent les océans en quelques jours, l’Europe est couverte d’un réseau ferré qui va de ville en ville, de capitale en capitale, en des temps qui rendent préhistoriques les voyages en diligence. Vous pouvez consommer des dattes de Turquie en abondance et juste quelques jours après la cueillette. Vous n’aviez jamais goûté des ananas? Eh bien maintenant c’est possible, l’industrie alimentaire les a mises en conserves sur le lieu de production avant d’être chargés sur des navires marchands pour garnir amplement un rayon dans le magasin du coin. Mais voilà, quand un engrenage de cette belle mécanique se grippe, c’est toute la machine qui a des ratés. Vous n’avez plus d’argent pour acheter vos ananas? Le marchand ne va plus en commander, il ne les vends plus. L’armateur a sa flotte au port, les employés des conserveries et les cueilleurs sont au chômage etc…

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Heureusement la mode dans tout cela s’en sort plutôt bien. On continue de s’habiller, les créateurs de créer, et qui sait, la pénurie de matières premières ou le manque de liquidités va peut-être influencer cette dernière. Il est certain qu’au tournant des années 30, la femme doit retourner dans son foyer, il n’y a plus guère de travail pour elle. On constate comme dans chaque période de l’histoire ou l’économie balbutie, un resserrement de l’ordre moral. Ce que l’on pouvait tolérer au nom de l’argent qui coule à flots, devient soudain une atteinte aux moeurs, c’est la revanche des censeurs. La garçonne passe de mode, mais dorénavant une catégorie de femmes continuera de porter des cheveux courts, c’est définitivement acquis. Les dessous se font plus sages, on ressort presque le corset des tiroirs, on rallonge les jupes, la femme redevient mystère à l’oeil de l’homme. Malgré tout…

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L’Allemagne, mise à sac par le traité de Versailles, connaît pourtant une intense vie culturelle, magnifiée par quelques courants comme le Bauhaus ou son cinéma expressionniste qui est peut-être à ce moment-là le meilleur du monde. Un film illustre à merveille l’état de la société allemande de cette époque, « M Le Maudit » de Fritz Lang. On y retrouve les ingrédients de l’Allemagne juste avant l’avènement du nazisme. En suivant les pas d’un détraqué sexuel, incarné de manière saisissante par Peter Lorre, on croise tout le gratin de la pègre, qui gênée par les recherches intensives de la police qui traque le criminel, décide de le trouver avant elle et le juger arbitrairement. L’histoire est inspirée de faits réels et pour faire plus vrai certains des acteurs sont réellement des malfrats. C’est le reflet de cette époque, où chacun malgré une situation sociale catastrophique survit comme il peut, trouve des plaisirs là où il peut en trouver, même en défiant la morale ou l’abject.

Peter Lorre (1904-1964) né en Hongrie, bâtit toute sa carrière sur son rôle de psychopathe dans « M Le Maudit ». Pour cela, il est constamment considéré parmi les 100 meilleures interprétations de l’histoire du cinéma. Fuyant l’Allemagne car il était juif, il réussit grâce à la renommée de son film à obtenir des contrats à Hollywood où il se débrouilla plutôt bien. Il apparaît en second rôle dans des films légendaires comme « Casablanca » ou « Le Faucon Maltais ».  Il réalisa et interpréta aussi un excellent film « L’homme Perdu », sélectionné au festival de Venise en 1951.

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Le côté léger est mis en évidence par un autre chef-d’oeuvre, « L’Ange Bleu » de Joseph Von Sterberg, avec Marlène Dietrich. C’est la première fois que l’on peut voir aussi longuement dans un film, des bas (de soie bien sûr), des jarretelles, un culotte style frou-frou, en résumé les dessous de l’époque, vestimentairement parlant. Il façonna le mythe de Marlène Dietrich, qui tournera désormais des rôles bien plus habillés, récupérée par Hollywood en tant que anti-nazie convaincue.

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Une interview de Marlène Dietrich parue en 1933. Pour avoir lu pas mal de trucs sur elle, cette interview correspond assez bien à sa personnalité réelle. Même si on lui attribua toutes les excentricités et caprices de star, il semble bien quand la réalité était autre. En privé quand elle recevait, elle faisait la cuisine elle-même ou n’hésitait pas à donner d’autorité un coup de balai à la fin d’une réception où elle était invitée et n’y venait pas forcément en robe du soir

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Un pareil laisser aller est totalement impossible dans le cinéma américain victime du code Hays qui impose une censure drastique au cinéma. Le moindre baiser un peu long, la moindre suggestion de scène d’amour, la moindre vision de jarretelle est totalement proscrite. On n’ose imaginer la moindre culotte un peu coquine qui sécherait au vent dans le jardin de la voisine. On tolère tout juste le pagne de Tarzan et la tenue suggestive de Jane, bien sûr ce sont des presque sauvages qui vivent dans la jungle. Difficile de les imaginer en complet-cravate et en crinoline.

La France est bien plus permissive. Tout au long des années 30, on verra des dessous dans de nombreux films. En commençant par « La Chienne » de Jean Renoir en 1931, avec Jeanne Marèse qui aguiche Michel Simon en des tenues un rien suggestives. Avec Renoir, Duvivier, Carné, Vigo le cinéma français léguera quelques titres de noblesse au cinéma français.

Les partisans du corset ne désarment pas

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Mais bientôt, un invention va changer la face du monde, le nylon…

Quelques dates

1930

La méthode Ogino, du nom d’un médecin japonais, permet de calculer les période de fécondité. Les femmes lui disent merci.

On va à la plage dans un pyjama fait pour.

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Une création américaine, l’hôtesse de l’air.

1932

André Doré marquera ses chaussettes, bas et mi-bas, des célèbres initiales DD, que l’on trouvera dans une vaste campagne publicitaire, chose qui n’est pas encore très courante, on a des doutes sur son efficacité. Il imposera par ce moyen une maison qui a déjà plus de 100 ans d’existence.

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Le soutien-gorge soigne la présentation de ce qu’il est censé aider à tenir en place. On ajoute quelques petits trucages, armatures, bonnets, les plus démunies s’en trouveront consolées. Cela fera chanter quelques années plus tard sur l’air de « In The Mood »: – As-tu vu la Lulu les lolos qu’elle a là, on dirait des obus de la dca!!

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Le fameux foulard, dit carré Hermes, est lancé et avec lui toute une tradition de luxe made in France.

Nina Ricci se met à la couture.

1934

La paréo, tenue de plage tahitienne en forme de jupe, fait des adeptes en France.

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Des dessous pour un siècle (7)

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Les souvenirs de la tragédie de la première guerre mondiale s’éloignent. La seconde moitié des années 2o marque une période d’insouciance nuancée. Le progrès va de plus en plus vite. Il n’y a pas si longtemps les voitures se traînaient à la vitesse de l’escargot, maintenant elles commencent à ressembler à des petits bolides. L’aviation, principalement du fait de la guerre, a fait de gros progrès, on n’est pas loin de traverser l’Atlantique, cela se fera en 1927 par Lindberg. L’industrialisation n’est pas en reste, on tente de fabriquer tout et n’importe quoi dans les usines, par exemple des voitures. La soupe en sachet fait déjà partie du décor, l’appareil de téléphone n’est plus seulement utilisé par une élite, il entre dans beaucoup de foyers, on se parle entre continents. Le cinéma permet de distraire ou de voyager, on voit s’agiter les habitants de terres lointaines sur l’écran comme si on les avait en face de soi.  Il ne lui manque que le son, il vient en 1927 avec le premier film du genre « The Jazz Singer » avec pour héros un acteur blanc grimé en noir, Al Jolson. L’avènement du parlant finira de le propulser au firmament des plaisirs que tout le monde peut s’accorder. Il se fera aussi un moyen de réflexion pouvant servir de tremplin pour exprimer ses idées. Justement, cette vie qui semble tourner trop vite pour certains va susciter une réaction que fera le tour du monde via le film de Chaplin « Les Temps Modernes ». C’est son premier film politique, sorti en 1936, juste le temps nécessaire pour prendre le recul nécessaire à leur analyse.

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Et la mode dans tout cela? Eh bien elle continue son bonhomme de chemin. Evidemment il n’y a pas tous le jours un nouveau courant qui se crée. Quelques fantaisies viennent bousculer l’ordre établi, comme la ceinture de bananes de Joséphine Baker qui fait se déplacer les foules à Paris. C’est une version exotique de la mode qui se cantonnera à la scène, on ne verra pas les bourgeoises se promener dans la rue en l’arborant comme l’ultime gadget pour se faire remarquer. Depuis la venue des garçonnes, la lingerie et le corps se montrent avec certain manque de pudeur relatif à ce que ces temps peuvent encore contenir de conservateurs. Ce qui est positif dans le succès de Baker, c’est l’avènement de la femme noire, star en France et presque déchet dans certaines régions de son pays d’origine, les USA. Mais ne nous trompons pas, son jeu de déhanchements suggestifs passent d’autant mieux chez une artiste noire, car on l’assimile volontiers à un comportement tribal, pratique théoriquement en cours dans une certaine sous-civilisation. Elle prouva par la suite que l’action sociale n’était pas seulement le fait des Blancs en s’engageant activement dans la résistance, en luttant contre le racisme, et en faisant vivre une communauté d’orphelins qu’elle a adoptés. La marque de lingerie Princesse Tam Tam est inspiré d’un film dans lequel elle a tourné. 

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Une chronique de presse de 1926 révèle l’influence qu’a pu avoir Joséphine Baker sur la mode, du moins sur le teint de la peau. La blancheur, alors de rigueur, cède le pas au bronzage. Depuis les choses n’ont pas tellement changé.

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La musique contribue indirectement à la mode vestimentaire. La chanson traditionnelle a encore sa place, bien franchouillarde, sortant du 78 tours qui tourne sur la gramophone qui trône au salon. Toutefois les échanges entre continents apportent un vent nouveau, le jazz. Dans un premier temps, cette musique s’adresse plutôt à des amateurs branchés dont la bourgeoise n’est pas exclue. Si on l’écoute encore d’une oreille distraite, par contre les pistes de danse se trémoussent sur les pas de charleston. Difficile de se mouvoir avec aisance sur cette danse plutôt remuante quand on est harnaché dans un corset. La bourgeoise qui a découvert et en partie adopté le prêt-à-porter, peut se lancer sur la piste et danser toute la nuit. On peut jouer jeu à peu près égal entre les classes sociales le temps d’un port de vêtement. Certains petits détails remettent les choses en place. La bourgeoise couvrira ses jambes avec des bas de soie, les autres se contenteront de bas en rayonne, moins élégant et plus fragile, mais aussi nettement moins cher. Ils se distinguent par l’aspect, mat pour la soie, brillant pour la rayonne. On triche un peu, on poudre ceux en rayonne pour en diminuer la brillance. Dans les endroits peu éclairés comme un pont de danse, cela peut faire illusion.

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Même les grands couturiers tiennent compte de cette tendance à la simplicité, Coco Chanel, qui brille déjà sur son empire y va de sa robe noire toute simple, en 1926. Par définition les dessous suivent le mouvement. Depuis des siècles d’histoire dans la bonne société, on n’a jamais été aussi peu légèrement vêtu en matière de lingerie, on assure le minimum. C’est encore une chose à mettre au crédit de la libération de la femme, le sous-vêtement devient fonctionnel.  C’est aussi dans les années 20, que les dessous inspirent ce qui se porte dessous après quelques timides tentatives antérieures. Le chemise de nuit devient peu à peu une robe qui se veut légère. Il s’en faudra encore de beaucoup pour se trouver dans la situation actuelle où certaines femmes abandonnent toute forme de coquetterie en matière de lingerie, mais l’idée est là.

De son côté, René Lacoste se présente au tennis avec un polo de coton sur lequel il arbore son fameux crocodile. L’homme qui porte encore volontiers des combinaisons d’une pièce, qui font camisole et slip en même temps, l’abandonne peu à peu. La mise au point du latex permet un petit miracle, des ceintures élastiques remplacent tout ce qui pouvait aider à la tenue des sous-vêtements. Les Américains popularisent le short comme pièce vestimentaire portée dessous. Pour faire bonne mesure, la camisole et le tee shirt complètent la panoplie.25 031415 4

Les plaisirs de la vie, l’amusement, auraient pu continuer leur ronde incessante. Un grand coup de frein à l’économie en plein essor survient en 1929. Le 24 octobre, commence le krach de Wall Street. La raison principale en est la spéculation, à l’instar d’aujourd’hui on croit déjà que l’on peut gagner toujours plus d’argent sur du vent. On a raconté beaucoup de choses sur cet événement. Pour une fois, je possède un témoin direct, mon père. En effet, il est parti cette année-là faire la conquête de ce qui apparaissait alors comme l’Eldorado. Il a embarqué au Havre sur le paquebot Rochambeau, on va encore en Amérique en bateau ou à la nage. Le jour du krach, il est à 2 jours d’accoster à New York. Comme il me l’a affirmé, et contrairement à ce que l’on a souvent dit, il n’y avait pas des émeutes dans les rues et des gens qui se jetaient par les fenêtres. Tout au plus quelques gros attroupements, le plus souvent dans dans un calme parfait. Ce qui me fait le plus sourire dans cette histoire, c’est que je suis probablement venu au monde à cause de ce krach. Retourné au pays, il se remariera bien plus tard et aura un fils, votre serviteur. Je n’ose imaginer ce qu’il aurait pu advenir de moi s’il avait fortune là-bas en industrialisant son plat favori, la piccata milanaise!

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Une crise mondiale suivra et sera un des moteurs du déclenchement de la seconde mondiale. Mais comme nous le verrons, le mode et ses dessous se moquent  bien de l’histoire. 

Quelques événements 

1927 – Premier succès de librairie pour Agartha Christie « Le Meurtre de Roger Ackroyd ».

1928 – C’est l’année de naissance de Mickey. Un roman à scandale « Puits de solitude » de l’Anglaise Radclyffe Hall, traite ouvertement de l’homosexualité féminine.

Une des rares revues consacrée aux dessous  change de nom en 1928 et devient « Le Corset de France Et La Lingerie ». Etrange que l’on prenne pour nom principal une pièce de lingerie très décriée et en net déclin.

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1929 – Naissance de Tintin 

 A suivre


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Des dessous pour un siècle (1)

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Il m’a paru intéressant d’ouvrir une série d’articles sur l’histoire contemporaine des dessous. Entendons par contemporaine une époque qui va de la fin du XIX ème siècle à nos jours. Dans un blog dédié au bas nylon, il est bien évident que s’il peut en constituer l’épine dorsale, il n’est jamais seul. Il entraîne dans son cortège une série d’accessoires qui sont ses cousins, un festin sensuel qui ne peut se concevoir sans les entrées et les desserts. Le nom générique qui les désignent est dessous, tout en situant leur place dans la succession vestimentaire. Il m’a également paru intéressant de rechercher dans la presse quotidienne quelques articles ou publicités dans lesquels ils apparaissent, les replaçant dans le contexte d’une époque ou d’une autre (les reproductions de textes sont cliquables pour une meilleure lecture si nécessaire). Nous nous arrêterons surtout aux sous-vêtements que l’on porte pour sortir, ceux qui se dévoilent lors du déshabillage, ceux qui sont l’apanage de la femme.

Pendant des siècles, les dessous ont peu évolués. Ils remplissaient la fonction qui leur est attribuée, cacher pudiquement certaines parties du corps, tenir chaud, ou les deux à la fois. Chez le peuples qui ont acquis un certain degré de civilisation, un troisième phénomène se greffe, il assume une certaine coquetterie. Même s’il est invisible,  il assure un modelage du corps, le corset en est une évidente démonstration. Tout est dans l’air du temps, on veut se présenter sous tel ou tel critère, on en arrive à la mode. Sous la morale judéo-chrétienne, le pouvoir de suggestion devient très fort, on ne montre rien ou pas grand chose, mais on donne l’envie d’en savoir plus. Les dessous attisent cette envie de découverte, essentiellement pour le sexe dit fort. Ironiquement, on n’est pas loin de certains comportements que l’on retrouve chez certains animaux. La femelle se pare de mille atours pour séduire le mâle.

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A la fin du 19 ème siècle, les dessous n’ont pas encore conquis tout le monde, il sont adoptés par une certaine catégorie de personnes, le plus souvent à partir d’un milieu plus ou moins aisé. C’est presque normal, le révolution industrielle n’a pas encore procuré un certain train de vie à tout le monde. Alors les dessous qui en principe ne se voient pas, ne sont pas jugés comme indispensables, on pense d’abord à manger ou payer son loyer.

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Bien évidemment les dessous existent, mais se résument à ce que l’on connait encore de nos jours en version expurgée. Pour la femme, le choix est surtout mis en musique par le corset qui assume à peu près l’intégrale des besoins de la condition féminine, maintenir le ventre et la poitrine et éventuellement moduler le corps. Il commence après des siècles de domination d’être remis en cause, plus assimilé à la torture qu’une véritable nécessité.  Il existe même des cache-corsets, il fallait bien titiller encore un peu plus le regard des hommes.  Il y a bien sûr le bas qui couvre la jambe, c’est une obligation qui souffre peu d’exceptions, même aller prendre un bain à la mer jambes nues en soulevant le bas de sa robe frise l’indécence. Les robes sont tellement longues que le problème est résolu dans la plupart des cas. Depuis des siècles ce bas est tenu par une jarretière qui se résume parfois à une simple ruban que l’on serre autour du bas. La jarretelle existe, invention attribuée à Ferréol Dedieu en 1876, mais elle n’est de loin pas encore fixée systématiquement au corset. Ce n’est qu’à partir des années 30 que l’on peut considérer la jarretière comme anecdotique. La culotte et parfois une camisole figurent dans l’assortiment. On est très loin du string d’aujourd’hui quand on parle de culotte, pensez à l’expression culotte de grand mère, cela vous donne une juste idée de la chose. La liseuse est un sous-vêtement d’intérieur proche parent de la robe de chambre. Le jupon fait aussi partie des accessoires, c’est peut-être lui qui a le plus enflammé jadis l’esprit masculin. Le thème revient très souvent dans les vieilles chansons de folklore. Il a la saveur de la vision friponne permise accidentellement, mais pas tout à fait improbable. Montrer son jupon pouvait être considéré comme une invitation. Quand j’étais jeune, on disait encore couramment d’une dame dont on voyait un bout de jupon ou de combinaison dépasser de la jupe ou de la robe, qu’elle cherchait un mari ou un amant. Le soutien-gorge qui existe depuis l’antiquité, n’a pas encore sa forme définitive actuelle. Il s’agit souvent d’un bandage enroulé qui maintient les seins. On sait que des conceptions très proches de celles d’aujourd’hui existaient déjà au 14 ème siècle. Son apparition définitive en version moderne se situe juste après 1900.

Pour les hommes, c’est bien plus simple. Un caleçon à longues manches, une camisole ou un gilet de flanelle sont l’apanage de leurs dessous. Notons quand même les affriolants fixe-chaussettes qui connurent leur heure de gloire en concurrence avec la jarretelle féminine, mais c’est encore une création à venir.

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Vers 1900, la femme n’est pas tellement différente de celle d’aujourd’hui dans l’art de s’habiller, elle veut être belle, coquette, et surtout le montrer. La grande différence, ce sont les moyens dont elle dispose en relation avec ce que la décence permet. On parle beaucoup de femmes portant un foulard actuellement, mais en 1900 dans la rue, on ne voit que le visage de la femme dans les beaux quartiers. Il est évident qu’à cette époque, avoir un visage disgracieux ne permettait pas tellement de se mettre en valeur en usant d’artifices. Tout au plus elle pouvait afficher une belle silhouette et des vêtements de luxe si elle en avait les moyens. Ceci concerne en premier lieu une certaine classe de la bourgeoisie, le femme qui fréquente les lieux plus populaires est un rien plus décontractée, elle ne s’affiche pas forcément avec un chapeau et un manteau, ses cheveux sont libres, ses bras en partie visibles s’il fait chaud. Chacune a son territoire, on ne se mélange pas volontiers.

La femme de la Belle Epoque qui s’habille se soumet à un cérémonial plutôt compliqué. On peut s’imaginer ce qu’il serait advenu à la femme réveillée en pleine nuit par l’incendie de sa maison et qui veut la quitter en toute dignité. Elle enfile chemise, corset, cache-corset, bas, jarretière, jarretelles, une sorte de pantalon qui en se raccourcissant deviendra la culotte, un jupon de dessous, un de dessus, remplacés plus tard par la combinaison. C’est le version intégrale, elle peut être simplifié par certaines dames, mais ne croyez pas que c’est la règle la plus courante.

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C’est un des paradoxes de la mentalité féminine d’alors, elle se soumet volontiers à son rituel d’habillement, mais d’un autre côté elle réclame son émancipation, chose que le mâle rechigne plutôt à lui accorder. On a vu de beaux exemples à la cour des rois de France de femmes qui savaient être égales, même supérieures à l’homme. Ceci dans bien des domaines la littérature, les arts, il n’y a guère que la chose militaire qui leur échappe et encore. A travers les premiers mouvements féministes, le femme décide de prendre son destin en main et le revendique. Cela ne se fera pas du jour au lendemain, mais cela se fera et malgré le mépris masculin, elle y parviendront plutôt bien. Les prémices de cette révolution une fois entamés, ce n’est pas tellement le droit de vote qu’elles réclameront le plus fort, mais la mise au rencart du corset.

Dans le prochain chapitre, nous verrons les pour et les contre de cette révolution, les arguments, tout en soulevant les robes pour voir visuellement ce qu’il y dessous.

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Cette article paru en 1901 est tirée d’un roman. Une doctoresse, chose encore peu courante, présente une thèse où il est question du corset. C’est aussi là où j’ai fait mes recherches que je trouve mentionné le mot jarretelle pour la première fois. Selon la plupart des historiens, elle a été inventé par Ferréol Dedieu en 1876, mais n’a de loin pas encore conquis toutes les fabricants et les dames qui continuent à porter la jarretière

A suivre


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C’est bas triste



Pour commencer une petite histoire absolument véridique, mais dont je ne suis pas la vedette.

Un salle de tribunal de simple police avec un monsieur d’un certain âge appelé à comparaitre comme en dit en langage juridique.
Résumé des faits: l’accusé est accusé, c’est le cas de le dire, d’importuner une jeune demoiselle qui habite dans le même immeuble. Le monsieur un peu gêné se fait admonester pas le président, comme quoi ce n’est pas très élégant de sa part de s’intéresser d’un peu trop près à cette demoiselle qui n’a que faire de ses avances. Bon l’accusé, après une promesse de la laisser tranquille, s’en tire avec le minimum de la peine prévue au code pénal, l’affaire est classée et la plainte retirée devant ses engagements. Pour conclure le président demande à l’accusé s’il a quelque chose à ajouter. Oui, mais à voix basse…
– Et pourtant je suis sûr qu’elle porte des bas!

Seconde histoire qui celle-là me concerne directement et pour cause.

J’avais la réputation d’être un solide célibataire et personne ne me connaissait de petite amie. En réalité j’ai toujours été très discret et je n’ai jamais mélangé ma vie sentimentale avec mes amitiés. De temps en temps, je filais retrouver une copine où je l’amenais chez moi surtout le weekend. Un soir, un peu parti en fête, j’ai amené un bande de copains-copines pour boire le traditionnel dernier verre à la maison. On était une petite dizaine de personnes dans mon salon,chacun en discussions selon les affinités. Tout d’un coup, j’entends un rire et voilà qu’un des invités extrait d’un sac exposé bien visible, tout un attirail de lingerie sexy, porte-jarretelles, bas, guêpières et le montre sans discrétion. On m’a vite demandé si de temps en temps je ne jouais pas au travelo dans mes soirées solitaires. Euh… j’avais un peu l’air con et les gens sont si méchants que ma réputation était pour ainsi dire faite.
En réalité, ma copine de l’époque avait tout simplement oublié une partie son assortiment de lingerie posé sur un coin de la bibliothèque, en rentrant chez elle le dimanche soir. Sur le moment, j’étais furax. Mais pour ne pas être en reste, j’ai invité tout le monde au bistrot un autre soir et pour une fois je leur ai présenté mon amie, à charge pour elle de sauver mon « honneur ». Ce qu’elle a fait sans se faire prier. Elle n’avait d’ailleurs pas à tenir secret son goût pour la lingerie. Une dizaine de témoins en avait vu une partie…

Troisième histoire, où je fus juste un témoin

Quand il m’arrivait de monter à Paris, j’avais pris l’habitude d’aller rendre visite à un petite boutique de lingerie vers le boulevard Clichy. Cela me permettait de faire quelques achats pour la copine du moment,  j’y allais pour affaires et elle n’était que rarement présente.   La boutique offrait des articles de qualité que j’aurais eu de la peine à trouver où j’habitais. Cette boutique était tenue par un charmant couple et nous étions, au fil des visites, devenus presque des amis.  A vrai dire la clientèle était peu nombreuse et cela nous permettait de parler de la pluie et du beau temps et aussi pas mal de lingerie, car le proprio en était absolument dingue. Sa femme n’était pas en reste et argumentait de point de vue féminin. Voici un couple bcbg, visiblement pressé, qui entre.  La femme demande à voir des bas à couture, comme ceux qu’elle portait, précise-t-elle en s’adressant à la patronne,  en faisant demi-tour pour les lui montrer.  La patronne hésite et sort de derrière son comptoir pour faire le tour de la dame, un peu intriguée. J’avais compris le pourquoi de la chose, car bien sûr je n’avais pas regardé le plafond pendants ce temps-là. Les bas sans doute tenus par un porte-jarretelles inadéquat, avaient la couture qui était plutôt sur le côté de la jambe que bien aligné derrière.  La patronne lui offrit d’aller dans la cabine d’essayage afin de remettre les choses en place. Ce qu’elle fit sans se prier et repartit fièrement, les coutures bien droites, avec une nouvelle paire de bas à couture dans son sac.

Parfois les photos m’inspirent. En regarder une et voir ce que l’on pourrait en tirer d’amusant avec la complicité involontaire du photographe.



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Le visiteur du soir

Cette histoire  date déjà de plus d’une vingtaine d’années. Elle concerne une de mes copines que nous appellerons Estelle. Elle est sans doute celle qui avait le plus le romantisme à fleur de peau. Perçue plutôt comme une femme du genre meneuse et fonceuse, à côté d’une grande culture, elle maniait l’art de s’habiller avec un classe certaine. La moindre de ses robes venait des meilleures boutiques de la ville. Nous formions un couple depuis pas mal de temps, tout en gardant chacun notre indépendance. Nous avions l’habitude de nous réserver des soirées pour nous seuls, avec bonne cuisine et bonnes bouteilles pour démarrer la soirée. Elle habitait dans une maison complètement en dehors, nous pourrions presque dire, de la civilisation. Une ferme isolée, servant de haras, que nous partagions avec les très discrets propriétaires. Ce fameux jour, j’arrivai en début de soirée comme convenu. Après la galoche d’usage et une petite balade le long de ses cuisses pour voir si je sentais la bosse d’une jarretelle, je constatai que c’était bien le cas. Elle n’était pas une inconditionnelle du bas, parfois des bas coutures, mais elle en mettait pratiquement toujours pour nos soirées intimes. Par contre elle n’aimait que les guêpières, elle n’avait aucun porte-jarretelles dans sa collection de lingerie.

Bon vous imaginez que je n’allais pas appeler la police. D’autant plus que la femme de caractère que tout le monde connaissait, changeait du tout au tout en devenant câline et très branchée sur les ambiances feutrées. Pour le début de la soirée, elle portait une de ses robes amples, un peu style années cinquante et plutôt en dessous du genou avec des bas noirs. Nous avons mangé et discuté de choses et d’autres. La littérature et la philosophie revenaient assez souvent dans nos conversations. Quand nous passions au salon, elle s’éclipsait un moment et revenait dans une autre tenue, plus sensuelle. Elle avait un jupe serrée qui avait la particularité d’être fendue très haut sur le devant. Bien sûr pour moi c’était un régal, en même temps qu’une invitation. Cela ne cachait presque rien de la lisière de ses bas, à l’entrejambe. Je n’aurais presque rien de plus à raconter, si un événement imprévu n’avait troublé le cours de la soirée, sous la forme d’un coup de sonnette à la porte. Dans son entourage, il y avait un mec qui lui tournait autour depuis des années, espérant un signe d’invite de sa part, qu’il attend toujours. Ce mec était gentil, un peu balourd et toujours fringué aux soldes. Il nous rendait pas mal de services, en étant un très bon bricoleur. C’était sa manière à lui d’avoir ses entrées chez ma copine, mais cela s’arrêtait sur le seuil de la chambre à coucher. Vis à vis de moi, Estelle, m’avait clairement dit ce qu’il représentait pour elle, une bonne amitié, mais rien de plus. Alors je me foutais pas mal de la savoir dans les environs quand je n’étais pas là. Exception faite de ce soir là, car c’est lui qui était derrière la porte. Il avait décidé de s’inviter pour voir si par hasard un robinet n’était pas en train de fuir, on ne prend jamais assez de précautions. Estelle connut un moment de panique, car vous savez qu’elle était sa tenue à ce moment là. Pendant que je faisais entrer le bonhomme, elle gagna au pas de course la chambre à coucher. Elle résolut le problème en enfilant sous sa jupe une paire de leggins, qui cachait l’essentiel et revint nous tenir compagnie.

Même si ma copine portait des bas, elle ne l’aurait jamais dit ouvertement ou montré à un autre homme et lui aurait probablement tourné une baffe si d’aventure il lui avait posé la question. Nous avons prétexté une virée le lendemain et un coucher avancé, tu parles, pour qu’il n’installe pas sa toile de tente dans le salon. On lui a quand même offert un verre, tout au plus nous espérions que le visiteur n’aurait pas trop soif. Mais parfois il y a un petit lutin qui s’amuse à nous jouer des tours. Ce petit lutin arriva sous la forme d’une chatte, compagne attitrée de l’occupante des lieux. Paisible animal qui se réveillait après un bon petit roupillon, et qui se sentit soudain en manque de caresses avant de partir pour sa ballade nocturne, rendre visite aux souris des environs. D’autorité elle manifesta l’intention de sauter sur la table pour faire sa tournée et le fit. On dit que les chats retombent toujours sur leurs pattes, c’est sans doute vrai, mais ce que la demoiselle n’avait pas prévu, c’était l’encombrement sur la dite table. Entre les verres et les bouteilles, le cendrier et les reliefs du repas, la brave bête ne trouva pas une piste d’atterrissage à sa mesure et il y eut un mouvement de panique qui lui fit renverser un verre, celui qui était devant Estelle. Le contenu du verre alla généreusement se répandre sur ses jambes. Dans un réflexe pas du tout calculé, elle se leva et remonta sa jupe en la levant par les deux pans, avec l’espoir de minimiser les dégâts. Oui bien sûr il y avait les leggins, mais vous connaissez la particularité de ces derniers, c’est de bien coller au corps. Et ce qu’il y avait dessous devint plutôt visible, comme une carte de géographie en relief. Je pense que l’invité n’en perdit pas une miette, mais n’en souffla mot. Dignement, histoire de cacher sa gêne, Estelle opéra un retraite et revint un peu plus tard sans ses leggins et en arborant une robe plus traditionnelle, qui ne laissait rien soupçonner. On discuta de l’incident après le départ de notre invité. Au moment fatidique, tout se déroula très vite dans sa tête. Elle pensa qu’elle pouvait lever sa jupe et que les leggins assuraient un bon camouflage. Mais une fois la jupe levée, elle vit bien que tout devenait extrêmement visible. Elle réalisa que notre ami pouvait tout deviner sur ses secrets vestimentaires et elle en ressentit une certaine panique sur le moment. Je la rassurai et elle finit bien par admettre que peut-être il n’avait rien vu. Et que si c’était le cas, eh bien il savait qu’elle portait parfois des bas, que j’y étais sensible et que cela m’était destiné.

Le seul dégât consistait en une jupe qui avait une légère odeur de whisky. Quant à la chatte, elle ne fut même pas privée de pâtée et eût plus tard un joli toutou comme compagnon de jeu. Avec lequel elle s’entendait fort bien d’ailleurs.


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Nylon paparazzi (19)

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J’ai toujours été étonné quand je parcours les vieilles archives, la place faite à la lingerie dans les journaux qui ne lui sont pas spécialement dédiés. J’ai pris un peu au hasard un journal tendance conservateur, je sais qu’à l’époque de l’après-guerre, tous les journaux le sont plus ou moins. Il y a peu de révolutionnaires parmi les journalistes, excepté quelques publications très politisées, plus spécialement du côté gauche de la politique. Il n’y pas vraiment matière à susciter les émeutes parmi les citoyens. La place de travail est facile d’accès, c’est le plein emploi. Le seul vrai thème porteur est la condition et la rétribution de la dite place de travail. C’est surtout là que se centralise la lutte ouvrière, quand elle existe. Ironiquement, on peut observer que 60 ans plus tard, on se bat surtout pour conserver cette « mauvaise » place de travail. Mais revenons à ces fameuses années que l’on a surnommé les trente glorieuses et qui je crois, vont entrer dans l’histoire en gardant le même nom, comme on parle aujourd’hui de la renaissance, de la belle époque. La presse quotidienne est standard, passe partout, on parle de tout et de rien et pourquoi pas de temps en temps de lingerie. Elle commente l’évolution de confort quotidien, de la libération des moeurs et plus spécialement de la technologie, qui franchit chaque année un nouveau seuil. La télévision devient un must. Le disque microsillon permet d’écouter ses idoles à crédit et en stéréo. La transistor envahit la cour des écoles, tout en cassant les oreilles du voisin de plage. Le magnétophone encombrant et lourd accouche d’un fils, qui lui, utilise des cassettes qui seront pendant trente ans le principal support pour faire son programme personnel dans la voiture. Pour les puriste du nylon, le révolution n’est pas joyeuse, le collant supplante allégrement le bas nylon, exit les porte-jarretelles, les corsets, les gaines. Un chose va changer, si avant on parle de lingerie assez banalement, l’après collant va lui donner une nouvelle impulsion et introduire la nostalgie. On ne regarde plus un bas tenu par une jarretelle de la même manière. Avant on le montre sans plus, après on l’expose. Il sert assez facilement à l’illustration dans les magazines, on peut même parler de support de vente. La presse quotidienne peut même en faire un titre, qui attirera un plus grand nombre de lecteurs…

Voici, dans l’ordre inverse de la chronologie, quelques extraits de ce journal. Toutes les images peuvent êtres agrandies en leur cliquant dessus pour une meilleure lisibilité, c’est même indispensable pour certaines.

La page télévision, sur Arte une émission spéciale consacrée à la lingerie. On peut supposer que les messieurs ont pour une fois regardé le même programme que madame.

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Cinquante ans plus tôt, on n’ose imaginer que l’histoire fut relatée avec le même souci du  détail. Un cadavre masculin vêtu de bas et porte-jarretelles, c’est très porteur, surtout quand il s’agit d’un député.

 

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Je vous le disais, on peut mettre certains mots dans un titre pour le rendre plus aguicheur, porte-jarretelles ne manquera pas d’attirer le lecteur potentiel.

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Texte d’un publicité. D’après l’année, on remarque que le revival du porte-jarretelles est bien présent. Ce n’est pas l’euphorie, mais on y pense.

 

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Eh oui, 1965, c’est encore une année où le bas a droit de cité, on en parle tout naturellement au cours de cette article dédié à la jeunesse, comme on parlerait maintenant d’attacher sa ceinture quand on monte en bagnole.

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Une année plus tôt, il est encore questions de jeunes et de lingerie, même un assez long article.

 

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L’article suivant peut avoir un petit côté que frôle le surréalisme, du moins André Breton ne l’aurait certainement pas renié. Quelles sont les préoccupations que vous pourriez avoir quand vous séjournez dans un chalet aux sports d’hiver.

22  052413-7Quelques années avant. Sans doute la plus célèbre des gaines fait la une du journal, du moins dans la partie publicité.

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